Ploum.netle blog de Lionel Dricot2025-04-10T07:13:59.557298Zhttps://ploum.net/Ploumhttps://ploum.netDe l’utilisation des smartphones et des tablettes chez les adolescentshttps://ploum.net/2025-04-10-smartphone_ado.html2025-04-10T00:00:00Z2025-04-10T00:00:00Z
<h1>De l’utilisation des smartphones et des tablettes chez les adolescents</h1>
<p>Chers parents, chers enseignants, chers éducateurs,</p>
<p>Nous le savons toutes et tous, le smartphone est devenu un objet incontournable de notre quotidien, nous connectant en permanence au réseau Internet qui, avant cela, restait cantonné aux ordinateurs sur nos bureaux. En voyant grandir nos enfants, la question se pose : quand, comment et pourquoi les faire entrer dans le monde de cette hyperconnexion permanente.</p>
<p>L’adolescence est une phase critique de la vie durant laquelle le cerveau est particulièrement réceptif et forme des réflexes qui resteront ancrés toute une vie. C’est également une période durant laquelle la pression du groupe et le désir de conformité sociale sont les plus importants. Ce n’est pas un hasard si les producteurs de cigarettes et d’alcool ciblent explicitement les adolescents dans le marketing de leur produit.</p>
<p>Le smartphone étant une invention incroyablement récente, nous manquons totalement de recul sur l’impact qu’il peut avoir durant la croissance. Est-il totalement inoffensif ou sera-t-il considéré, d’ici quelques années, comme le tabac l’est aujourd’hui ? Personne ne le sait avec certitude. Nos enfants sont les cobayes de cette technologie.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.hhs.gov/sites/default/files/surgeon-general-youth-mental-health-advisory.pdf">L’administrateur de la santé publique des États-Unis (US Surgeon General) tire la sonnette d’alarme à ce sujet.</a></li>
</ul>
<p>Il me parait important de souligner certains points importants, qui ne sont que quelques éléments parmi les nombreuses problématiques étudiées dans le domaine</p>
<ul>
<li><a href="https://one.oecd.org/document/EDU/WKP%282019%293/En/pdf">Impacts of Technology Use on Children: Exploring Literature on the Brain, Cognition and Well-Being (OECD)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-1">L’attention et la concentration</h2>
<p>Il est désormais démontré que le smartphone perturbe grandement l’attention et la concentration, y compris chez les adultes. Ce n’est pas un hasard : il est conçu pour cela. Les entreprises comme Google et Meta (Facebook, Whatsapp, Instagram) sont payées proportionnellement au temps que nous passons devant l’écran. Tout est optimisé en ce sens. Le simple fait d’avoir un téléphone près de soi, même éteint, perturbe le raisonnement et fait baisser sensiblement les résultats de tests de QI. </p>
<ul>
<li><a href="https://www.journals.uchicago.edu/doi/epdf/10.1086/691462">Brain Drain: The Mere Presence of One’s Own Smartphone Reduces Available Cognitive Capacity</a></li>
</ul>
<p>Le cerveau acquiert le réflexe d’attendre des notifications de nouveaux messages de cet appareil, sa seule présence est donc un handicap majeur dans toutes les tâches qui requièrent de l’attention : lecture, apprentissage, réflexion, calculs. Il ne suffit pas de l’éteindre : il faut le mettre à distance, si possible dans une pièce différente !</p>
<p>Il est démontré que l’utilisation des réseaux sociaux comme Tik-Tok perturbe complètement la notion du temps et la formation de la mémoire. Nous en avons tous fait l’expérience : nous jurons avoir passé 10 minutes sur notre smartphone alors qu’il s’est en réalité écoulé près d’une heure.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.neuroscienceof.com/human-nature-blog/time-memory-psychology-social-media-interference">How Social Media Interferences With The Psychology of Time and Memory (www.neuroscienceof.com)</a></li>
</ul>
<p>Pour mémoriser et apprendre, le cerveau a besoin de temps de repos, de vide, d’ennui et de réflexion. Ces nécessaires temps « morts » dans les trajets, dans les files d’attente, dans la solitude d’une chambre d’adolescent voire même durant un cours rébarbatif ont été supplantés par une hyperconnexion.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.neuroscienceof.com/human-nature-blog/psychology-tiktok-memory-interference-social-media">The Psychology behind TikTok’s Memory Interference (www.neuroscienceof.com)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-2">L’angoisse sociale et la perturbation du sommeil</h2>
<p>Même lorsque nous ne l’utilisons pas, nous savons que les conversations continuent. Que des messages importants sont peut-être échangés en notre absence. Cette sensation bien connue appelée « FOMO » (Fear Of Missing Out, peur de manquer quelque chose) nous pousse à consulter notre téléphone jusque tard dans la nuit et dès le réveil. Une proportion inquiétante de jeunes reconnaissent se réveiller durant la nuit pour consulter leur smartphone. Or la qualité du sommeil est fondamentale dans le processus d’apprentissage et de formation du cerveau.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2014/03/24/les-adolescents-connectes-meme-la-nuit_4388694_3224.html">Les adolescents se réveillent pour se connecter (www.lemonde.fr)</a></li>
<li><a href="https://www.york.ac.uk/news-and-events/news/2024/research/school-smartphone-ban-better-sleep/">School smartphone ban results in better sleep and improved mo (www.york.ac.uk)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-3">La santé mentale</h2>
<p>De récentes avancées démontrent une corrélation forte entre le degré d’utilisation des réseaux sociaux et les symptômes de dépression. Le monde occidental semble atteint d’une épidémie de dépression adolescente, épidémie dont la temporalité correspond exactement avec l’apparition du smartphone. Les filles en dessous de 16 ans sont la population la plus touchée.</p>
<ul>
<li><a href="https://childmind.org/article/is-social-media-use-causing-depression/">Does Social Media Use Cause Depression? (childmind.org)</a></li>
<li><a href="https://www.afterbabel.com/p/international-mental-illness-part-one/">The Teen Mental Illness Epidemic is International: The Anglosphere (www.afterbabel.com)</a></li>
<li><a href="https://www.newyorker.com/magazine/2024/10/07/social-media-mental-health-suicide-crisis-teens">Has Social Media Fuelled a Teen-Suicide Crisis? (www.newyorker.com)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-4">Le harcèlement et la prédation</h2>
<p>Sur les réseaux sociaux, il est trivial de créer un compte anonyme ou usurpant l’identité d’une autre personne (contrairement à ce qu’il est parfois affirmé dans les médias, il n’est pas nécessaire d’être un génie de l’informatique pour mettre un faux nom dans un formulaire). À l’abri sous cet anonymat, il est parfois très tentant de faire des blagues de mauvais goût, de tenir des propos injurieux, de révéler aux grands jours les secrets dont les adolescents sont friands voire de calomnier pour régler des différends de cours de récré. Ces comportements ont toujours fait partie de l’adolescence et font partie d’une exploration naturelle normale des relations sociales. Cependant, le fonctionnement des réseaux sociaux aggrave fortement l’impact de ces actions tout en favorisant l’impunité du responsable. Cela peut conduire à des conséquences graves allant au-delà de ce qu’imaginent initialement les participants. </p>
<p>Ce pseudonymat est également une bénédiction pour les personnes mal intentionnées qui se font passer pour des enfants et, après des semaines de discussion, proposent à l’enfant de se retrouver en vrai, mais sans rien dire aux adultes.</p>
<p>Au lieu d’en tirer des leçons sociales éducatives, nous appelons les adolescents faisant des blagues de mauvais goût des « pirates informatiques », stigmatisant l’utilisation de la technologie plutôt que le comportement. Le thème des prédateurs sexuels est mis en exergue pour réclamer à cor et à cri des solutions de contrôle technologiques. Solutions que les géants de l’informatique se font un plaisir de nous vendre, jouant sur la peur et stigmatisant la technologie ainsi que celles et ceux qui ont le malheur d’en avoir une compréhension intuitive.</p>
<p>La peur et l’incompréhension deviennent les moteurs centraux pour mettre en avant une seule valeur éducative : obéir aveuglément à ce qui est incompréhensible et ce qu’il ne faut surtout pas essayer de comprendre.</p>
<h2 id="soustitre-5">La fausse idée de l’apprentissage de l’informatique</h2>
<p>Car il faut à tout prix déconstruire le mythe de la « génération numérique ».</p>
<p>Contrairement à ce qui est parfois exprimé, l’utilisation d’un smartphone ou d’une tablette ne prépare en rien à l’apprentissage de l’informatique. Les smartphones sont, au contraire, conçus pour cacher la manière dont ils fonctionnent et sont majoritairement utilisés pour discuter et suivre des publications sponsorisées. Ils préparent à l’informatique autant que lire un magazine people à l’arrière d’un taxi prépare à devenir mécanicien. Ce n’est pas parce que vous êtes assis dans une voiture que vous apprenez son fonctionnement.</p>
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<a href="https://ploum.net/files/gee_ecole2.png"><img alt="Une dame de 87 ans se sert d’une tablette sans avoir été formée, mais il faudrait former les enfants à l’école ?" src="https://ploum.net/files/gee_ecole2.png" width="450" class="center"></a>
<figcaption>Une dame de 87 ans se sert d’une tablette sans avoir été formée, mais il faudrait former les enfants à l’école ?</figcaption>
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<p>Former à utiliser Word ou PowerPoint ? Les enfants doivent apprendre à découvrir les généralités des logiciels, à tester, à « chipoter », pas à reproduire à l’aveugle un comportement propre à un logiciel propriétaire donné afin de les préparer à devenir des clients captifs. Et que dire d’un PowerPoint qui force à casser la textualité, la capacité d’écriture pour réduire des idées complexes sous forme de bullet points ? Former à PowerPoint revient à inviter ses élèves dans un fast-food sous prétexte de leur apprendre à cuisiner.</p>
<p>L’aspect propriétaire et fermé de ces logiciels est incroyablement pervers. Introduire Microsoft Windows, Google Android ou Apple iOS dans les classes, c’est forcer les étudiants à fumer à l’intérieur sans ouvrir les fenêtres pour en faire de bons apnéistes qui savent retenir leur souffle. C’est à la fois dangereusement stupide et contre-productif.</p>
<ul>
<li><a href="https://lunatopia.fr/blog/les-gamins-ne-savent-pas-utiliser-les-ordinateurs">Les gamins ne savent pas utiliser les ordinateurs… Voici pourquoi ça devrait vous inquiéter. (lunatopia.fr)</a></li>
<li><a href="https://www.mac4ever.com/societe/187334-pourquoi-les-jeunes-sont-devenus-si-nuls-en-informatique">Pourquoi les jeunes sont devenus si nuls en informatique (www.mac4ever.com)</a></li>
</ul>
<p>De manière étonnante, c’est d’ailleurs dans les milieux de l’informatique professionnelle que l’on trouve le plus de personnes retournant aux « dumbphones », téléphones simples. Car, comme dit le proverbe « Quand on sait comment se prépare la saucisse, on perd l’envie d’en manger… »</p>
<h2 id="soustitre-6">Que faire ?</h2>
<p>Le smartphone est omniprésent. Chaque génération transmet à ses enfants ses propres peurs. S’il y a tant de discussions, de craintes, de volonté « d’éducation », c’est avant tout parce que la génération des parents d’aujourd’hui est celle qui est le plus addict à son smartphone, qui est la plus espionnée par les monopoles publicitaires. Nous avons peur de l’impact du smartphone sur nos enfants parce que nous nous rendons confusément compte de ce qu’il nous inflige.</p>
<p>Mais les adolescents ne sont pas forcés d’être aussi naïfs que nous face à la technologie.</p>
<h2 id="soustitre-7">Commencer le plus tard possible</h2>
<p>Les pédiatres et les psychiatres recommandent de ne pas avoir une utilisation régulière du smartphone avant 15 ou 16 ans, le système nerveux et visuel étant encore trop sensible avant cela. Les adolescents eux-mêmes, lorsqu’on les interroge, considèrent qu’ils ne devraient pas avoir de téléphone avant 12 ou 13 ans.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.arteradio.com/son/61667632/gafa_tes_gosses">GAFA tes gosses | ARTE Radio (www.arteradio.com)</a></li>
<li><a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC9664330/">Youth Perspectives on the Recommended Age of Mobile Phone Adoption: Survey Study (www.ncbi.nlm.nih.gov)</a></li>
</ul>
<p>Si une limite d’âge n’est pas réaliste pour tout le monde, il semble important de retarder au maximum l’utilisation quotidienne et régulière du smartphone. Lorsque votre enfant devient autonome, privilégiez un « dumbphone », un simple téléphone lui permettant de vous appeler et de vous envoyer des SMS. Votre enfant arguera, bien entendu, qu’il est le seul de sa bande à ne pas avoir de smartphone. Nous avons tous été adolescents et utilisé cet argument pour nous habiller avec le dernier jeans à la mode. </p>
<p>Comme le signale Jonathan Haidt dans son livre « The Anxious Generation », il y a un besoin urgent de prendre des actions collectives. Nous offrons des téléphones de plus en plus tôt à nos enfants, car ils nous disent « Tout le monde en a sauf moi ». Nous cédons, sans le savoir, nous forçons d’autres parents à céder. Des expériences pilotes d’écoles « sans téléphone » montrent des résultats immédiats en termes de bien-être et de santé mentale des enfants..</p>
<ul>
<li><a href="https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2024/jan/17/cellphone-smartphone-bans-schools">What happens when a school bans smartphones? A complete transformation (www.theguardian.com)</a></li>
<li><a href="https://www.noemamag.com/social-media-messed-up-our-kids-now-it-is-making-us-ungovernable/">Jonathan Haidt Talks His New Book ‘The Anxious Generation’ (www.noemamag.com)</a></li>
</ul>
<p>Parlez-en avec les autres parents. Développez des stratégies ensemble qui permettent de garder une utilisation raisonnable du smartphone tout en évitant l’exclusion du groupe, ce qui est la plus grande hantise de l’adolescent.</p>
<h2 id="soustitre-8">Discutez en amont avec votre enfant</h2>
<p>Expliquez à votre enfant les problématiques liées au smartphone. Plutôt que de prendre des décisions arbitraires, consultez-le et discutez avec lui de la meilleure manière pour lui d’entrer dans le monde connecté. Établissez un lien de confiance en lui expliquant de ne jamais faire confiance à ce qu’il pourra lire sur le téléphone. </p>
<p>Dans le doute, il doit avoir le réflexe d’en discuter avec vous.</p>
<h2 id="soustitre-9">Introduisez l’outil progressivement</h2>
<p>Ne laissez pas votre enfant se débrouiller directement avec un smartphone une fois votre limite d’âge atteinte. </p>
<p>Bien avant cela, montrez-lui comment vous utilisez votre propre smartphone, votre ordinateur. Montrez-lui la même page Wikipédia sur les deux outils en expliquant qu’il ne s’agit que d’une manière de visualiser un contenu qui se trouve sur un autre ordinateur. </p>
<p>Lorsque votre enfant reçoit son propre appareil, introduisez-le progressivement en ne lui autorisant l’utilisation que pour des cas particuliers. Vous pouvez par exemple garder le téléphone, en ne le donnant à l’enfant que lorsqu’il en fait la demande pour une durée limitée et pour un usage précis. Ne créez pas immédiatement des comptes sur toutes les plateformes à la mode. Observez avec lui les réflexes qu’il acquiert, discutez sur l’inondation permanente que sont les groupes Whatsapp.</p>
<h2 id="soustitre-10">Parlez de vie privée</h2>
