Creusez un trou et rebouchez-le ensuite
Le mercredi, février 15 2012, 18:27 :: albedo, pirate, politique,
Chère politicienne, cher politicien,
Si vous avez reçu une copie de ce texte, c'est probablement parce que vous avez tenté de justifier votre position ou votre action avec l'argument « Cela préserve des emplois ».
Je suis désolé pour vous mais vous avez atteint sans le savoir le point « Creusez un trou et rebouchez-le ensuite » (Backyard Digging Point). Ce n'est pas catastrophique, vous n'êtes pas le premier ni le dernier dans cette situation. Mais prenons le temps d'étudier pourquoi cet argument est invalide et, pire, potentiellement dangereux.

Un travail est un service rendu par un fournisseur à un client en échange d'argent (ou de tout autre moyen de paiement). Le travail existe tant que le prix demandé par le fournisseur est inférieur à celui que veut bien payer le client. Si le client n'est pas d'accord, le fournisseur doit soit baisser son prix, soit offrir plus voire changer complètement son business.
Combien me paierez-vous pour creuser un trou dans votre jardin et le reboucher ensuite ? Cela me prendrait plusieurs heures de travail intense. J'estime donc que 200€ est un prix raisonnable. Allez, je veux bien descendre à 150€ mais c'est bien parce que c'est vous. Alors, êtes-vous d'accord ? Probablement pas. Je dois sans doute considérer qu'un travail pour lequel personne ne veut payer est en fait inutile.
Le monde évolue et la société change. Les business sont comme les yaourts: même les meilleurs périment et deviennent désuets. Les entreprises doivent alors effectuer des changements radicaux, ce qui peut se révéler très profitable. Ou elles peuvent tenter de s'attacher à leur paradigme et finir par disparaître. Cela arrive tous les jours, avec parfois quelques inévitables drames humains. Les vendeurs de glace ont été remplacés par des frigidaires, les porteurs d'eau par des robinets. Loin d'être une problématique politique, c'est tout simplement l'évolution.
En tant que politicien, vous êtes élu par le peuple. Vous avez le devoir, entre autres tâches, de vous assurer que l'état fournit certains services pour un prix inférieur à celui qu'il coûte réellement: l'éducation, les transports et vous en ajouterez bien d'autres à la liste en fonction de votre orientation politique. Les bénéfices des entreprises privées, par contre, ne vous regardent en rien. Si le service fournit par une entreprise est tellement critique, il faut se poser la question de le faire administrer par l'état, au nom des citoyens. Sinon, ce n'est pas votre problème.
Lorsqu'elles gagnent de l'argent, les grandes entreprises vont jusqu'à payer les politiciens pour qu'ils ne se mêlent pas des affaires. Mais dès qu'un danger guette leur rentabilité, elles ne se privent pas pour demander à « être protégées ». Vous êtes le représentant des citoyens, non des entreprises. À ce titre, vous ne devez pas rentrer dans ce jeu. Pourquoi ?
Premièrement parce qu'il est illusoire de réguler l'évolution.
Que cela vous plaise ou non, les changements contre lesquels vous luttez sont déjà présents. Plus vous vous y opposerez, plus la transition sera longue et douloureuse. Vous pouvez tenter de construire un mur au milieu d'une rivière mais, quoi que vous fassiez, l'eau finira bien par passer, inondant la rive. Si, au contraire de vouloir la bloquer, vous acceptez de vous mouiller et de vous adapter au flux, tout deviendra plus facile, naturel.
Deuxièmement parce que c'est une catastrophe économique
Préserver des emplois ou éviter des licenciements n'est jamais qu'une mesure temporaire, un garrot posé en urgence. Si le travail n'est pas rentable, rien ne permettra de le préserver. Vous investissez donc de l'argent et de l'énergie dans une cause perdue, un gouffre financier. Mais, en temps que politicien, ce n'est pas votre argent que vous jouez, c'est celui des citoyens. Vous avez donc la responsabilité d'investir afin d'en faire profiter tous les citoyens. Il est vrai que, à court terme, préserver temporairement quelques emplois peut vous faire gagner quelques voix aux prochaines élections. Est-ce que la réélection est votre unique ambition politique ?
Troisièmement parce que ce n'est pas éthique
Pensez-vous que nous aurions dû garder la peine de mort afin de ne pas mettre les bourreaux au chômage ? L'exemple vous semble tiré par les cheveux ? Pourtant nous n'en sommes guère loin lorsqu'on aborde la survie de notre planète. Pourquoi faut-il trouver un compromis entre l'économie et l'écologie ? Quel sens cela aura-t-il d'avoir une économie florissante si nous n'avons plus de planète ?