<p>Rappelez à votre enfant que l’objectif des plateformes monopolistiques est de vous espionner en permanence afin de revendre votre vie privée et de vous bombarder de publicités. Que tout ce qui est dit et posté sur les réseaux sociaux, y compris les photos, doit être considéré comme public, le secret n’est qu’une illusion. Une règle d’or : on ne poste pas ce qu’on ne serait pas confortable de voir afficher en grand sur les murs de l’école.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.developpez.com/actu/361267/Google-et-Meta-ont-conclu-un-accord-pub-secret-ciblant-les-ados-pour-les-attirer-vers-Instagram-quelques-mois-apres-que-Zuckerberg-se-soit-excuse-devant-le-Congres-pour-l-exploitation-des-enfants-sur-Instagram/">Google et Meta ont conclu un accord pub secret ciblant les ados pour les attirer vers Instagram, quelques mois apr�s que Zuckerberg se soit excusé devant le Congrès pour l'exploitation des enfants sur Instagram (www.developpez.com)</a></li>
</ul>
<p>Au Danemark, les écoles ne peuvent désormais plus utiliser de Chromebook pour ne pas enfreindre la vie privée des enfants. Mais ne croyez pas qu’Android, Windows ou iOS soient mieux en termes de vie privée.</p>
<ul>
<li><a href="https://theprivacydad.com/final-decision-on-chromebook-case-in-denmark/">Final Decision on Chromebook Case in Denmark (theprivacydad.com)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-11">Pas dans la chambre</h2>
<p>Ne laissez jamais votre enfant dormir avec son téléphone. Le soir, le téléphone devrait être rangé dans un endroit neutre et hors de portée. De même, ne laissez pas le téléphone à portée de main lorsque l’enfant fait ses devoirs. Il en va de même pour les tablettes et autres laptops qui ont exactement les mêmes fonctions. Idéalement, les écrans sont à éviter avant d’aller à l’école pour éviter de commencer la journée en étant déjà en état de fatigue attentionnelle. N’oubliez pas que le smartphone peut être le vecteur de messages et d’images dérangeantes, voire choquantes, mais étrangement hypnotiques. L’effet de la lumière des écrans sur la qualité du sommeil est également une problématique encore mal comprise.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.seuil.com/ouvrage/la-fabrique-du-cretin-digital-michel-desmurget/9782021423310">« La fabrique du crétin digital », de Michel Desmurget</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-12">Continuez la discussion</h2>
<p>Il existe des logiciels dits de « Contrôle parental ». Mais aucun logiciel ne remplacera jamais la présence des parents. Pire : les enfants les plus débrouillards trouveront très vite des astuces pour contourner ces limitations voire seront tentés de contourner ces limitations uniquement parce qu’elles sont arbitraires. Plutôt que d’imposer un contrôle électronique, prenez le temps de demander à vos enfants ce qu’ils font sur leur téléphone, avec qui ils parlent, ce qui se dit, quels sont les logiciels qu’ils utilisent.</p>
<p>L’utilisation d’Internet peut être également très bénéfique en permettant à l’enfant d’apprendre sur des sujets hors programmes ou de découvrir des communautés partageant des centres d’intérêt différents de ceux de l’école. </p>
<p>De la même manière que vous laissez votre enfant fréquenter un club de sport ou de scoutisme tout en l’empêchant de trainer avec une bande de voyous dans la rue, vous devez contrôler les fréquentations de vos enfants en ligne. Loin des groupes Whatsapp scolaires, votre enfant peut trouver des communautés en ligne partageant ses centres d’intérêt, communautés dans lesquelles il pourra apprendre, découvrir et s’épanouir s’il est bien aiguillé.</p>
<h2 id="soustitre-13">Donnez l’exemple, soyez l’exemple !</h2>
<p>Nos enfants ne font pas ce qu’on leur dit de faire, ils font ce qu’ils nous voient faire. Les enfants ayant vu leurs parents fumer ont le plus grand risque de devenir fumeurs à leur tour. Il en est de même pour les smartphones. Si notre enfant nous voit en permanence sur notre téléphone, il n’a pas d’autre choix que de vouloir nous imiter. L’un des plus beaux cadeaux que vous pouvez faire est donc de ne pas utiliser compulsivement votre téléphone en présence de votre enfant.</p>
<p>Oui, vous devez traiter et prendre conscience de votre propre addiction ! </p>
<p>Prévoyez des périodes où vous le mettez-le en silencieux ou en mode avion et où il est rangé à l’écart. Lorsque vous prenez votre téléphone, expliquez à votre enfant l’usage que vous en faites. </p>
<p>Devant lui, mettez-vous à lire un livre papier. Et, non, la lecture sur l’iPad n’est pas « pareille ».</p>
<ul>
<li><a href="https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2024/jan/17/kids-reading-better-paper-vs-screen">A groundbreaking study shows kids learn better on paper, not screens. Now what? (www.theguardian.com)</a></li>
</ul>
<p>D’ailleurs, si vous manquez d’idée, je ne peux que vous recommander mon dernier roman : une aventure palpitante écrite à la machine à écrire qui traite de vélo, d’adolescence, de fin du monde et de smartphones éteints pour toujours. Oui, la publicité s’est même glissée dans ce texte, quel scandale !</p>
<ul>
<li><a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk, les chroniques du flash</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-14">Donnez le goût de l’informatique, pas celui d’être contrôlé</h2>
<p>Il ne faut pas tirer sur le messager : le responsable n’est pas « l’écran », mais l’utilisation que nous en faisons. Les monopoles informatiques tentent de rendre les utilisateurs addicts, prisonniers pour les bombarder de publicités, pour les faire consommer. Là sont les responsables.</p>
<p>Apprendre la programmation (ce qui se fait au départ très bien sans écran), jouer à des jeux vidéos profonds avec des histoires complexes ou simplement drôles pour passer un moment amusant, discuter en ligne avec des passionnés, dévorer Wikipédia… L’informatique moderne nous ouvre de magnifiques portes dont il serait dommage de priver nos enfants.</p>
<ul>
<li><a href="http://www.irem.univ-bpclermont.fr/Informatique-sans-Ordinateur%2c140.html">Apprendre l’Informatique sans Ordinateur (www.irem.univ-bpclermont.fr)</a></li>
<li><a href="https://ploum.net/lhistoire-dun-bit/index.html">L’histoire d’un bit (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Au lieu de céder à nos propres peurs, angoisses et incompréhensions, nous devons donner à nos enfants le goût de reprendre le contrôle de l’informatique et de nos vies, contrôle que nous avons un peu trop facilement cédé aux monopoles publicitaires en échange d’un rectangle de verre affichant des icônes de couleur.</p>
<figure>
<a href="https://ploum.net/files/gee_ecole3.png"><img alt="Une enfant s’étonne de ne plus retrouver un livre sur sa tablette, la maitresse lui explique que des entreprises ont décidé que ce livre n’était pas bon pour elle." src="https://ploum.net/files/gee_ecole3.png" width="450" class="center"></a>
<figcaption>Une enfant s’étonne de ne plus retrouver un livre sur sa tablette, la maitresse lui explique que des entreprises ont décidé que ce livre n’était pas bon pour elle.</figcaption>
</figure>
<h2 id="soustitre-15">Accepter l’imperfection</h2>
<p>« J’avais des principes, aujourd’hui j’ai des enfants » dit le proverbe. Impossible d’être parfait. Quoi que nous fassions, nos enfants seront confrontés à des conversations toxiques, des dessins animés débiles et c’est bien normal. En tant que parents, nous faisons ce que nous pouvons, avec nos réalités.</p>
<p>Personne n’est parfait. Surtout pas un parent.</p>
<p>L’important n’est pas d’empêcher à tout prix nos enfants d’être sur un écran, mais de prendre conscience qu’un smartphone n’est absolument pas un outil éducatif, qu’il ne prépare à rien d’autre que de faire de nous de bons consommateurs passifs. </p>
<p>Le seul apprentissage réellement nécessaire est celui d’un esprit critique dans l’utilisation d’un outil informatique.</p>
<p>Et dans cet apprentissage, les enfants ont souvent beaucoup à apprendre aux adultes !</p>
<ul>
<li><a href="https://grisebouille.net/des-tablettes-a-lecole/">Les illustrations sont de Gee et je vous invite à lire la BD complète</a></li>
</ul>
<div class="signature"><p>Je suis <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploum">Ploum</a> et je viens de publier <a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk</a>, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, <a href="https://pvh-editions.com/ploum">achetez mes livres</a> (si possible chez votre libraire) !</p>
<p>Recevez directement par mail <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/fr.listes.ploum.net/">mes écrits en français</a> et <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/en.listes.ploum.net/">en anglais</a>. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser <a href="/atom_fr.xml">mon flux RSS francophone</a> ou <a href="/atom.xml">le flux RSS complet</a>.</p>
</div>
Ploumhttps://ploum.netLa fin d’un monde ?https://ploum.net/2025-04-08-la-fin.html2025-04-08T00:00:00Z2025-04-08T00:00:00Z
<h1>La fin d’un monde ?</h1>
<h2 id="soustitre-1">La fin de nos souvenirs</h2>
<p>Nous sommes envahis d’IA. Bien plus que vous ne le pensez. </p>
<p>Chaque fois que votre téléphone prend une photo, ce n’est pas la réalité qui s’affiche, mais une reconstruction « probable » de ce que vous avez envie de voir. C’est la raison pour laquelle les photos paraissent désormais si belles, si vivantes, si précises : parce qu’elles ne sont pas le reflet de la réalité, mais le reflet de ce que nous avons envie de voir, de ce que nous sommes le plus susceptibles de trouver « beau ». C’est aussi la raison pour laquelle les systèmes dégooglisés prennent de moins belles photos: ils ne bénéficient pas des algorithmes Google pour améliorer la photo en temps réel.</p>
<p>Les hallucinations sont rares à nos yeux naïfs, car crédibles. Nous ne les voyons pas. Mais elles sont là. Comme cette future mariée essayant sa robe devant des miroirs et qui découvre que chaque reflet est différent.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.theverge.com/2023/12/2/23985299/iphone-bridal-photo-three-poses-explanation-panorama-photoshop-generative-ai">‘One in a million’ iPhone bridal photo explanation: blame panorama mode (www.theverge.com)</a></li>
</ul>
<p>J’ai moi-même réussi à perturber les algorithmes. À gauche, la photo telle que je l’ai prise et telle qu’elle apparait dans n’importe quel visualisateur de photos. À droite, la même photo affichée dans Google Photos. Pour une raison difficilement compréhensible, l’algorithme tente de reconstruire la photo et se plante lourdement.</p>
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<a href="https://ploum.net/files/foiragegooglephoto.png"><img alt="Une photo de ma main à gauche et la même photo complètement déformée à droite" src="https://ploum.net/files/foiragegooglephoto.png" width="450" class="center"></a>
<figcaption>Une photo de ma main à gauche et la même photo complètement déformée à droite</figcaption>
</figure>
<p>Or ces images, reconstruites par IA, sont ce que notre cerveau va retenir. Nos souvenirs sont littéralement altérés par les IA.</p>
<h2 id="soustitre-2">La fin de la vérité</h2>
<p>Tout ce que vous croyez lire sur LinkedIn a probablement été généré par un robot. Pour vous dire, le 2 avril il y avait déjà des robots qui se vantaient sur ce réseau de migrer de Offpunk vers XKCDpunk. </p>
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<a href="https://ploum.net/files/linkedinbot.png"><img alt="Capture d’écran de LinkedIn montrant le billet d’un certain Arthur Howell se vantant d’un blog post racontant la migration de Offpunk ver XKCDpunk." src="https://ploum.net/files/linkedinbot.png" width="450" class="center"></a>
<figcaption>Capture d’écran de LinkedIn montrant le billet d’un certain Arthur Howell se vantant d’un blog post racontant la migration de Offpunk ver XKCDpunk.</figcaption>
</figure>
<p>La transition Offpunk vers XKCDpunk était un poisson d’avril hyper spécifique et compréhensible uniquement par une poignée d’initiés. Il n’a pas fallu 24h pour que le sujet soit repris sur LinkedIn.</p>
<p>Non, franchement, vous pouvez éteindre LinkedIn. Même les posts de vos contacts sont probablement en grande partie générés par IA suite à un encouragement algorithmique à poster.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/je-ne-suis-plus-a-vendre-sur-linkedin/index.html">Je ne suis plus à vendre sur LinkedIn (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Il y a 3 ans, je mettais en garde sur le fait que les chatbots généraient du contenu qui remplissait le web et servait de base d’apprentissage à la prochaine génération de chatbots.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2022-12-05-drowning-in-ai-generated-garbage.html">Drowning in AI Generated Garbage : the silent war we are fighting (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Je parlais d’une guerre silencieuse. Mais qui n’est plus tellement silencieuse. La Russie utilise notamment ce principe pour inonder le web d’articles, générés automatiquement, reprenant sa propagande.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.newsguardrealitycheck.com/p/a-well-funded-moscow-based-global">A well-funded Moscow-based global ‘news’ network has infected Western artificial intelligence tools worldwide with Russian propaganda (www.newsguardrealitycheck.com)</a></li>
</ul>
<p>Le principe est simple : vu que les chatbots font des statistiques, si vous publiez un million d’articles décrivant les expériences d’armes biologiques que les Américains font en Ukraine (ce qui est faux), le chatbot va considérer ce morceau de texte comme statistiquement fréquent et avoir une grande probabilité de vous le ressortir.</p>
<p>Et même si vous n’utilisez pas ChatGPT, vos politiciens et les journalistes, eux, les utilisent. Ils en sont même fiers.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2024-12-02-conjuration-fierte-ignorante.html">La conjuration de la fierté ignorante (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Ils ont entendu ChatGPT braire dans un pré et en font un discours qui sera lui-même repris par ChatGPT. Ils empoisonnent la réalité et, ce faisant, la modifient. Ils savent très bien qu’ils mentent. C’est le but.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2024-10-24-ils-nous-mentent.html">Ils nous mentent (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Je pensais qu’utiliser ces outils était une perte de temps un peu stupide. En fait, c’est dangereux aussi pour les autres. Vous vous demandez certainement c’est quoi le bazar autour des taxes frontalières que Trump vient d’annoncer ? Les économistes se grattent la tête. Les geeks ont compris : tout le plan politique lié aux taxes et son explication semblent avoir été littéralement générés par un chatbot devant répondre à la question « comment imposer des taxes douanières pour réduire le déficit ? ».</p>
<ul>
<li><a href="https://paulkrugman.substack.com/p/will-careless-stupidity-kill-the">Will Malignant Stupidity Kill the World Economy? (paulkrugman.substack.com)</a></li>
</ul>
<p>Le monde n’est pas dirigé par Trump, il est dirigé par ChatGPT. Mais où est la Sara Conor qui le débranchera ?</p>
<figure>
<a href="https://ploum.net/files/etoilemysterieuse2.jpg"><img alt="Extrait de Tintin, l’étoile mystérieuse" src="https://ploum.net/files/etoilemysterieuse2.jpg" width="450" class="center"></a>
<figcaption>Extrait de Tintin, l’étoile mystérieuse</figcaption>
</figure>
<h2 id="soustitre-3">La fin de l’apprentissage</h2>
<p>Slack vole notre attention, mais vole également notre apprentissage en permettant à n’importe qui de déranger, par message privé, le développeur senior qui connait les réponses, car il a bâti le système.</p>
<ul>
<li><a href="https://matduggan.com/slack-the-art-of-being-busy-without-getting-anything-done/">Slack: The Art of Being Busy Without Getting Anything Done (matduggan.com)</a></li>
</ul>
<p>La capacité d’apprendre, c’est bel et bien ce que les téléphones et l’IA sont en train de nous dérober. Comme le souligne Hilarius Bookbinder, professeur de philosophie dans une université américaine, la différence générationnelle majeure qu’il observe est que les étudiants d’aujourd’hui n’ont aucune honte à simplement envoyer un email au professeur pour lui demander de résumer ce qu’il faut savoir.</p>
<ul>
<li><a href="https://hilariusbookbinder.substack.com/p/the-average-college-student-today">The average college student today (hilariusbookbinder.substack.com)</a></li>
</ul>
<p>Dans son journal de Mars, Thierry Crouzet fait une observation similaire. Alors qu’il annonce quitter Facebook, tout ce qu’il a pour réponse c’est « Mais pourquoi ? ». Alors même qu’il balance des liens sur le sujet depuis des lustres.</p>
<ul>
<li><a href="https://tcrouzet.com/2025/04/02/mars-2025/">Mars 2025 - Thierry Crouzet (tcrouzet.com)</a></li>
</ul>
<p>Les chatbots ne sont, eux-mêmes, pas des systèmes qu’il est possible d’apprendre. Ils sont statistiques, sans cesse changeants. À les utiliser, la seule capacité que l’on acquiert, c’est l’impression qu’il n’est pas possible d’apprendre. Ces systèmes nous volent littéralement le réflexe de réfléchir et d’apprendre.</p>
<p>En conséquence, sans même vouloir chercher, une partie de la population veut désormais une réponse personnelle, immédiate, courte, résumée. Et si possible en vidéo.</p>
<h2 id="soustitre-4">La fin de la confiance</h2>
<p>Apprendre nécessite d’avoir confiance en soi. Il est impossible d’apprendre si on n’a pas la certitude qu’on est capable d’apprendre. À l’opposé, si on acquiert cette certitude, à peu près tout peut s’apprendre.</p>
<p>Une étude menée par des chercheurs de Microsoft montre que plus on a confiance en soi, moins on fait confiance aux réponses des chatbots. Mais, au contraire, si on a le moindre doute, on a soudainement confiance envers les résultats qui nous sont envoyés.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.microsoft.com/en-us/research/wp-content/uploads/2025/01/lee_2025_ai_critical_thinking_survey.pdf?utm_source=newsletter.danielmiessler.com&utm_medium=newsletter&utm_campaign=unsupervised-learning-no-475">The Impact of Generative AI on Critical Thinking: Self-Reported Reductions in Cognitive Effort and Confidence Effects From a Survey of Knowledge Workers</a></li>
</ul>
<p>Parce que les chatbots parlent comme des CEOs, des marketeux ou des arnaqueurs : ils simulent la confiance envers leurs propres réponses. Les personnes, même les plus expertes, qui n’ont pas le réflexe d’aller au conflit, de remettre l’autorité en question finissent par transformer leur confiance en eux-mêmes en confiance envers un outil.</p>
<p>Un outil de génération aléatoire qui appartient à des multinationales.</p>
<p>Les entreprises sont en train de nous voler notre confiance en nous-mêmes. Elles sont en train de nous voler notre compétence. Elles sont en train de nous voler nos scientifiques les plus brillants.</p>
<ul>
<li><a href="https://lucianonooijen.com/blog/why-i-stopped-using-ai-code-editors/">Why I stopped using AI code editors (lucianonooijen.com)</a></li>
</ul>
<p>Et c’est déjà en train de faire des dégâts dans le domaine de « l’intelligence stratégique » (à savoir les services secrets). </p>
<ul>
<li><a href="https://www.dutchosintguy.com/post/the-slow-collapse-of-critical-thinking-in-osint-due-to-ai">The Slow Collapse of Critical Thinking in OSINT due to AI (www.dutchosintguy.com)</a></li>
</ul>
<p>Ainsi que dans le domaine de la santé : les médecins ont tendance à faire exagérément confiance aux diagnostics posés automatiquement, notamment pour les cancers. Les médecins les plus expérimentés se défendent mieux, mais restent néanmoins sensibles : ils font des erreurs qu’ils n’auraient jamais commises normalement si cette erreur est encouragée par un assistant artificiel.</p>
<ul>
<li><a href="https://pubs.rsna.org/doi/10.1148/radiol.222176">Automation Bias in Mammography: The Impact of Artificial Intelligence BI-RADS Suggestions on Reader Performance</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-5">La fin de la connaissance</h2>
<p>Avec les chatbots, une idée vieille comme l’informatique refait surface : « Et si on pouvait dire à la machine ce qu’on veut sans avoir besoin de la programmer ? ».</p>
<p>C’est le rềve de toute cette catégorie de managers qui ne voient les programmeurs que comme des pousse-bouton qu’il faut bien payer, mais dont on aimerait se passer.</p>
<p>Rêve qui, faut-il le préciser, est complètement stupide.</p>
<p>Parce que l’humain ne sait pas ce qu’il veut. Parce que la parole a pour essence d’être imprécise. Parce que lorsqu’on parle, on échange des sensations, des intuitions, mais on ne peut pas être précis, rigoureux, bref, scientifique.</p>
<p>L’humanité est sortie du moyen-âge lorsque des Newton, Leibniz, Descartes ont commencé à inventer un langage de logique rationnelle : les mathématiques. Tout comme on avait inventé, à peine plus tôt, un langage précis pour décrire la musique.</p>
<p>Se satisfaire de faire tourner un programme qu’on a décrit à un chatbot, c’est retourner intellectuellement au moyen-âge.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.cs.utexas.edu/~EWD/transcriptions/EWD06xx/EWD667.html">On the foolishness of "natural language programming". (EWD 667) (EWD)</a></li>
</ul>
<p>Mais bon, encore faut-il maitriser une langue. Lorsqu’on passe sa scolarité à demander à un chatbot de résumer les livres à lire, ce n’est même pas sûr que nous arriverons à décrire ce que nous voulons précisément.</p>
<p>En fait, ce n’est même pas sûr que nous arriverons encore à penser ce que nous voulons. Ni même à vouloir. La capacité de penser, de réfléchir est fortement corrélée avec la capacité de traduire en mot.</p>
<blockquote> Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. (Boileau)<br></blockquote>
<p>Ce n’est plus un retour au moyen-âge, c’est un retour à l’âge de la pierre.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/112-le-dernier-vaisseau/index.html">Le dernier vaisseau (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Ou dans le futur décrit dans mon (excellent) roman Printeurs : des injonctions publicitaires qui se sont substituées à la volonté. (si si, achetez-le ! Il est à la fois palpitant et vous fera réfléchir)</p>
<ul>
<li><a href="https://pvh-editions.com/shop/38-printeurs">Printeurs, par Ploum (pvh-editions.com)</a></li>
</ul>
<figure>
<a href="https://ploum.net/files/etoilemysterieuse3.jpg"><img alt="Extrait de Tintin, l’étoile mystérieuse" src="https://ploum.net/files/etoilemysterieuse3.jpg" width="450" class="center"></a>
<figcaption>Extrait de Tintin, l’étoile mystérieuse</figcaption>
</figure>
<h2 id="soustitre-6">La fin des différentes voix.</h2>
<p>Je critique le besoin d’avoir une réponse en vidéo, car la notion de lecture est importante. Je me rends compte qu’une proportion incroyable, y compris d’universitaires, ne sait pas « lire ». Ils savent certes déchiffrer, mais pas réellement lire. Et il y a un test tout simple pour savoir si vous savez lire : si vous trouvez plus facile d’écouter une vidéo YouTube d’une personne qui parle plutôt que de lire le texte vous-même, c’est sans doute que vous déchiffrez. C’est que vous lisez à haute voix dans votre cerveau pour vous écouter parler. </p>
<p>Il y a bien sûr bien des contextes où la vidéo ou la voix ont des avantages, mais lorsqu’il s’agit, par exemple, d’apprendre une série de commandes et leurs paramètres, la vidéo est insupportablement inappropriée. Pourtant, je ne compte plus les étudiants qui me recommandent des vidéos sur le sujet.</p>
<p>Car la lecture, ce n’est pas simplement transformer les lettres en son. C’est en percevoir directement le sens, permettant des allers-retours incessants, des pauses, des passages rapides afin de comprendre le texte. Entre un écrivain et un lecteur, il existe une communication, une communion télépathique qui font paraître l’échange oral lent, inefficace, balourd, voire grossier.</p>
<p>Cet échange n’est pas toujours idéal. Un écrivain possède sa « voix » personnelle qui ne convient pas à tout le monde. Il m’arrive régulièrement de tomber sur des blogs dont le sujet m’intéresse, mais je n’arrive pas à m’abonner, car la « voix » du blogueur ne me convient pas du tout. </p>
<p>C’est normal et même souhaitable. C’est une des raisons pour laquelle nous avons besoin de multitudes de voix. Nous avons besoin de gens qui lisent puis qui écrivent, qui mélangent les idées et les transforment pour les transmettre avec leur propre voix.</p>
<h2 id="soustitre-7">La fin de la relation humaine</h2>
<p>Dans la file d’un magasin, j’entendais la personne en face de moi se vanter de raconter sa vie amoureuse à ChatGPT et de lui demander en permanence conseil sur la manière de la gérer.</p>
<p>Comme si la situation nécessitait une réponse d’un ordinateur plutôt qu’une discussion avec un autre être humain qui comprend voir qui a vécu le même problème.</p>
<p>Après nous avoir volé le moindre instant de solitude avec les notifications incessantes de nos téléphones et les messages sur les réseaux sociaux, l’IA va désormais voler notre sociabilité.</p>
<p>Nous ne serons plus connectés qu’avec le fournisseur, l’Entreprise.</p>
<p>Sur Gopher, szczezuja parle des autres personnes postant sur Gopher comme étant ses amis.</p>
<blockquote> Tout le monde ne sait pas que ce sont mes amis, mais comment appeler autrement quelqu’un que vous lisez régulièrement et dont vous connaissez un peu de sa vie intime<br></blockquote>
<ul>
<li><a href="gopher://sdf.org/0/users/szczezuja/phlog/2025-03-30-I-am-alive-2.txt">I am alive (2) (szczezuja)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-8">La fin de la fin…</h2>
<p>La fin d’une ère est toujours le début d’une autre. Annoncer la fin, c’est préparer une renaissance. En apprenant de nos erreurs pour reconstruire en améliorant le tout.</p>
<p>C’est peut-être ce que j’apprécie tant sur Gemini : l’impression de découvrir, de suivre des « voix » uniques, humaines. J’ai l’impression d’être témoin d’une microfaction d’humanité qui se désolidarise du reste, qui reconstruit autre chose. Qui lit ce que d’autres humains ont écrit juste parce qu’un autre humain a eu besoin de l’écrire sans espérer aucune contrepartie.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2023-08-01-splitting-the-web.html">Splitting the Web (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Vous vous souvenez des « planet » ? Ce sont des agrégateurs de blogs regroupant les participants d’un projet en un seul flux. L’idée a été historiquement lancée par GNOME avec planet.gnome.org (qui existe toujours) avant de se généraliser.</p>
<p>Et bien bacardi55 lance Planet Gemini FR, un agrégateur des capsules Gemini francophone.</p>
<ul>
<li><a href="gemini://news.planet-gemini.fr/2025/03/29/ouverture-du-planet-gemini-france/">Annonce: Ouverture du Planet Gemini France (news.planet-gemini.fr)</a></li>
</ul>
<p>C’est génial et parfait pour ceux qui ont envie de découvrir du contenu sur Gemini.</p>
<p>C’est génial pour ceux qui ont envie de lire d’autres humains qui n’ont rien à vous vendre. Bref, pour découvrir le fin du fin…</p>
<blockquote> Toutes les images sont illégament issues du chef-d’œuvre d’Hergé : « L’étoile mystérieuse ». Y’a pas de raison que les chatbots soient les seuls à pomper.<br></blockquote>
<div class="signature"><p>Je suis <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploum">Ploum</a> et je viens de publier <a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk</a>, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, <a href="https://pvh-editions.com/ploum">achetez mes livres</a> (si possible chez votre libraire) !</p>
<p>Recevez directement par mail <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/fr.listes.ploum.net/">mes écrits en français</a> et <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/en.listes.ploum.net/">en anglais</a>. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser <a href="/atom_fr.xml">mon flux RSS francophone</a> ou <a href="/atom.xml">le flux RSS complet</a>.</p>
</div>
Ploumhttps://ploum.netGoodbye Offpunk, Welcome XKCDpunk!https://ploum.net/2025-04-01-xkcdpunk.html2025-04-01T00:00:00Z2025-04-01T00:00:00Z
<h1>Goodbye Offpunk, Welcome XKCDpunk!</h1>
<p>For the last three years, I’ve been working on Offpunk, a command-line gemini and web browser. </p>
<ul>
<li><a href="https://offpunk.net">Offpunk.net</a></li>
</ul>
<p>While my initial goal was to browse the Geminisphere offline, the mission has slowly morphed into cleaning and unenshitiffying the modern web, offering users a minimalistic way of browsing any website with interesting content.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2022-03-24-ansi_html.html">Rendering the Web with Pictures in Your Terminal (ploum.net)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-1">Focusing on essentials</h2>
<p>From the start, it was clear that Offpunk would focus on essentials. If a website needs JavaScript to be read, it is considered as non-essential. </p>
<p>It worked surprisingly well. In fact, in multiple occurrence, I’ve discovered that some websites work better in Offpunk than in Firefox. I can comfortably read their content in the former, not in the latter.</p>
<p>By default, Offpunk blocks domains deemed as nonessentials or too enshitified like twitter, X, facebook, linkedin, tiktok. (those are configurable, of course. Defaults are in offblocklist.py).</p>
<p>Cleaning websites, blocking worst offenders. That’s good. But it is only a start.</p>
<p>It’s time to go further, to really cut out all the crap from the web. </p>
<p>And, honestly, besides XKCD comics, everything is crap on the modern web.</p>
<blockquote> As an online technical discussion grows longer, the probability of a comparison with an existing XKCD comic approaches 1.<br> – XKCD’s law<br></blockquote>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/xkcds-law/index.html">XKCD’s law (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>If we know that we will end our discussion with an XKCD’s comic, why not cut all the fluff? Why don’t we go straight to the conclusion in a true minimalistic fashion?</p>
<h2 id="soustitre-2">Introducing XKCDpunk</h2>
<p>That’s why I’m proud to announce that, starting with today’s release, Offpunk 2.7 will now be known as XKCDpunk 1.0.</p>
<ul>
<li><a href="https://xkcdpunk.net">Xkcdpunk.net</a></li>
</ul>
<p>XKCDpunk includes a new essential command "xkcd" which, as you guessed, takes an integer as a parameter and display the relevant XKCD comic in your terminal, while caching it to be able to browse it offline.</p>
<figure>
<a href="https://ploum.net/files/xkcdpunk1.png"><img alt="Screenshot of XKCDpunk showing comic 626" src="https://ploum.net/files/xkcdpunk1.png" width="450" class="center"></a>
<figcaption>Screenshot of XKCDpunk showing comic 626</figcaption>
</figure>
<p>Of course, this is only an early release. I need to clean a lot of code to remove everything not related to accessing xkcd.com. Every non-xkcd related domain will be added to offblocklist.py. </p>
<p>I also need to clean every occurrence of "Offpunk" to change the name. All offpunk.net needs to be migrated to xkcd.net. Roma was not built in one day.</p>
<p>Don’t hesitate to install an "offpunk" package, as it will still be called in most distributions.</p>
<ul>
<li><a href="https://repology.org/project/offpunk/versions">offpunk package versions - Repology (repology.org)</a></li>
</ul>
<p>And report bugs on the xkcdpunk’s mailinglist.</p>
<ul>
<li><a href="https://lists.sr.ht/~lioploum/offpunk-users">xkcdpunk-users on lists.sr.ht</a></li>
</ul>
<p>Goodbye Offpunk, welcome XKCDpunk!</p>