Finalement, en cherchant à « préserver l'emploi », vous allez à l'encontre de l'évolution de la société. Des nouvelles entreprises, des nouveaux marchés, des jeunes entrepreneurs sont directement affectés par vos tentatives désespérées de « préserver les emplois ». C'est aussi simple que ça: malgré toutes vos bonnes intentions, vous êtes en fait en train de détruire les opportunités d'emploi du futur. Des myriades de nouvelles entreprises sont mort-nées du fait de votre action.
Quatrièmement parce que cela complique la vie
Avec la technologie actuelle, l'administration et la paperasse sont oubliées. Ou du moins pourraient l'être. Avec quelques judicieux investissements, la plupart des procédures administratives pourraient être automatisées ou simplifiées à l’extrême. Le monde ne s'en porterait certainement pas plus mal. Mais, devinez quoi, nous craignons un monde plus simple. Nous complexifions à dessein afin de préserver le sacro-saint poste de « poseur de cachet sur formulaire certifié ».
C'est particulièrement visible dans les administrations publiques mais, croyez moi, les grandes entreprises ne s'en sortent pas toujours mieux. Le spectre Luddite de « la perte d'emploi » nous fait rejeter, sans même y réfléchir, tout ce qui pourrait nous simplifier la vie. « On a toujours fait comme ça » ou « Tout le monde fait comme ça » sont des pauvres excuses, non des justifications valables.
Enfin, parce que l'emploi n'est pas absolument nécessaire
À vous entendre, perdre son travail est la fin du monde. Or n'oublions pas que le travail n'est, au final, qu'une manière parmi d'autres d'obtenir un revenu et qu'avoir un revenu régulier n'est qu'une des nombreuses manières de vivre. Certains, rares, vivent parfaitement heureux sans revenu. D'autres, et ils sont nombreux, ont des revenus réguliers qui ne proviennent pas de leur travail. D'ailleurs, d'une manière générale, très peu de personnes riches tirent leurs revenus de leur travail actuel.
On entend parfois que les jeunes générations sont paresseuses car elles ne veulent pas travailler autant que leurs aînés. En fait, elles souhaitent tout simplement vivre plus. Pourquoi gâcheraient-elles leur temps à faire des choses qui pourraient être automatisées ? Bien sûr qu'elles ont de l'énergie à revendre mais seulement si vous leur proposez un travail qui est important, enrichissant. Non, creuser un trou et le reboucher n'est pas considéré comme enrichissant.

Très souvent, des personnes bien intentionnées diront que tout le monde ne peut pas être un ingénieur ou un artiste, que nous devons également donner du travail à la population « stupide ». Comme si le monde pouvait être divisé en deux catégories, les ingénieurs et les stupides, incapables de faire quoi que ce soit qu'une machine ne puisse faire. Cette question revient très régulièrement sur le tapis depuis le début de la révolution industrielle mais, néanmoins, nous avons le potentiel d'être plus prospères que jamais. Malgré cela, certains politiciens travaillent d'arrache-pied à rendre obligatoire le fait de creuser des trous et de les reboucher ensuite, fiers de leur condescendance envers les « stupides ».
Conclusion
Cher représentant du peuple, à partir de maintenant, vous n'avez plus d'excuse. Chaque fois que vous direz « sauver des emplois », vous penserez « faire en sorte que les gens creusent des trous et les rebouchent ensuite ». Vous savez que toute action uniquement justifiée par la nécessité de « préserver l'emploi » est contre-productive. À la place, donnez aux citoyens plus de liberté, plus de temps, moins de paperasseries stupides et les emplois apparaîtront spontanément. Les gens ne sont pas stupides. Certes, ils peuvent le paraître lorsqu'on leur demande de faire des choses stupides comme creuser et reboucher des trous. Si nous arrêtons, nous avons les moyens de profiter du potentiel caché de toute une humanité. N'avez-vous jamais rêvé d'un monde où vous ne devriez jamais faire ce qui vous ennuie ?
Et, lorsqu'on y réfléchit, les « stupides » ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Comment appeler autrement ceux qui investissent dans une cause perdue d'avance ? N'oubliez jamais que, la technologie évoluant, Vous pourriez vous-même être remplacé par une solution plus performante. Le temps est compté, commençez dès maintenant à investir dans le futur !