<div class="signature"><p>I’m <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploum">Ploum</a>, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/en.listes.ploum.net/">by email</a> or <a href="/atom_en.xml">by rss</a>. I value privacy and never share your adress.</p>
<p>I write <a href="https://pvh-editions.com/ploum">science-fiction novels in French</a>. For <a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk</a>, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, <a href="about.html">contact me</a>!</p>
</div>
Ploumhttps://ploum.netThe candid naivety of geekshttps://ploum.net/2025-03-28-geeks-naivety.html2025-03-28T00:00:00Z2025-03-28T00:00:00Z
<h1>The candid naivety of geeks</h1>
<h2 id="soustitre-1">I mean, come on!</h2>
<p>Amazon recently announced that, from now on, everything you say to Alexa will be sent to their server.</p>
<ul>
<li><a href="https://pluralistic.net/2025/03/15/altering-the-deal/">Pluralistic: Amazon annihilates Alexa privacy settings, turns on continuous, nonconsensual audio uploading (15 Mar 2025) (pluralistic.net)</a></li>
</ul>
<p>What surprised me the most with this announcement is how it was met with surprise and harsh reactions. People felt betrayed.</p>
<p>I mean, come on!</p>
<p>Did you really think that Amazon was not listening to you before that? Did you really buy an Alexa trusting Amazon to "protect your privacy"?</p>
<p>Recently, I came across a comment on Hacker News where the poster defended Apple as protecting privacy of its users because "They market their product as protecting our privacy".</p>
<p>I mean, once again, come on!</p>
<p>Did you really think that "marketing" is telling the truth? Are you a freshly debarked Thermian? (In case you missed it, this is a Galaxy Quest reference.)</p>
<p>The whole point of marketing is to lie, lie and lie again. </p>
<h2 id="soustitre-2">What is the purpose of that gadget?</h2>
<p>The whole point of the whole Amazon Alexa tech stack is to send information to Amazon. That’s the main goal of the thing. The fact that it is sometimes useful to you is a direct consequence of the thing sending information to Amazon. Just like Facebook linking you with friends is a consequence of you giving your information to Meta. Usefulness is only a byproduct of privacy invasion.</p>
<p>Having a fine-grained setting enabling "do not send all information to Amazon please" is, at best, wishful thinking. We had the same in the browser ("do-not-track"). It didn’t work. </p>
<p>I’ve always been convinced that the tech geeks who bought an Amazon Alexa perfectly knew what they were doing. One of my friends has a Google Echo and justify it with "Google already knows everything about our family through our phones, so I’m trading only a bit more of our privacy for convenience". I don’t agree with him but, at the very least, it’s a logical opinion.</p>
<p>We all know that what can be done with a tool will be done eventually. And you should prepare for it. On a side note, I also postulate that the reason Amazon removed that setting is because they were already gathering too much data to justify its existence in case there’s a complaint or an investigation in the future."How did you manage to get those data while your product says it will not send data?". </p>
<p>But, once again, any tech person knows that pushing a button in an interface is not a proof of anything in the underlying software. </p>
<h2 id="soustitre-3">Please stop being naive about Apple</h2>
<p>That’s also the point with Apple: Apple is such a big company that the right hand has no idea about what the left hand is doing. Some privacy people are working at Apple and doing good job. But their work is continuously diluted through the interests of quick and cheap production, marketing, release, new features, gathering data for advertising purpose. Apple is not a privacy company and has never been: it is an opportunistic company which advertise privacy when it feels it could help sell more iPhones. But deeply inside, they absolutely don’t care and they will absolutely trade the (very little) privacy they have if it means selling more.</p>
<p>Sometimes, geek naivety is embarrassingly stupid. Like "brand loyalty". Marketing lies to you. As a rule of thumb, the bigger the company, the bigger the lie. In tech, there’s no way for a big company to not lie because marketers have no real understanding of they are selling. Do you really think that people who chose to advertise "privacy" at Apple have any strong knowledge about "privacy"? That they could simply give you a definition of "privacy"?</p>
<p>I know that intelligent people go to great intellectual contortions to justify buying the latest overpriced spying shiny coloured screen with an apple logo. It looks like most humans actively look to see their freedom restricted. Seirdy calls it "the domestication of users".</p>
<ul>
<li><a href="https://seirdy.one/posts/2021/01/27/whatsapp-and-the-domestication-of-users/">WhatsApp and the domestication of users (seirdy.one)</a></li>
</ul>
<p>And that’s why I see Apple as a cult: most tech people cannot be reasoned about it.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/the-cost-of-being-convinced/index.html">The Cost of Being Convinced (ploum.net)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-4">You can’t find a technical solution to a lie</h2>
<p>Bill Cole, contributor to Spamassassin, recently posted on Mastodon that the whole DNS stack to protect spammers was not working.</p>
<blockquote> spammers are more consistent at making SPF, DKIM, and DMARC correct than are legitimate senders.<br></blockquote>
<ul>
<li><a href="https://toad.social/@grumpybozo/114213600922816869">🆘Bill Cole 🇺🇦: "@jwz@mastodon.social The stats we collect for the…" (toad.social)</a></li>
</ul>
<p>It is, once again, a naive approach to spam. The whole stack was designed with the mindset "bad spammers will try to hide themselves". But was is happening in your inbox, really?</p>
<p>Most spam is not "black hat spam". It is what I call "white-collar spam": perfectly legitimate company, sending you emails from legitimate address. You slept in a hotel during a business trip? Now you will receive weekly emails about our hotel for the rest of your life. And it is the same for any shop, any outlet, anything you have done. Your inbox is filled with "white-collar" junk. And they know this perfectly well. </p>
<p>In Europe, we have a rule, the RGPD, which forbid businesses to keep your data without your express consent. I did the experiment for several months to send a legal threat to every single white-collar spam I received. Guess what: they always replied that it was a mistake, that I was now removed, that it should not have happened, that I checked the box (which was false but how could I prove it?) or even, on one occasion, that they restored a backup containing my email before I unsubscribed (I unsubscribed from that one 10 years before, which makes it very unlikely).</p>
<p>In short, they lied. All of them. All of them are spammers and they lie pretending that "they thought you were interested".</p>
<p>In one notable case, they told me that they had erased all my data while, still having the cookie on my laptop, I could see and use my account. Thirty days later, I was still connected and I figured that they simply managed to change my user id from "ploum" to "deleted_ploum" in the database. While answering me straight in the face that they had no information about me in their database.</p>
<p>Corporations are lying. You must treat every corporate word as a straight lie until proved otherwise. </p>
<h2 id="soustitre-5">But Ploum, if all marketing is a lie, why trusting Signal?</h2>
<p>If you can’t trust marketing, why do I use Signal and Protonmail?</p>
<p>First of all, Signal is open source. And, yes, I’ve read some of the source code for some feature I was interested in. I’ve also read through some very deep audit of Signal source code.</p>
<ul>
<li><a href="https://soatok.blog/2025/02/18/reviewing-the-cryptography-used-by-signal/">Reviewing the Cryptography Used by Signal (soatok.blog)</a></li>
</ul>
<p>I’m also trusting the people behind Signal. I’m trusting people who recommend Signal. I’m trusting the way Signal is built. </p>
<p>But most importantly, Signal sole existence is to protect privacy of its users. It’s not even a corporation and, yes, this is important.</p>
<p>Yes, they could lie in their marketing. Like Telegram did (and still does AFAIK). But this would undermine their sole reason to exist.</p>
<p>I don’t say that Signal is perfect: I say I trust them to believe themselves what they announce. For now.</p>
<h2 id="soustitre-6">What about Protonmail?</h2>
<p>For the same reasons, Protonmail can, to some extent, be trusted. Technically, they can access most of the emails of their customers (because those emails arrive unencrypted to PM’s servers). But I trust Protonmail not to sell any data because if there’s any doubt that they do it, the whole business will crumble. They have a strong commercial incentive to do everything they can to protect my data. I pay them for that. It’s not a "checkbox" they could remove, it’s their whole raison d’être.</p>
<p>This is also why I pay for Kagi as my search engine: their business incentive is to provide me the best search results with less slop, less advertising. As soon as they start doing some kind of advertising, I will stop paying them and they know it. Or if Kagi starts becoming to AI centric for my taste, like they did for Lori:</p>
<ul>
<li><a href="https://d-shoot.net/kagi.html">Why I Lost Faith in Kagi (d-shoot.net)</a></li>
</ul>
<p>I don’t blindly trust companies. Paying them is not a commitment to obey them, au contraire. Every relation with a commercial entity is, by essence, temporary. I pay for a service with strings attached. If the service degrade, if my conditions are not respected, I stop paying. If I’m not convinced they can be trusted, I stop paying them. I know I can pay and still be the product. If I have any doubt, I don’t pay. I try to find an alternative and migrate to it. Email being critical to me, I always have two accounts on two different trustable providers with an easy migrating path (which boils down to changing my DNS config).</p>
<h2 id="soustitre-7">Fighting the Androidification</h2>
<p>Cory Doctorow speaks a lot about enshitification. Where users are more and more exploited. But one key component of a good enshitification is what I call "Androidification".</p>
<p>Androidification is not about degrading the user experience. It’s about closing doors, removing special use cases, being less and less transparent. It’s about taking open source software and frog boiling it to a full closed proprietary state while killing all the competition in the process. </p>
<p>Android was, at first, an Open Source project. With each release, it became more closed, more proprietary. As I explain in my "20 years of Linux on the Desktop" essay, I believe it has always been part of the plan. Besides the Linux kernel, Google was always wary not to include any GPL or LGPL licensed library in Android.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2025-03-08-linux_desktop3.html">20 years of Linux on the Desktop (part 3) (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>It took them 15 years but they finally achieved killing the Android Open Source Project:</p>
<ul>
<li><a href="https://www.androidauthority.com/google-android-development-aosp-3538503/">Google will develop the Android OS fully in private, here's why (www.androidauthority.com)</a></li>
</ul>
<p>This is why I’m deeply concerned by the motivation of Canonical to switch Ubuntu’s coreutils to an MIT licensed version.</p>
<ul>
<li><a href="https://go.theregister.com/feed/www.theregister.com/2025/03/19/ubuntu_2510_rust/">Ubuntu 25.10 plans to swap GNU coreutils for Rust (go.theregister.com)</a></li>
</ul>
<p>This is why I’m deeply concerned that Protonmail quietly removed the issue tracker from its Protonmail Bridge Github page (making the development completely opaque for what is an essential tool for technical Protonmail users).</p>
<h2 id="soustitre-8">I mean, commons!</h2>
<p>This whole naivety is also why I’m deeply concerned by very intelligent and smart tech people not understanding what "copyleft" is, why it is different from "open source" and why they should care.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2023-06-19-more-rms.html">We need more of Richard Stallman, not less (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Corporations are not your friend. They never were. They lie. The only possible relationship with them is an opportunistic one. And if you want to build commons that they cannot steal, you need strong copyleft.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2024-07-01-opensource_sustainability.html">On Open Source and the Sustainability of the Commons (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>But firstly, my fellow geeks, you need to lose your candid naivety.</p>
<p>I mean, come on, let’s build the commons!</p>
<div class="signature"><p>I’m <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploum">Ploum</a>, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/en.listes.ploum.net/">by email</a> or <a href="/atom_en.xml">by rss</a>. I value privacy and never share your adress.</p>
<p>I write <a href="https://pvh-editions.com/ploum">science-fiction novels in French</a>. For <a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk</a>, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, <a href="about.html">contact me</a>!</p>
</div>
Ploumhttps://ploum.netDu désir profond de se faire arnaquerhttps://ploum.net/2025-03-21-se-faire-arnaquer.html2025-03-21T00:00:00Z2025-03-21T00:00:00Z
<h1>Du désir profond de se faire arnaquer</h1>
<h2 id="soustitre-1">Pour suivre les modes et faire comme tout le monde</h2>
<p>Stefano Marinelli, un administrateur système chevronné, installe principalement des serveurs sous FreeBSD, OpenBSD ou NetBSD pour ses clients. Le plus difficile ? Arriver à convaincre un client qui veut absolument un « cluster de kubernetes tournant sous Linux », mais ne sait pas de quoi il s’agit que ce n’est pas toujours une bonne idée. Par contre, s’il migre sans rien dire des machines virtuelles vers des jails FreeBSD, il reçoit des appels paniqués parce que « tout va désormais trop vite, ça va nous coûter combien votre mise à jour du matériel ? ».</p>
<ul>
<li><a href="https://it-notes.dragas.net/2024/10/03/i-solve-problems-eurobsdcon/">I Solve Problems (it-notes.dragas.net)</a></li>
</ul>
<p>C’est le gros problème du métier d’ingénieur : l’ingénieur est censé analyser un problème et proposer des solutions, mais un manager, pour justifier son boulot, a la plupart du temps déjà décidé de la solution qu’il veut que l’ingénieur mette en place, même si elle est inadaptée.</p>
<p>Heureusement, les conflits sont de plus en plus rares : toutes les écoles d’ingénieurs enseignent désormais le management et la plupart des élèves ingénieurs n’apprennent plus à être critiques dans la résolution des problèmes. Les universités créent un monde de Julius:</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2024-12-23-julius-fr.html">Mon collègue Julius (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Ceux qui osent demander « mais pourquoi ? » sont les exceptions, les rebelles.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2023-03-30-tnt23-pourquoi.html">Keynote Touraine Tech 2023 : Pourquoi ? (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Stefano continue avec d’autres anecdotes : comment un projet a capoté parce que le mauvais code d’un développeur remplissait les disques des serveurs de Stefano. Plutôt que de résoudre le problème du code, il a été jugé plus diplomatique d’écouter le développeur et de « passer dans le cloud ». Les disques ne se sont pas remplis en quelques heures comme auparavant. Le projet a tourné un mois sur le « cloud » avant que n’arrive la facture. Et le compte en banque du projet s’est vidé.</p>
<ul>
<li><a href="https://it-notes.dragas.net/2024/12/28/i-almost-died-for-a-full-sentry-database/">I Almost Died for a Full Sentry Database (it-notes.dragas.net)</a></li>
</ul>
<p>Ou comment une infrastructure de soins de santé refuse de mettre à jour ses serveurs pour investir dans le design d’une infrastructure « cloud » qui, 5 ans plus tard, est toujours à l’état de design malgré le budget injecté dans le « cloud consultant ». L’infrastructure se retrouve à faire tourner… Windows XP et appelle Stefano quand tout plante.</p>
<ul>
<li><a href="https://it-notes.dragas.net/2024/10/19/outdated-infrastructure-and-the-cloud-illusion/">Outdated Infrastructure and the Cloud Illusion (it-notes.dragas.net)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-2">L’arnaque du SEO</h2>
<p>J’ai vécu une anecdote similaire lorsque j’ai mis en place, pour une petite société, un site web qui comportait une partie CMS, la gestion des commandes et la génération de factures (j’avais tout fait en utilisant Django). Un jour, je reçois un coup de téléphone de quelqu’un que je ne connais pas me demandant les accès au serveur sur lequel est hébergé ce site. Je refuse, bien évidemment, mais le ton monte. Je raccroche, persuadé d’avoir affaire à une sorte d’arnaque. Quelques minutes plus tard, ma cliente m’appelle pour savoir pourquoi je n’ai pas donné l’accès à la personne qui m’a appelé. J’ai tenté l’approche raisonnable « Vous voulez vraiment que je donne accès à toute votre infrastructure à la première personne qui m’appelle et le demande ? », sans succès. J’ai finalement accepté de donner l’accès, mais en expliquant que j’exigeais un ordre écrit de sa part et que je me dégageais ensuite de toute responsabilité. Là, la cliente a paru comprendre.</p>
<p>Après moult explications, il s’est avéré qu’elle avait engagé, à mon insu, un consultant SEO qui voulait rajouter un code Google Analytics dans son site. Le SEO, Search Engine Optimisation, consiste à tenter de faire remonter un site web dans les résultats Google.</p>
<p>J’ai expliqué à ma cliente que même avec accès au serveur, le type du SEO aurait été incapable de modifier le code Django, mais que, pas de problème, il suffisait de m’envoyer un email avec le code à rajouter (aujourd’hui encore je me demande ce qu’aurait fait le gars si je lui avais donné un « accès administrateur » sur le serveur, comme il le demandait). Quelques jours plus tard, un second email me demande de modifier le code Google Analytics ajouté. J’obtempère. </p>
<p>Puis, je commence à recevoir des plaintes que je ne fais pas mon travail, que le code n’est pas le bon. Je le rechange. Le même cinéma se passe deux ou trois fois et ma cliente s’énerve, me traite d’incompétent. Il me faut plusieurs jours d’investigations, plusieurs réunions téléphoniques avec les types du SEO pour réaliser que les emails proviennent de deux sociétés de SEO différentes (mais avec un nom de domaine similaire, ça m’était passé au-dessus de la tête en lisant les emails). </p>
<p>Ma cliente avait en fait engagé deux sociétés différentes de SEO, sans leur dire et sans me le dire. Les deux sociétés se battaient donc pour mettre leur code Google Analytics à elles, ne comprenant pas pourquoi je mettais un « mauvais » code. Le pot au rose a été découvert lors d’une réunion téléphonique houleuse où j’ai pointé un email reçu la veille et que mon correspondant prétendait n’avoir jamais envoyé (forcément, il provenait d’une autre société). </p>
<p>J’ai confronté ma cliente et j’ai réussi à découvrir que, à part fournir des résumés issus de Google Analytics, ces deux sociétés ne faisaient rien, mais que chacune avait été payée trois fois le prix que j’avais demandé pour la réalisation entière du site, de la gestion de commande et de facturation. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la cliente me prenait de haut par rapport aux entreprises de SEO : j’étais bon marché donc j’étais forcément incompétent.</p>
<p>Pour être honnête, l’une des sociétés avait fait son « travail » et m’avait envoyé un rapport avec des modifications mineures à faire sur le site pour améliorer le SEO, mais en notant que le site était déjà très bien, qu’il n’y avait pas grand-chose à faire (essentiellement, ils me demandaient de rajouter des keywords dans les balises meta, un truc que je savais comme étant dépassé, déjà à l’époque, mais que j’ai fait sans discuter).</p>
<p>Furieux, j’ai publié un billet qui a tellement choqué la communauté SEO que j’ai reçu des dizaines de mails d’insultes voire de menaces physiques (vous savez, le genre où le mec à découvert des infos personnelles et tente de vous intimider en vous montrant qu’il sait faire une recherche Google sur votre nom). </p>
<p>Toute une communauté s’est prise au jeu de faire en sorte que le premier résultat Google sur mon nom soit une série d’injures. Flatté par tant d’attention pour un simple billet de blog sans prétention, j’ai surtout réalisé, en lisant les forums où ils discutaient mon cas, à que j’avais affaire à des gens malhonnêtes, peu scrupuleux, bref bêtes et méchants à un niveau à la limite de la parodie.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/arnaque-seo/index.html">Oubliez le référencement de votre site web (ploum.net)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-3">Merdification du web avec le SEO</h2>
<p>Certains, plus modérés, tentèrent de me convaincre que « not all SEO ». Réponse : si. C’est le principe même. Tu ne veux juste pas le voir parce que tu es quelqu’un avec une certaine éthique et que ça rentre en conflit avec ta source de revenus. Mais c’est gentil à toi de m’écrire posément sans m’insulter.</p>
<p>Le web est devenu un énorme tas de déchets généré par les SEO.</p>
<p>Solderpunk s’interroge par exemple sur une mystérieuse mesure de la couverture nuageuse, mais, devant la merdification du web et l’appropriation technologique du mot "cloud", il s’en remet à poser sa question à d’autres humains, sur le réseau Gemini. Parce que le web ne lui permet plus de trouver une réponse ou de la poser à d’autres êtres humains.</p>
<ul>
<li><a href="gemini://zaibatsu.circumlunar.space/~solderpunk/gemlog/what-does-clouds-about-.05-mean.gmi">What does "Clouds about .05" mean? (solderpunk)</a></li>
</ul>
<p>Le web devait nous connecter, la merdification et l’IA nous force à nous retirer dans des espaces alternatifs où nous pouvons discuter entre humains, même pour résoudre les problèmes pour lesquels l’IA et le web sont censés être les plus utiles : répondre à nos questions techniques et factuelles. Dénicher des informations rares et difficiles d’accès.</p>
<h2 id="soustitre-4">Fermez vos comptes sur les plateformes merdifiées</h2>
<p>Ce retour aux petites communautés est un mouvement. Thierry Crouzet se met également à Gemini:</p>
<ul>
<li><a href="gemini://gemini.tcrouzet.com/">Thierry Crouzet (gemini.tcrouzet.com)</a></li>
</ul>
<p>Mais, surtout, il ferme définitivement Facebook, X, Bluesky, Instagram et bientôt peut-être Whatsapp. Pour ceux qui hésitent à faire de même, c’est toujours intéressant d’avoir des retours d’expérience.</p>
<ul>
<li><a href="https://tcrouzet.com/2025/03/19/quitter-facebook/">Mon dernier message, les amis (tcrouzet.com)</a></li>
</ul>
<p>Thierry n’est pas le seul, Vigrey ferme également son compte Facebook et en parle… sur Gemini.</p>
<ul>
<li><a href="gemini://vigrey.com/journal/happy-spring-finally-rid-of-facebook.gmi">Happy Spring - Finally Rid of Facebook (vigrey.com)</a></li>
</ul>
<p>Une chose est certaine : vous n’arriverez pas à migrer tous vos contacs pour une simple raison. Beaucoup veulent se faire arnaquer. Ils le demandent. Comme mon entrepreneuse, ils ne veulent pas un discours rationnel, ils ne veulent pas une solution. À vous de ne pas les laisser décider de votre futur numérique.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2025-03-11-changez-vos-paradigmes.html">N’attendez pas, changez vos paradigmes ! (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Et n’espérez pas que tout le monde soit un jour sur le même réseau social.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2023-07-06-stop-trying-to-make-social-networks-succeed.html">Stop Trying to Make Social Networks Succeed (ploum.net)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-5">L’impact global de l’IA sur le web</h2>
<p>L’IA produit essentiellement de la merde et il ne faut jamais lui faire confiance. Ça, vous le savez déjà.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2024-04-04-la-bulle-ai.html">Une bulle d’intelligence artificielle et de stupidité naturelle (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Mais elle a surtout un impact énorme sur ceux qui ne l’utilisent pas. Beaucoup parlent des ressources utilisées dans les datacenters, mais bien plus proches et plus directes, les IA inondent le web de requêtes pour tenter d’aspirer tout le contenu possible et imaginable.</p>
<p>Il existe un standard bien implanté depuis des décennies qui permet de mettre un fichier appelé "robots.txt" sur son site web. Ce fichier contient les règles que doit respecter un robot accédant à votre site. Cela permet par exemple de dire au robot de Google de ne pas visiter certaines pages ou pas trop souvent.</p>
<p>Sans surprise, les robots utilisés par l’IA ne respectent pas ces règles. Pire, ils se camouflent pour avoir l’air d’être de véritables utilisateurs. Ils sont donc fondamentalement malhonnêtes et savent très bien ce qu’ils font : ils viennent littéralement copier votre contenu sans votre accord pour le réutiliser. Mais ils le font des centaines, des milliers de fois par secondes. Ce qui met à mal toute l’infrastructure du web.</p>
<p>Drew De Vault parle de son expérience avec l’infrastructure Sourcehut, sur laquelle est hébergé ce blog.</p>
<ul>
<li><a href="https://drewdevault.com/2025/03/17/2025-03-17-Stop-externalizing-your-costs-on-me.html">Please stop externalizing your costs directly into my face (drewdevault.com)</a></li>
</ul>
<p>Tous ces datacenters construits en urgence pour faire de « l’IA » ? Ils sont utilisés pour mener des attaques DOS (Denial of Service) sur toute l’infrastructure du web. Dans le but de « pirater » les contenus sans respecter les licences et le copyright. </p>
<p>Ce n’est pas que je suis un fan du copyright, bien au contraire. C’est juste que ça fait 30 ans qu’on nous martèle que « la copie c’est le vol » et qu’Aaron Swartz s’est suicidé, car il risquait 30 de prison pour avoir automatisé le téléchargement de quelques milliers d’articles scientifiques qu’il estimait, avec justesse, appartenir au domaine public.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2024-09-23-vieuxcons.html">Les vieux cons (ou L’humaine imperfection de la perfection morale) (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>L’IA consomme des ressources, détruit nos réseaux, met à genoux les systèmes administrateurs bénévoles des sites communautaires, s’approprie nos contenus. Et tout cela pour quoi faire ? Pour générer du contenu SEO qui va remplir encore plus le web. Oui, ça tourne en boucle. Non, ça ne peut pas bien se terminer. </p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2022-12-05-drowning-in-ai-generated-garbage.html">Drowning in AI Generated Garbage : the silent war we are fighting (ploum.net)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-6">La mode de l’incompétence</h2>
<p>Le SEO, le cloud et maintenant l’IA sont en cela très similaires : la mode. Les clients le veulent à tout prix et demandent pour se faire littéralement arnaquer tout en se vantant de leur incompétence. </p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2024-08-18-religion-marketing.html">Le marketing, une religion malveillante, incompétente et dangereuse (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Dans un sens, c’est bien fait pour eux : ils le veulent le truc à la mode sans même savoir pourquoi ils le veulent. Ma cliente voulait du SEO alors qu’il s’agissait d’un business essentiellement local qui ciblait une clientèle de niche avec laquelle elle avait des contacts. Les clients veulent « du cloud » pour ne pas payer un administrateur système comme Stefano, mais payent dix fois le prix pour un consultant et se retrouvent à appeler Stefano quand tout va mal. De même, ils veulent désormais de l’IA sans même savoir pourquoi ils le veulent.</p>
<p>L’IA, c’est en fait la junk food de la pensée : un aspect appétissant, mais aucune valeur nutritive et, à terme, une perte totale de la culture du goût, de la saveur.</p>
<ul>
<li><a href="https://academia.hypotheses.org/60133/">L’IA, junk food de la pensée (academia.hypotheses.org)</a></li>
</ul>
<p>Même si j’ai donné tous les codes, tous les accès, même si je l’ai mise en contact avec d’autres développeurs Django, la société dont je parle dans ce billet n’a pas survécu longtemps après mon départ. Son capital initial et, surtout, les aides de l’état à la création d’entreprise qu’elle percevait ont essentiellement fini dans les poches de deux entreprises de SEO qui n’ont rien fait d’autre que de créer un compte Google Analytics. Aujourd’hui, c’est pareil avec le cloud et l’IA : il s’agit d’exploiter au maximum la crédulité des petits entrepreneurs qui ont la capacité d’obtenir des subsides de l’état afin de vider leurs poches. Ainsi que celles de l’état, dans lesquelles les politiciens piochent avec un enthousiasme démesuré dès qu’on utilise un buzzword à la mode.</p>
<p>Je pensais, naïvement, offrir un service éthique, je pensais discuter avec les clients pour répondre à leurs véritables besoins. </p>
<p>Je n’imaginais pas que les clients voulaient à tout prix se faire arnaquer.</p>
<div class="signature"><p>Je suis <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploum">Ploum</a> et je viens de publier <a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk</a>, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, <a href="https://pvh-editions.com/ploum">achetez mes livres</a> (si possible chez votre libraire) !</p>
<p>Recevez directement par mail <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/fr.listes.ploum.net/">mes écrits en français</a> et <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/en.listes.ploum.net/">en anglais</a>. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser <a href="/atom_fr.xml">mon flux RSS francophone</a> ou <a href="/atom.xml">le flux RSS complet</a>.</p>
</div>
Ploumhttps://ploum.netN’attendez pas, changez vos paradigmes !https://ploum.net/2025-03-11-changez-vos-paradigmes.html2025-03-11T00:00:00Z2025-03-11T00:00:00Z
<h1>N’attendez pas, changez vos paradigmes !</h1>
<p>Il faut se passer de voiture pendant un certain temps pour réellement comprendre au plus profond de soi que la solution à beaucoup de nos problèmes sociétaux n’est pas une voiture électrique, mais une ville cyclable.</p>
<p>Nous ne devons pas chercher des « alternatives équivalentes » à ce que nous offre le marché, nous devons changer les paradigmes, les fondements. Si on ne change pas le problème, si on ne revoit pas en profondeur nos attentes et nos besoins, on obtiendra toujours la même solution.</p>
<h2 id="soustitre-1">Migrer ses contacts vers Signal</h2>
<p>Je reçois beaucoup de messages qui me demandent comment j’ai fait pour migrer vers Mastodon et vers Signal. Et comment j’ai migré mes contacts vers Signal.</p>
<p>Il n’y a pas de secret. Une seule stratégie est vraiment efficace pour que vos contacts s’intéressent aux alternatives éthiques : ne plus être sur les réseaux propriétaires.</p>