Photos par Chiot's Run et Travis S.



Commentaires
Très juste et bien résumé.
Je suis totalement d'acord !
Ecrivez un post et reecrivez-le ensuite...
Pas trop convaincu par la demonstration. Des exemples concrets de ce que les politiciens ne doivent pas faire pour "sauver des emplois"? Supprimer les barrieres ("murs") fiscales est il aussi stupide?
Merci pour ce bel article qui porte à réfléchir. Bien qu'il serait intéressant de pointer du doigt des actions concrètes qui ont été prises par des politiciens pour illustrer ton propos.
En tout cas j'aime beaucoup l'analogie avec le creusage et le rebouchage de trous !! C'est tellement vrai
Un exemple concret d'utilisation de l'argument "c'est pour sauver l'emploi" est courant dans le débat sur le piratage (également visible via le lien "vendeurs de glace", et avec sa participation au débat, j'imagine aisément que Ploum a été exposé à ce genre d'argument).
Maintenant, méfions nous.
Pour un chef d'entreprise, c'est très rentable (et donc très tentant) de dégrader les emplois juste pour dégrader les emplois (cela augmente la pression sur le travailleur, qui veut conserver son travail, et sur le demandeur d'emploi, qui a tendance à accepter des salaires plus bas car il est mis en concurrence avec ses semblables).
Il faut donc à un moment ou un autre un contre-pouvoir pour empêcher ce phénomène.
Je ne suis pas sûr qu'à chaque fois que l'état dit: "il faut sauver les emplois", ce soit _toujours_ si bête que ça (malheureusement, je crains que la tendance est de rembourser aux entreprises le manque à gagner qu'aurait permis cette dégradation volontaire, alors qu'un bon libéral devrait condamner ce comportement qui contredit l'hypothèse que les entreprises et le jeu de la concurrence sont bénéfique à la société).
Maintenant, creuser et reboucher un trou n'est pas non plus l'apanage des politiques. L'obsolescence programmée est aussi un bel exemple où on crée du travail pour rien, juste pour maintenir la consommation (et donc les emplois, mais aussi les bénéfices).
Je me demande même parfois si le travail ou la consommation n'ont pas comme finalité d'éviter de nous poser des questions existentielles, i.e. il est plus facile de creuser un trou et le reboucher ou d'acheter un nouveau sèche cheveux que de savoir pourquoi sommes nous là.
Un exemple parmi tant d'autres ? La seule raison politique de promouvoir ACTA, selon Karel De Gucht, est de préserver les emplois : http://www.laquadrature.net/fr/acta...
En fait c'est une variante du sophisme de la vitre cassée, en plus pervers car l'erreur n'affecte pas l'objet (le fruit du travail), mais l'homme (le travailleur).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sophi...
Conséquence du sophisme de la vitre cassée :
La société perd la valeur des objets inutilement détruits.
Conséquence du rebouchage de trou creusé :
La société perd la valeur des employés inutilement déshumanisés et finalement détruits.
En effet, le stupide est celui qui donne un travail inutile, pas celui qui reçoit ce travail aliénant.
Il serait possible d'illustrer davantage le paragraphe sur la nécessité de l'emploi ?
Ploum : "La seule raison politique de promouvoir ACTA, selon Karel De Gucht, est de préserver les emplois"
Euh non... Y'en a qui aiment bien le système en place en Iran, et qui voudraient bien en voir un similaire, comme, par exemple... certaines majors ^^ ?
D'où l'idée, émise par un tas de gens, de mettre en place un système d'allocation universelle. Ça permettrait de se débarrasser sans scrupules de tous les emplois qui servent à rien.
Mais je suppose que les lecteurs de ce blog connaissent déjà l'idée en question, je ne m'étends pas plus sur le sujet.
Autre point : je pense que ton article mérite une nuance.
Lutter pour préserver des emplois qui pourraient être remplacés par des robots, c'est stupide. Je suis d'accord.
Lutter pour que des emplois restent dans un pays donné, où le droit du travail est "correct" (au hasard, la France), afin d'éviter qu'ils soient délocalisés ailleurs (au hasard, en Chine), où le droit du travail est "moins correct", je ne trouve pas ça forcément stupide.
Dans ce cas, on lutte pour éviter que l'emploi soit remplacé, non pas par un robot, mais par un autre humain qui se fera exploiter. N'est-ce pas là une initiative louable ?