<p>Je sais que c’est difficile, qu’on a l’impression de se couper du monde. Mais il n’y a pas d’autre solution. Le premier qui part s’exclut, c’est vrai. Mais le second qui, inspiré, ose suivre le premier entraine un mouvement inexorable. Car si une personne qui s’exclut est une « originale » ou une « marginale », deux personnes forment un groupe. Soudainement, les suiveurs ont peur de rater le coche.</p>
<p>Il faut donc s’armer de courage, communiquer son retrait et être ferme. Les gens ont besoin de vous comme vous avez besoin d’eux. Ils finiront par vouloir vous contacter. Oui, vous allez rater des informations le temps que les gens comprennent que vous n’êtes plus là. Oui, certaines personnes qui sont sur les deux réseaux vont devoir faire la passerelle durant un certain temps.</p>
<p>Vous devez également accepter de faire face au dur constat que certains de vos contacts ne le sont que par facilité, non par envie profonde. Très peu de gens tiennent véritablement à vous. C’est le lot de l’humanité. Même une star qui quitte un réseau social n’entraine avec elle qu’une fraction de ses followers. Et encore, pas de manière durable. Personne n’est indispensable.</p>
<p>Ne pas vouloir quitter un réseau tant que « tout le monde » n’est pas sur l’alternative implique le constat effrayant que le plus réactionnaire, le plus conservateur du groupe dicte ses choix. Son refus de bouger lui donne un pouvoir hors norme sur vous et sur tous les autres. Il représente « la majorité » simplement parce que vous, qui souhaitez bouger, tolérez son côté réactionnaire. Mais si vous dîtes vouloir bouger, mais que vous ne le faites pas, n’êtes-vous pas vous-même conservateur ?</p>
<p>Vous voulez vraiment vous passer de Whatsapp et de Messenger ? N’attendez pas, faites-le ! Supprimez votre compte pendant un mois pour voir l’impact sur votre vie. Laissez-vous la latitude de recréer le compte s’il s’avère que cette suppression n’est pas possible pour vous sur le long terme. Mais, au moins, vous aurez testé le nouveau paradigme, vous aurez pris conscience de vos besoins réels.</p>
<h2 id="soustitre-2">Adopter le Fediverse</h2>
<p>Joan Westenberg le dit très bien à propos du Fediverse : le Fediverse n’est pas le futur, c’est le présent. Son problème n’est pas que c’est compliqué ou qu’il n’y a personne : c’est simplement que le marketing de Google/Facebook/Apple nous a formaté le cerveau pour nous faire croire que les alternatives ne sont pas viables. Le Fediverse regorge d’humains et de créativité, mais il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. </p>
<ul>
<li><a href="https://www.joanwestenberg.com/the-fediverse-isnt-the-future-its-the-present-weve-been-denied/">The Fediverse Isn’t the Future. It’s the Present We’ve Been Denied. (www.joanwestenberg.com)</a></li>
</ul>
<p>Après avoir rechigné pendant des années à s’y consacrer pleinement, Thierry Crouzet arrive à la même conclusion : d’un point de vue réseau social, le Fediverse est la seule solution viable. Utiliser un réseau propriétaire est une compromission et une collaboration avec l’idéologie de ce réseau. Il encourage les acteurs du livre francophone à rejoindre le Fediverse.</p>
<ul>
<li><a href="https://tcrouzet.com/2025/02/27/edition-francophone-mastodon/">Inquiétude : l’édition francophone trop peu sur Mastodon (tcrouzet.com)</a></li>
</ul>
<p>Je maintiens moi-même une liste d’écrivain·e·s de l’imaginaire en activité sur le Fediverse. Il y en a encore trop peu.</p>
<ul>
<li><a href="https://fedidevs.com/s/NDU/">Écrivain·e·s de l’imaginaire - Mastodon Starter Pack (fedidevs.com)</a></li>
</ul>
<p>Votre influenceur préféré n’est pas sur le Fediverse ? Mais est-il indispensable de suivre votre influenceur préféré sur un réseau social ? Vous n’êtes pas sur X parce que vous voulez suivre cet influenceur. Vous suivez cet influenceur parce que X vous fait croire que c’est indispensable pour être un véritable fan ! L’outil ne répond pas à un besoin, il le crée de toutes pièces.</p>
<h2 id="soustitre-3">Le paradoxe de la tolérance</h2>
<p>Vous tolérez de rester sur Facebook/Messenger/Whatsapp par « respect pour ceux qui n’y sont pas » ? Vous tolérez en fermant votre gueule que votre tonton Albert raciste et homophobe balance des horreurs au repas de famille pour « ne pas envenimer la situation » ? D’ailleurs, votre Tata vous a dit que « ça n’en valait pas la peine, que vous valiez mieux que ça ». Vous tolérez sans rien dire que les fumeurs vous empestent sur les quais de gare et les terrasses par « respect pour leur liberté » ?</p>
<p>À un moment, il faut choisir : soit on préfère ne pas faire de vagues, soit on veut du progrès. Mais les deux sont souvent incompatibles.</p>
<p>Vous voulez vous passer de Facebook/Instagram/X ? Encore une fois, faites-le ! La plupart de ces réseaux permettent de restaurer un compte supprimé dans les 15 jours qui suivent sa suppression. Alors, testez ! Deux semaines sans comptes pour voir si vous avez vraiment envie de le restaurer. C’est à vous de changer votre paradigme !</p>
<h2 id="soustitre-4">LinkedIn, le réseau bullshit par excellence</h2>
<p>On parle beaucoup de X parce que la plateforme devient un acteur majeur de promotion du fascisme. Mais chaque plateforme porte des valeurs qu’il est important de cerner pour savoir si elles nous conviennent ou pas. LinkedIn, par exemple. Qui est indistinguable de la parodie qu’en fait Babeleur (qui vient justement de quitter ce réseau).</p>
<p>J’ai éclaté de rire plusieurs fois tellement c’est bon. Je me demande si certains auront la lucidité de s’y reconnaître. </p>
<ul>
<li><a href="https://babeleur.be/je-suis-fier-de-vous-annoncer-que-je-suis-fier-de-vous-annoncer/">Je suis fier de vous annoncer que je suis fier de vous annoncer (babeleur.be)</a></li>
</ul>
<p>Encore une fois, si LinkedIn vous ennuie, si vous détestez ce réseau. Mais qu’il vous semble indispensable pour ne pas « rater » certaines opportunités professionnelles. Et bien, testez ! Supprimez-le pendant deux semaines. Restaurez-le puis resupprimez-le. Juste pour voir ce que ça fait de ne plus être sur ce réseau. Ce que ça fait de rater ce gros tas de merde malodorant que vous vous forcez à fouiller journalièrement pour le cas où il contiendrait une pépite d’or. Peut-être que ce réseau vous est indispensable, mais la seule manière de le savoir est de tenter de vous en passer pour de bon.</p>
<p>Peut-être que vous raterez certaines opportunités. Mais je suis certain : en n’étant pas sur ce réseau, vous en découvrirez d’autres.</p>
<h2 id="soustitre-5">De la poésie, de la fiction…</h2>
<p>La résistance n’est pas que technique. Elle doit être également poétique ! Et pour que la poésie opère, il est nécessaire que la technologie s’efface, se fasse minimaliste et utile au lieu d’être le centre de l’attention.</p>
<ul>
<li><a href="https://notes.brunoleyval.fr/note-1-un-texte-brut/">Note #1 : un texte brut (notes.brunoleyval.fr)</a></li>
</ul>
<p>On ne peut pas changer le monde. On ne peut que changer ses comportements. Le monde est façonné par ceux qui changent leurs comportements. Alors, essayez de changer. Essayez de changer de paradigme. Pendant une semaine, un mois, une année.</p>
<p>Après, je ne vous cache pas qu’il y a un risque : c’est souvent difficile de revenir en arrière.</p>
<p>Une fois qu’on a lâché la voiture pour le vélo, impossible de ne pas rêver. On se met à imaginer des mondes où la voiture aurait totalement disparu pour laisser la place au vélo…</p>
<ul>
<li><a href="https://bikepunk.fr">Plongez dans un univers où le vélo a remplacé la voiture !</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-6">Dédicaces</h2>
<p>D’ailleurs, je dédicacerai Bikepunk (et mes autres livres) à la Foire du livre de Bruxelles ce samedi 15 mars à partir de 16h30 sur le stand de la province du Brabant-Wallon.</p>
<ul>
<li><a href="https://www.brabantwallon.be/actualites/ils-font-le-bw-le-brabant-wallon-sinvite-a-la?u=1eb8c4291ff24ad2b1176e752b0b195a">Le Brabant wallon s’invite à la foire du livre (www.brabantwallon.be)</a></li>
<li><a href="https://mobilizon.fr/@oneploumshow">calendrier des dédicaces de Ploum</a></li>
</ul>
<p>On se retrouve là-bas pour discuter vélo et changement de paradigme ?</p>
<ul>
<li><a href="https://unsplash.com/fr/photos/un-vieux-velo-rouille-assis-au-milieu-dune-foret-JRzU9RpaU7k">Photo par Avishek Pradhan</a></li>
</ul>
<div class="signature"><p>Je suis <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploum">Ploum</a> et je viens de publier <a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk</a>, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, <a href="https://pvh-editions.com/ploum">achetez mes livres</a> (si possible chez votre libraire) !</p>
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</div>
Ploumhttps://ploum.net20 years of Linux on the Desktop (part 3)https://ploum.net/2025-03-08-linux_desktop3.html2025-03-08T00:00:00Z2025-03-08T00:00:00Z
<h1>20 years of Linux on the Desktop (part 3)</h1>
<blockquote> Previously in "20 years of Linux on the Deskop": After contributing to the launch of Ubuntu as the "perfect Linux desktop", Ploum realises that Ubuntu is drifting away from both Debian and GNOME. But something else is about to shake the world…<br></blockquote>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2024-10-20-20years-linux-desktop-part1.html">20 years of Linux on the Desktop (part 1)</a></li>
<li><a href="https://ploum.net/2024-12-16-linux_desktop2.html">20 years of Linux on the Desktop (part 2)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-1">The new mobile paradigm </h2>
<p>While I was focused on Ubuntu as a desktop solution, another GNOME+Debian product had appeared and was shaking the small free software world: Maemo.</p>
<p>It will come as a shock for the youngest but this was a time without smartphones (yes, we had electricity and, no, dinosaurs were already extinct, please keep playing Pokémon instead of interrupting me). Mobile phones were still quite new and doing exactly two things: calls and SMSes. In fact, they were sold as calling machines and the SMS frenzy, which was just a technical hack around the GSM protocol, took everybody by surprise, including operators. Were people really using awkward cramped keyboard to send themselves flood of small messages?</p>
<p>Small pocket computers with tiny keyboard started to appear. There were using proprietary operating systems like WinCE or Symbian and browsing a mobile version of the web, called "WAP", that required specific WAP sites and that nobody used. The Blackberry was so proprietary that it had its own proprietary network. It was particularly popular amongst business people that wanted to look serious. Obama was famously addicted to his Blackberry to the point that the firm had to create a secure proprietary network only for him once he took office in the White House. But like others, Blackberries were very limited, with very limited software. Nothing like a laptop computer.</p>
<h2 id="soustitre-2">N770, the precursor</h2>
<p>In 2005, Nokia very quietly launched the N770 as an experiment. Unlike its competitors, it has no keyboard but a wide screen that could be used with a stylus. Inside was running a Debian system with an interface based on GNOME: Maemo.</p>
<figure>
<a href="https://ploum.net/files/old/Nokia770-fi-wiki-600x450.jpg"><img alt="The N770, browsing Wikipedia" src="https://ploum.net/files/old/Nokia770-fi-wiki-600x450.jpg" width="450" class="center"></a>
<figcaption>The N770, browsing Wikipedia</figcaption>
</figure>
<p>Instead of doing all the development in-house, Nokia was toying with free software. Most of the software work was done by small European companies created by free software hackers between 2004 and 2005. Those companies, often created specifically to work with Nokia, were only a handful of people each and had very narrow expertise. Fluendo was working on the media framework GStreamer. Immendio was working on the GTK user interface layer. Collabora was focusing on messaging software. Etc. </p>
<p>Far from the hegemony of American giant monopolists, the N770 was a mostly European attempt at innovating through a collaborative network of smaller and creative actors, everything led by the giant Nokia. </p>
<p>During FOSDEM 2005, GNOME developer Vincent Untz lent me a N770 prototype for two days. The first night was a dream come true: I was laying in bed, chatting on IRC and reading forums. Once the N770 was publicly released, I immediately bought my own. While standing in line in the bakery one Sunday morning, I discovered that there was an unprotected wifi. I used it to post a message on the Linuxfr website telling my fellow geeks that I was waiting for my croissants and could still chat with them thanks to free software.</p>
<p>Those days, chatting while waiting in a queue has been normalised to the point you remark someone not doing it. But, in 2005, this was brand new.</p>
<p>So new that it started a running meme about "Ploum’s baker" on Linuxfr. Twenty years later, some people that I meet for the first time still greet me with "say hello to your baker" when they learn who I am. For the record, the baker, an already-old woman at the time of the original post, retired a couple years later and the whole building was demolished to give place to a motorbike shop.</p>
<p>This anecdote highlights a huge flaw of the N770: without wifi, it was a dead weight. When I showed it to people, they didn’t understand what it was, they asked why I would carry it if I could not make calls with it. Not being able to use the Internet without a wifi was a huge miss but, to be fair, 3G didn’t exist yet. Another flaw was that installing new software was far from being user-friendly. Being based on Debian, Maemo was offering a Synaptic-like interface where you had to select your software in a very long list of .deb packages, including the technical libraries.</p>
<p>Also, it was slow and prone to crash but that could be solved.</p>
<p>Having played with the N770 in my bed and having seen the reactions of people around me when I used it, I knew that the N770 could become a worldwide hit. It was literally the future. There were only two things that Nokia needed to solve: make it a phone and make it easy to install new software. Also, if it could crash less, that would be perfect.</p>
<h2 id="soustitre-3">The Nokia (un)management guide to failure</h2>
<p>But development seemed to stall. It would take more than two years for Nokia to successively release two successors to the N770: the N800 and the N810. But, besides some better performance, none of the core issues were addressed. None of those were phones. None of those offered easy installation of software. None were widely released. In fact, it was so confidential that you could only buy them through the Nokia website of some specific countries. The items were not in traditional shops nor catalogues. When I asked my employer to get a N810, the purchasing department was unable to find a reference: it didn’t exist for them. Tired by multiple days of discussion with the purchasing administration, my boss gave me his own credit card, asked me to purchase it on the Nokia website and made a "diverse material expense" to be reimbursed.</p>
<p>The thing was simply not available to businesses. It was like Nokia wanted Maemo to fail at all cost.</p>
<p>While the N800 and N810 were released, a new device appeared on the market: the Apple iPhone.</p>
<p>I said that the problem with the N770 is that you had to carry a phone with it. Steve Jobs had come to the same conclusion with the iPod. People had to carry an iPod and a phone. So he added the phone to the iPod. It should be highlighted that the success of the iPhone took everyone by surprise, including Steve Jobs himself. The original iPhone was envisioned as an iPod and nothing else. There was no app, no app store, no customisation (Steve Jobs was against it). It was nevertheless a hit because you could make calls, listen to music and Apple spent a fortune in marketing to advertise it worldwide. The marketing frenzy was crazy. Multiple people that knew I was "good with computers" asked me if I could unlock the iPhone they bought in the USA and which was not working in Europe (I could not). They spent a fortune on a device that was not working. Those having one were showing it to everyone. </p>
<p>With the iPhone, you had music listening and a phone on one single device. In theory, you could also browse the web. Of course, there was no 3G so browsing the web was mostly done through wifi, like the N770. But, at the time, websites were done with wide screens in mind and Flash was all the rage. The iPhone was not supporting Flash and the screen was vertical, which made web browsing a lot worse than on the N770. And, unlike the N770, you could not install any application. </p>
<p>The iPhone 1 was far from the revolution Apple want us to believe. It was just very good marketing. In retrospective, the N770 could have been a huge success had Nokia done some marketing at all. They did none.</p>
<h2 id="soustitre-4">Another Linux on your mobile</h2>
<p>In 2008, Google launched its first phone which still had a physical keyboard. Instead of developing the software from scratch, Google used a Linux system initially developed as an embedded solution for cameras: Android. At the same time, Apple came to the realisation I had in 2005 that installing software was a key feature. The App Store was born. </p>
<p>Phone, web browsing and custom applications, all on one device. Since 2005, people who had tried the N770 knew this was the answer. They simply did not expect it from Apple nor Google. </p>
<p>When Android was first released, I thought it was what Maemo should have been. Because of the Linux kernel, I was thinking it would be a "free" operating system. I made a deep comparison with Maemo, diving into some part of the source code, and was surprised by some choices. Why Java? And why would Android avoid GStreamer in its multimedia stack? Technical explanations around that choice were not convincing. Years later, I would understand that this was not a technical choice: besides the Linux kernel itself, Google would explicitly avoid every GPL and LGPL licensed code. Android was only "free software" by accident. Gradually, the Android Open Source Project (AOSP) would be reduced to a mere skeleton while Android itself became more and more restricted and proprietary. </p>
<p>In reaction to the iPhone and to Android, Nokia launched the N900 at the end of 2009. Eventually, the N900 was a phone. It even included an app store called, for unknown marketing reasons, "OVI store". The phone was good. The software was good, with the exception of the infamous OVI store (which was bad, had a bad name, a non-existent software offering and, worse of all, was conflicting with deb packages). </p>
<p>The N900 would probably have taken the world by storm if released 3 years earlier. It would have been a success and a huge competitor to the iPhone if released 18 months before. Is it too late? The world seems to settle with an Apple/Google duopoly. A duopoly that could have been slightly shacked by the N900 if Nokia had done at least some marketing. It should be noted that the N900 had a physical keyboard. But, at that point, nobody really cared.</p>
<h2 id="soustitre-5">When failing is not enough, dig deeper</h2>
<p>At least, there was the Maemo platform. Four years of work. Something could be done with that. That’s why, in 2010, Nokia decided to… launch Meego, a new Linux platform which replaced the Debian infrastructure by RPMs and the GNOME infrastructure by Qt. </p>
<p>No, really.</p>
<p>Even if it was theoretically, the continuation of Maemo (Maemo 6, codenamed Harmattan, was released as Meego 1), it felt like starting everything from scratch with a Fedora+KDE system. Instead of a strong leadership, Meego was a medley of Linux Foundation, Intel, AMD and Nokia. Design by committee with red tape everywhere. From the outside, it looked like Nokia outsourced its own management incompetence and administrative hubris. The N9 phone would be released in 2011 without keyboard but with Meego.</p>
<p>History would repeat itself two years later when people working on Meego (without Nokia) would replace it with Tizen. Yet another committee.</p>
<p>From being three years ahead of the competition in 2005 thanks to Free Software, Nokia managed to become two years too late in 2010 thanks to incredibly bad management and choosing to hide its products instead of advertising them.</p>
<p>I’ve no inside knowledge of what Nokia was at this time but my experience in the industry allows me to perfectly imagine the hundreds of meetings that probably happened at that time. </p>
<p>When business decisions look like very bad management from the outside, it is often because they are. In the whole Europe at the time, technical expertise was seen as the realm of those who were not gifted enough to become managers. As a young engineer, I thought that managers from higher levels were pretentious and incompetent idiots. After climbing the ladder and becoming a manager myself, years later, I got the confirmation that I was even underestimating the sheer stupidity of management. It is not that most managers were idiots, they were also proud of their incompetence and, as this story would demonstrate, they sometimes need to become deeply dishonest to succeed.</p>
<p>It looks like Nokia never really trusted its own Maemo initiative because no manager really understood what it was. To add insult to injury the company bought Symbian OS in 2008, an operating system which was already historical and highly limited at that time. Nodoby could figure out why they spent cash on that and why Symbian was suddenly an internal competitor to Maemo (Symbian was running on way cheaper devices). </p>
<h2 id="soustitre-6">The emotional roller coster</h2>
<p>In 2006, I was certain that free software would take over the world. It was just a matter of time. Debian and GNOME would soon be on most desktop thanks to Ubuntu and on most mobile devices thanks to Maemo. There was no way for Microsoft to compete against such power. My wildest dreams were coming true.</p>
<p>Five years later, the outlook was way darker. Apple was taking the lead by being even more proprietary and closed than Microsoft. Google seemed like good guys but could we trust them? Even Ubuntu was drifting away from its own Debian and GNOME roots. The communities I loved so much were now fragmented.</p>
<p>Where would I go next?</p>
<p>(to be continued)</p>
<blockquote> Subscribe by email or by rss to get the next episodes of "20 years of Linux on the Desktop".<br> <br> I’m currently turning this story into a book. I’m looking for an agent or a publisher interested to work with me on this book and on an English translation of "Bikepunk", my new post-apocalyptic-cyclist typewritten novel which sold out in three weeks in France and Belgium. <br></blockquote>
<div class="signature"><p>I’m <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploum">Ploum</a>, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/en.listes.ploum.net/">by email</a> or <a href="/atom_en.xml">by rss</a>. I value privacy and never share your adress.</p>
<p>I write <a href="https://pvh-editions.com/ploum">science-fiction novels in French</a>. For <a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk</a>, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, <a href="about.html">contact me</a>!</p>
</div>
Ploumhttps://ploum.netThe Engagement Rehabhttps://ploum.net/2025-02-27-engagement-rehab.html2025-02-27T00:00:00Z2025-02-27T00:00:00Z
<h1>The Engagement Rehab</h1>
<p>I’ve written extensively, in French, about my quest to break my "connection addiction" by doing what I called "disconnections". At first, it was only doing three months without major news media and social networks. Then I tried to do one full year where I would only connect once a day.</p>
<p>This proved to be too ambitious and failed around May when the amount of stuff that required me to be online (banking, travel booking, online meetings, …) became too high.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2025-02-11-deconnexion_parfaite.html">À la recherche de la déconnexion parfaite (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>But I’m not giving up. I started 2025 by buying a new office chair and pledging to never be connected in that chair. I disabled Wifi in the Bios of my laptop. To be online, I now need to use my laptop on my standing desk which has a RJ-45 cable.</p>
<p>This means I can be connected whenever I want but I’m physically feeling the connection as standing up. There’s now a clear physical difference between "being online" and "being in my offline bubble".</p>
<p>This doesn’t mean that I’m as super productive as I was dreaming. Instead of working on my current book project, I do lots of work on Offpunk, I draft blog posts like this one. Not great but, at least, I feel I’ve accomplished something at the end of the day.</p>
<p>Hush is addicted to YouTube and reflects on spending 28 days without it. Like myself, they found themselves not that much productive but, at the very least, not feeling like shit at the end of the day.</p>
<ul>
<li><a href="gemini://tilde.town/~hush/gemlog/2025-02-26.gmi">Reflection on Four Weeks without YouTube (hush)</a></li>
</ul>
<p>I’ve read that post because being truly disconnected forces me to read more of what is in my Offpunk. My RSS feeds, my toread list and many gemlogs. This is basically how I start every day:</p>
<ul>
<li><a href="gemini://offpunk.net/workflow_ploum.gmi">Ploum’s workflow with Offpunk</a></li>
</ul>
<p>I’ve discovered that between 20 and 25% of what I read from online sources is from Gemini. It appears that I like "content" on Gemini. Historically, people were complaining that there was no content on Gemini, that most posts were about the protocol itself.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2022-10-05-there-is-no-content-on-gemini.html">There Is No Content on Gemini (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Then there was a frenzy of posts about why social media were bad. And those are subtly replaced by some kind of self-reflection about our own habits, our owns addictions. Like this one about addiction to analytics:</p>
<ul>
<li><a href="gemini://drmollytov.flounder.online/gemlog/2025-02-27.gmi">analytics are risky business (drmollytov.flounder.online)</a></li>
</ul>
<p>That’s when it struck me: we are all addicted to engagement. On both sides. We like being engaged. We like seeing engagement on our own content. Gemini is an engagement rehab! </p>
<p>While reading Gemini posts, I feel that I’m not alone being addicted to engagement, suffering from it and trying to find a solution.</p>
<p>And when people in the real world starts, out of the blue, asking my opinion about Elon Musk’s latest declaration, it reminds me that the engagement addiction is not an individual problem but a societal one.</p>
<p>Anyway, welcome to Gemini, welcome to rehab! I’m Ploum and I’m addicted to engagement.</p>
<div class="signature"><p>I’m <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploum">Ploum</a>, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/en.listes.ploum.net/">by email</a> or <a href="/atom_en.xml">by rss</a>. I value privacy and never share your adress.</p>
<p>I write <a href="https://pvh-editions.com/ploum">science-fiction novels in French</a>. For <a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk</a>, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, <a href="about.html">contact me</a>!</p>
</div>
Ploumhttps://ploum.netDe la soumission au technofascisme religieuxhttps://ploum.net/2025-02-19-technofascisme-religieux.html2025-02-19T00:00:00Z2025-02-19T00:00:00Z
<h1>De la soumission au technofascisme religieux</h1>
<h2 id="soustitre-1">Les générateurs de code stupide</h2>
<p>Sur Mastodon, David Chisnall fait le point sur une année d’utilisation de GitHub Copilot pour coder. Et le résultat est clair : si, au début, il a l’impression de gagner du temps en devant moins taper sur son ordinateur, ce temps est très largement perdu par les heures voire les jours nécessaires à déboguer des bugs subtils qui ne seraient jamais arrivés s’il avait écrit le code lui-même en premier lieu ou, au pire, qu’il aurait pu détecter beaucoup plus vite.</p>
<ul>
<li><a href="https://mamot.fr/@david_chisnall@infosec.exchange/113690087179982501">Thread Mastodon de David Chisnall</a></li>
</ul>
<p>Il réalise alors que la difficulté et le temps passé sur le code n’est pas d’écrire le code, c’est de savoir quoi et comment l’écrire. S’il faut relire le code généré par l’IA pour le comprendre, c’est plus compliqué pour le programmeur que de tout écrire soi-même.</p>
<p>« Oui, mais pour générer le code pas très intelligent »</p>
<p>Là, je rejoins David à 100% : si votre projet nécessite d’écrire du code bête qui a déjà été écrit mille fois ailleurs, c’est que vous avez un problème. Et le résoudre en le faisant écrire par une IA est à peu près la pire des choses à faire.</p>
<p>Comme je le dis en conférence : ChatGPT apparait utile pour ceux qui ne savent pas taper sur un clavier. Vous voulez être productif ? Apprenez la dactylographie !</p>
<ul>
<li><a href="https://indymotion.fr/w/1FBN53pHuK3QBzFUL4sL6n">Comprendre les bulles (conférence à Rennes Breizhcamp 2024)</a></li>
</ul>
<p>Là où ChatGPT est très fort, par contre, c’est de faire semblant d’écrire du code. En proposant des tableaux d’avancement de son travail, en prétendant que tout est bientôt prêt et sera sur WeTransfer. C’est évidemment bidon : ChatGPT a appris à arnaquer !</p>
<ul>
<li><a href="https://xcancel.com/JulienPasteur1/status/1891896422397563217?mx=2">Julien Paster raconte sur X comment son kiné s’est fait arnaqué par ChatGPT (xcancel.com)</a></li>
</ul>
<p>Bref, ChatGPT est devenu le parfait Julius.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/2024-12-23-julius-fr.html">Mon collègue Julius (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Ed Zitron enfonce encore plus le clou à ce sujet : les ChatGPTs et consorts sont des « succès » parce que toute la presse ne fait qu’en parler en termes élogieux, que ce soit par bêtise ou par corruption. Mais, en réalité, le nombre d’utilisateurs payants est incroyablement faible et, comme Trump, Sam Altman s’adresse à nous en considérant que nous sommes des débiles qui avalons les plus gros mensonges sans broncher. Et les médias et les CEOs applaudissent…</p>
<ul>
<li><a href="https://www.wheresyoured.at/longcon/">The Generative AI Con (www.wheresyoured.at)</a></li>
</ul>
<p>Débiles, nous le sommes peut-être complètement. Plusieurs dizaines d’articles scientifiques mentionnent désormais la « miscroscopie électronique végétative ». Ce terme ne veut rien dire. Quelle est son origine ?</p>
<p>Il vient tout simplement d’un article de 1959 publié sur deux colonnes, mais qui est entré dans le corpus comme une seule colonne !</p>
<ul>
<li><a href="https://retractionwatch.com/2025/02/10/vegetative-electron-microscopy-fingerprint-paper-mill/">As a nonsense phrase of shady provenance makes the rounds, Elsevier defends its use (retractionwatch.com)</a></li>
</ul>