Bon, je sais, c'est le blabla à la mode du moment : "achetez français, tagadatsointsoin". Mais c'est à réfléchir, quand même.
Vivant au Laos et apres 4 annees hors de France, venir pour des vacances dans l'hexagone est rude car de nombreux emplois de service ont tout simplement ete remplaces par des machines.
Ayant toujours ete un technophile, je n'avais jamais eu de difficultes mais, cette fois ci, une serie de malchances et d'erreurs m'ont aide a realiser les difficultees que peuvent rencontrer des ancetres et des touristes ne parlant pas francais.
Oui, je suis pret a payer mon litre d'essence plus cher et a avoir un pompiste qui me serve et puisse me depanner si besoin. Oui, je veux plus de personnes aux guichets des gares qui puissent m'orienter. Je veux aussi que ces personnes puissent, autant que possible, s'epanouir dans un travail pas facile.
Ne sauvegardons pas des emplois inutiles mais consommons responsables en gardant a l'esprit l'emploi et le cout ecologique de consommer ce qui est produit a 15 000 km.
"Je dois sans doute considérer qu'un travail pour lequel personne ne veut payer est en fait inutile."
Ne pas se limiter à cette vision économiste. Si prétendre sauver des emplois permet de gagner des voix, c'est que tout le monde ne considère pas que c'est inutile.
"D'autres, et ils sont nombreux, ont des revenus réguliers qui ne proviennent pas de leur travail. D'ailleurs, d'une manière générale, très peu de personnes riches tirent leurs revenus de leur travail actuel."
C'est du cynisme ou de la naïveté ? Les gens dont on tente de sauver les emplois sont-ils riches au point de pouvoir vivre de leurs rentes ??
@Mysterion : ""Je dois sans doute considérer qu'un travail pour lequel personne ne veut payer est en fait inutile."
Ne pas se limiter à cette vision économiste. Si prétendre sauver des emplois permet de gagner des voix, c'est que tout le monde ne considère pas que c'est inutile."
Se baser sur la supposée intelligence d'autrui, c'est aller dans le mur.
Et ne pas voir loin, aussi.
Pour le politique, exploiter le sentiment de gratitude des travailleurs qui vont finalement garder leur emploi, c'est utile à sa réélection, son désir de pouvoir, etc.
Pour le travailleur, garder son emploi, c'est utile à son revenu (primairement), mais aussi (surtout ?) à sa liberté de ne pas s'en faire, ne pas se remettre en question, ne pas remettre sa pratique professionnelle en question.
En revanche, où est l'utilité à la bonne marche du système global ?
En poussant la logique de la sauvegarde d'emplois à bout de bras au bout, on pourrait payer les travailleurs à ne plus travailler, 60.000 euros de l'an, avec l'argent public.
Petits problèmes :
1) Qui travaille pour fournir les services que les citoyens paient ?
2) D'où peut venir l'argent de l'Etat ?
J'ai une vision proche de celle de Ploum.
L'État fournit des services, qui peuvent aller de l'essentiel uniquement (modèle libéral : défense, administration) à la totalité (modèle communiste : tout ce qui se consomme), et se paie sur les impôts qu'il prélève.
L'entreprise fournit des services, quels qu'ils soient, et ses clients la paient directement.
Pourquoi l'État soutiendrait-il des entreprises, et ferait-il ainsi payer deux fois le client, et une fois le citoyen qui n'a pas bénéficié du service ?
Par exemple, le secteur de la lingerie féminine ne me paraît pas primordial du tout, et je n'ai aucune envie de payer pour (je précise, pour ceux qui douteraient, que mes organes sexuels pendouillent). Pourtant, si je payais des impôts, le fruit de mon travail servirait à ça.
Que faire alors ?
1) À l'échelle de l'État : La France, comme tous les pays développés, se spécialise dans la conception et le service, qui sont des secteurs de haut niveau. Est-ce vraiment une bonne idée de descendre l'enseignement ?
2) À l'échelle de l'individu : Mettre le cerveau en marche. Sérieusement. Il suffit d'aller sur pebkac.fr pour constater que ça n'est pas du tout abusif de recommander ça (le premier exemple qui me tombe sous la main : www.pebkac.fr/pebkac-4765.html ).
Je pense qu'il est un peu simpliste de dire "les 'gens' ne sont pas stupides et trouveront facilement un revenu decent si on leur donne les moyens" quand on sait qu'avec le libre echange les 'gens' sont en concurrence avec d'autres 'gens' qui sont payés 20 fois moins ...