<p>Ce que cette anecdote nous apprend c’est que, premièrement, les générateurs de conneries sont encore plus mauvais qu’on ne l’imagine, mais, surtout, que notre monde est déjà rempli de cette merde ! Les LLMs ne font qu’appliquer au contenu en ligne ce que l’industrie a fait pour le reste : les outils, les vêtements, la bouffe. Produire le plus possible en baissant la qualité autant que possible. Puis en l’abaissant encore plus.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/condorcet-les-reseaux-sociaux-et-les-producteurs-de-merde/index.html">Condorcet, les réseaux sociaux et les producteurs de merde (ploum.net)</a></li>
</ul>
<h2 id="soustitre-2">La suppression des filtres</h2>
<p>L’imprimerie fait passer la communication de "One to one" à "One to many", ce qui rend obsolète l’Église catholique, l’outil utilisé en occident pour que les puissants imposent leur discours à la population. La première conséquence de l’imprimerie sera d’ailleurs le protestantisme qui revendique explicitement la capacité pour chacun d’interpréter la parole de Dieu et donc de créer son propre discours à diffuser, le "One to many". </p>
<p>Comme le souligne Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris, « la presse tuera l’église ».</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/lectures-4-un-tournant-civilisationnel/index.html">Lectures 4 : un tournant civilisationnel (voir la section "L’imprimerie")</a></li>
</ul>
<p>Conséquences directes de l’imprimerie : la Renaissance puis les Lumières. Toute personne qui réfléchit peut diffuser ses idées et s’inspirer de celles qui sont diffusées. Chaque humain ne doit plus réinventer la roue, il peut se baser sur l’existant. L’éducation prend le pas sur l’obéissance.</p>
<p>Après quelques siècles de « One to many » apparait l’étape suivante : Internet. Du « One to many » on passe au « Many to many ». Il n’y a plus aucune limite pour diffuser ses idées : tout le monde peut le faire envers tout le monde.</p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/il-faudra-la-construire-sans-eux/index.html">Il faudra la construire sans eux… (ploum.net)</a></li>
</ul>
<p>Une conséquence logique qui m’avait échappé à l’époque du billet précédent, c’est que si tout le monde veut parler, plus personne n’écoute. Comme beaucoup, j’ai cru que le « many to many » serait incroyablement positif. La triste réalité est que l’immense majorité d’entre nous n’avons pas grand-chose à dire, mais que nous voulons quand même nous faire entendre. Alors nous crions. Nous générons du bruit. Nous étouffons ce qui est malgré tout intéressant. </p>
<p>L’investissement nécessaire pour imprimer un livre ainsi que le faible retour direct constitue un filtre. Ne vont publier un livre que ceux qui veulent vraiment le faire.</p>
<p>La pérennité de l’objet livre et la relative lenteur de sa transmission implique également un second filtre : les livres les moins intéressants seront vite oubliés. C’est d’ailleurs pourquoi nous idéalisons parfois le passé, tant en termes de littérature que de cinématographie ou de musique : parce que ne nous sont parvenus que les meilleurs, parce que nous avons oublié les sombres merdes qui firent un flop ou eurent un succès éphémère.</p>
<p>Bien que très imparfait et filtrant probablement de très bonnes choses que nous avons malheureusement perdues, la barrière à l’entrée et la dilution temporelle nous permettaient de ne pas sombrer dans la cacophonie.</p>
<h2 id="soustitre-3">L’échec de la démocratisation de la parole</h2>
<p>Internet, en permettant le « many to many » sans aucune limite a rendu ces deux filtres inopérants. Tout le monde peut poster pour un coût nul. Pire : les mécanismes d’addiction des plateformes ont rendu plus facile de poster que de ne pas poster. Le support numérique rend également floue la frontière temporelle : un contenu est soit parfaitement conservé, soit disparait totalement. Cela entraine que de vieux contenus réapparaissent comme s’ils étaient neufs et personne ne s’en rend compte. Le filtre temporel a totalement disparu.</p>
<p>De possible, le « many to many » s’est transformé en obligation. Pour exister, nous devons être vus, entendus. Nous devons avoir une audience. Prendre des selfies et les partager. Recevoir des likes qui nous sont vendus bien cher.</p>
<p>Le « many to many » s’est donc révélé une catastrophe, peut-être pas dans son principe, mais dans sa mise en œuvre. Au lieu d’une seconde renaissance, nous entrons en décadence, dans un second moyen-âge. La frustration de pouvoir s’exprimer, mais de ne pas être entendu est grande.</p>
<p>Olivier Ertzscheid va même plus loin : pour lui, ChatGPT permet justement d’avoir l’impression d’être écouté alors que personne ne nous écoute plus. Du « many to many », nous sommes passés au « many to nobody ».</p>
<ul>
<li><a href="https://affordance.framasoft.org/2025/02/google-wikipedia-et-chatgpt-les-trois-cavaliers-de-lapocalypse-qui-ne-vient-pas/">Google, Wikipédia et ChatGPT. Les trois cavaliers de l’apocalypse (qui ne vient pas). (affordance.framasoft.org)</a></li>
</ul>
<p>Utiliser ChatGPT pour obtenir des infos se transforme en utiliser ChatGPT pour obtenir confirmation à ses propres croyances, comme le relève le journaliste politique Nils Wilcke.</p>
<ul>
<li><a href="https://mamot.fr/@paul_denton@mastodon.social/114013674404801094">Pouet de Nils Wilcke sur Mastodon</a></li>
</ul>
<p>J’en ai marre de le répéter, mais ChatGPT et consorts sont des générateurs de conneries explicitement conçus pour vous dire ce que vous avez envie d’entendre. Que « ChatGPT a dit que » puisse être un argument politique sur un plateau télévisé sans que personne ne bronche est l’illustration d’un crétinisme total généralisé.</p>
<h2 id="soustitre-4">Le Techno-Fascisme religieux</h2>
<p>La « Many to nobody » est en soi un retour à l’ordre ancien. Plus personne n’écoute la populace. Seuls les grands seigneurs disposent de l’outil pour imposer leur vue. L’Église catholique a été remplacée par la presse et les médias, eux-mêmes remplacés par les réseaux sociaux et ChatGPT. ChatGPT qui n’est finalement qu’une instance automatisée d’un prêtre qui vous écoute en confession avant de vous dire ce qui est bien et ce qui est mal, basé sur les ordres qu’il reçoit d’en haut.</p>
<p>Dans un très bon billet sur le réseau Gemini, small patata réalise que l’incohérence du fascisme n’est pas un bug, c’est son mode de fonctionnement, son essence. Une incohérence aléatoire et permanente qui permet aux esprits faibles de voir ce qu’ils ont envie de voir par paréidolie et qui brise les esprits les plus forts. En brisant toute logique et cohérence, le fascisme permet aux abrutis de s’affranchir de l’intelligence et de prendre le contrôle sur les esprits rationnels. Le légendaire pigeon qui chie sur l’échiquier et renverse les pièces avant de déclarer victoire.</p>
<ul>
<li><a href="gemini://gemini.patatas.ca/posts/poison-as-praxis.gmi">Poison as Praxis (gemini.patatas.ca)</a></li>
</ul>
<p>L’incohérence de ChatGPT n’est pas un bug qui sera résolu ! C’est au contraire ce qui lui permet d’avoir du succès avec les esprits faibles qui, en suivant des formations de « prompt engineering », ont l’impression de reprendre un peu de contrôle sur leur vie et d’acquérir un peu de pouvoir sur la réalité. C’est l’essence de toutes les arnaques : prétendre aux personnes en situation de faiblesse intellectuelle qu’ils vont miraculeusement retrouver du pouvoir.</p>
<p>Small patata fait le lien avec les surréalistes qui tentèrent de lutter artistiquement contre le fascisme et voit dans le surréalisme une manière beaucoup plus efficace de lutter contre les générateurs de conneries. </p>
<p>Il faut dire que face à un générateur mondial de conneries, fasciste, centralisé, ultra capitaliste et bénéficiant d’une adulation religieuse, je ne vois pas d’autre échappatoire que le surréalisme.</p>
<p>Brandissons ce qui nous reste d’humanité ! Aux âmes citoyens !</p>
<blockquote> Image reprise du gemlog de small patatas: Le triomphe du surréalisme, Max Ernst (1937)<br></blockquote>
<div class="signature"><p>Je suis <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploum">Ploum</a> et je viens de publier <a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk</a>, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, <a href="https://pvh-editions.com/ploum">achetez mes livres</a> (si possible chez votre libraire) !</p>
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Ploumhttps://ploum.netLe succès existe-t-il ?https://ploum.net/2025-02-18-le-succes.html2025-02-18T00:00:00Z2025-02-18T00:00:00Z
<h1>Le succès existe-t-il ?</h1>
<h2 id="soustitre-1">La notion de succès d’un blog</h2>
<p>Un blogueur que j’aime beaucoup, Gee, revient sur ses 10 ans de blogging. Cela me fascine de voir l’envers du décor des autres créateurs. Gee pense avoir fait l’erreur de ne pas profiter de la vague d’enthousiasme qu’à connu son Geektionnerd et de ne pas en avoir profité pour faire plus de promo.</p>
<ul>
<li><a href="https://grisebouille.net/gb10ans-0-auteur-en-burnout/">[GB10ans] 0. Auteur en burnout (grisebouille.net)</a></li>
</ul>
<p>Je ne suis pas d’accord avec Gee : il a très bien fait de continuer sa vie sans se préoccuper du succès. Les vagues d’enthousiasme vont et viennent, elles sont très brèves. Le public passe très vite à autre chose. Partir en quête du buzz permanent est la recette absolue pour se perdre. C’est un métier à part entière : le marketing. Trop d’artistes et de créateurs se sont détournés vers le marketing, espérant obtenir une fraction du succès obtenu par des gens sans talents autre que le marketing.</p>
<p>Mais vous oubliez que la perception du succès elle-même fait partie du plan marketing. Vous pensez qu’un tel a du succès ? Vous n’en savez rien. Vous ne savez même pas définir « succès ». C’est une intuition confuse. Faire croire qu’on a du succès fait partie du mensonge !</p>
<p>Pour beaucoup de gens de mon entourage éloigné, je suis soudainement devenu un écrivain à succès parce que… je suis passé à la télé à une heure de grande écoute. Pour ces gens-là qui me connaissent, je suis passé de « type qui écrit de vagues livres dont personne n’a entendu parler » à « véritable écrivain connu qui passe à la télé ». Pour ceux, et ils sont nombreux, qui ont délégué à la télévision le pouvoir d’ordonner les individus au rang de « célébrité », j’ai du succès. Pour eux, je ne peux rien rêver de plus si ce n’est, peut-être, passer régulièrement à la télé et devenir une « vedette ». </p>
<p>Dans ma vie quotidienne et aux yeux de toutes les (trop rares) personnes qui n’idolâtre pas inconsciemment la télévision, ces passages à la télé n’ont strictement rien changé. J’ai certainement vendu quelques centaines de livres en plus. Mais ai-je du « succès » pour autant ?</p>
<p>Il y a quelques mois, j’étais invité comme expert pour le tournage d’une émission télé sur l’importance de protéger ses données personnelles en ligne. Lors d’une pause, j’ai demandé au présentateur ce qu’il faisait d’autre dans la vie. Il m’a regardé, étonné, et m’a répondu : « Je présente le JT ». Ça ne devait plus lui arriver très souvent de ne pas être reconnu. La moitié de la Belgique doit savoir qui il est. Nous avons rigolé et j’ai expliqué que je n’avais pas la télévision.</p>
<p>Question : cette personne a-t-elle du « succès » ?</p>
<h2 id="soustitre-2">Le succès est éphémère</h2>
<p>À 12 ans, en vacances avec mes parents, je trouve un livre abandonné sur une table de la réception de l’hôtel. « Tantzor » de Paul-Loup Sulitzer. Je le dévore et je ne suis visiblement pas le seul. Paul-Loup Sulitzer est l’écrivain à la mode du moment. Selon Wikipédia, il a vendu près de 40 millions de livres dans 40 langues, dont son roman le plus connu : « Money ». Il vit alors une vie de milliardaire flamboyant.</p>
<p>Trente ans plus tard, ruiné, il publie la suite de Money: « Money 2 ». Il s’en écoulera moins de 1.300 exemplaires. Adoré, adulé, moqué, parodié des centaines de fois, Sulitzer est tout simplement tombé dans l’oubli le plus total.</p>
<p>Si le « succès » reste une notion floue et abstraite, une chose est certaine : il doit s’entretenir en permanence. Il n’est jamais véritablement acquis. Si on peut encore comprendre la notion de « faire fortune » comme « avoir plus d’argent que l’on ne peut en dépenser » (et donc ne plus avoir besoin d’en gagner), le succès lui ne se mesure pas. Il ne se gère pas de manière rationnelle. </p>
<h2 id="soustitre-3">Quels indicateurs ?</h2>
<p>Dans son billet, Gee s’étonne également d’avoir reçu beaucoup moins de propositions pour le concours des 5 ans du blog que pour celui du premier anniversaire. Malgré une audience supposée supérieure.</p>
<p>De nouveau, le succès est une affaire de perception. Quel succès voulons-nous ? Des interactions intéressantes ? Des interactions nombreuses (ce qui est contradictoire avec la précédente) ? Des ventes ? Du chiffre d’affaires ? Des chiffres sur un compteur de visite comme les sites web du siècle précédent ?</p>
<p>Il n’y a pas une définition de succès. En fait, je ne connais personne, moi le premier, qui soit satisfait de son succès. Nous sommes, par essence humaine, éternellement insatisfaits. Nous sommes jaloux de ce que nous croyons voir chez d’autres (« Il passe à la télé ! ») et déçus de nos propres réussites (« Je suis passé à la télé, mais en fait, ça n’a rien changé à ma vie »). </p>
<h2 id="soustitre-4">Écrire dans le vide</h2>
<p>C’est peut-être pour cela que j’aime tant le réseau Gemini. C’est le réseau anti-succès par essence. En publiant sur Gemini, on a réellement l’impression que personne ne va nous lire, ce qui est donne une réelle liberté. </p>
<ul>
<li><a href="https://ploum.net/gemini-le-protocole-du-slow-web/index.html">Ma découverte du protocole Gemini</a></li>
</ul>
<p>Certains de mes posts de blog font le buzz sur le web. Je n’ai pas de statistiques, mais je vois qu’ils tournent sur Mastodon, qu’ils font la première page sur Hacker News. Mais si je n’allais pas sur Hacker News ni sur Mastodon, je ne le saurais pas. J’aurais tout autant l’impression d’ếcrire dans le vide que sur Gemini.</p>
<p>À l’opposé, certains de mes billets ne semblent pas attirer les "likes", "partages", "votes" et autres "commentaires". Pourtant, je reçois de nombreux emails à leur sujet. De gens qui veulent creuser le sujet, réfléchir avec moi. Ou me remercier pour cette réflexion. C’est particulièrement le cas avec le réseau Gemini qui semble attirer des personnes qui sont dans l’échange direct. Moi-même il m’arrive souvent de dégainer mon client mail pour répondre spontanément à un billet personnel lu sur Gemini. La réaction la plus fréquente à ces messages est : « Wow, je ne pensais pas que quelqu’un me lisait ! ».</p>
<p>Je vous pose la question : quel type de billet a, selon vous, le plus de « succès » ?</p>
<p>Est-ce que la notion de succès a réellement un sens ? Peut-on avoir assez de succès ?</p>
<ul>
<li><a href="https://ptilouk.net/#soutien">Pour donner un peu de succès financier à Gee</a></li>
<li><a href="https://pvh-editions.com/product/sortileges-and-syndicats-une-fantastique-lutte-des-classes-papier">Sortilèges & Sindycats, le roman de Gee qui mériterait plus de succès !</a></li>
</ul>
<div class="signature"><p>Je suis <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploum">Ploum</a> et je viens de publier <a href="https://bikepunk.fr">Bikepunk</a>, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, <a href="https://pvh-editions.com/ploum">achetez mes livres</a> (si possible chez votre libraire) !</p>
<p>Recevez directement par mail <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/fr.listes.ploum.net/">mes écrits en français</a> et <a href="https://listes.ploum.net/mailman3/lists/en.listes.ploum.net/">en anglais</a>. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser <a href="/atom_fr.xml">mon flux RSS francophone</a> ou <a href="/atom.xml">le flux RSS complet</a>.</p>
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