Pour un homme (ou une femme), dans notre société actuelle, un emploi payé correctement est considéré comme le moyen principal de maintenir une place digne et decente dans cette meme société (sinon c'est le chomage puis la decheance si pas d'entourage social).
Donc, dans notre société actuelle, lutter contre le chomage de tous ceux qui peuvent et veulent travailler doit etre une priorité des politiciens. Je suis d'accord qu'il y a des manieres plus ou moins intelligentes de "sauver des emplois" mais il ne faut pas oublier que "sauver des hommes" (et donc notre société) devrait etre l'essence meme du travail des politiciens ...
Hum : je suggère s/en temps que/en tant que/g
Cet article n'est pas convaincant du tout.
Il donne une vision restrictive du travail. Il n'y a pas de soucis fondamental à utiliser une définition libérale, lorsqu'elle est clairement posée. Le gros problème avec ce genre d'approche est qu'elle est toujours partielle et ne résiste pas à l'épreuve de la réalité. Elle ne permet pas de comprendre pourquoi le profit peut être légitimement interprété comme une affaire de collectivité, de travailleurs, et donc, de politiciens. Un autre problème est qu'il occulte une partie de l'effet de la technologie sur le travail et le profit. En faisant diminuer la part du travail dans la production, la technologie contribue à une baisse tendancielle du profit. C'est là que l'on peut comprendre la bataille que portent les lobbys actuels : le reste du profit à se faire réside dans le maintient d'un régime de copyright.
Cette définition du travail pose également problème lorsqu'il s'agit de dire pourquoi "le travail n'est pas absolument nécessaire". Pour le comprendre il faut dire à quoi correspond ou devrait correspondre le travail dans la vie d'une personne et dans la société. Votre texte dit juste que le travail bête et inutile n'est pas absolument nécessaire. Or, dans l'ordre actuel des choses, le travail, même bête et inutile, est absolument nécessaire parce qu'il est le moyen de subsistance de la majorité de la population, à travers un revenu direct (salaire) ou indirect (profit, rente mais aussi retraites, allocations familiales, sociales etc...). En d'autres termes, les robots ne cotisent pas. Il faut donc aussi trouver le moyen d'adapter la solidarité à cette nouvelle ère, une des conditions pour s'affranchir des formes actuelles du travail.
L'objection sur "les stupides" qui deviendraient ingénieur arrive un peu comme un cheveux dans la soupe. Au lieu de répondre à cette question, il faudrait déjà s'interroger sur sa pertinence et sa formulation paternaliste. La robotisation, l'automatisation au sens large, n'impacte pas que les métiers des gens stupides (a considérer que la stupidité se rapporte à une catégorie bien délimitée de métiers). Où alors, les avocats et les médecins appartiennent également à cette catégorie.
Il n'est pas illusoire de vouloir réguler une évolution, parce que généralement une évolution pose des problèmes éthiques à la société. Il a fallu interdire le travail des enfants, donc réguler une évolution induite par la révolution industrielle. La question devient alors de savoir quelle réponse est éthiquement souhaitable/réalisable. Malgré la bonne volonté, cet article peine terriblement à formuler clairement les problèmes éthiques que soulève ces évolutions.
Bref, ce n'est pas convaincant du tout et l'idée qu'il ait pu être envoyé à des responsables politiques m'inquiète. J'admire vraiment les citoyens engagés, qui prennent le temps d'interpeler leurs dirigeants. Toutefois, je pense que pour être efficace, l'action civique doit être beaucoup plus rigoureuse que cela, sous peine de discréditer fortement la cause qu'elle prétend défendre.
Je ne sais par quoi commencer devant cet... « article ».
Par quelle logique arrivez-vous au fait que nous perdons des emplois à cause du progrès ? Par quelle logique croyez-vous que le chômage de masse est dû à l'automatisation des tâches ?
Cela dit, vous êtes contradictoire, des fois ça semble dû à la « crise », ce phénomène inéluctable comme chacun sait...
J'essaie de ne pas être agressif, mais vous semblez n'avoir aucune culture du milieu manufacturier, industriel, du tissu des PME et des commerces qui composent notre pays et qui sont en danger.
Et s'ils sont en danger, ce n'est pas à cause de l'automatisation, c'est à cause de la concurrence exercée par des pays où les coûts sont très bas. Nos emplois n'ont pas été détruits par le machinisme, ils ont été délocalisés, et il ne vous a pas échappé qu'un ouvrier indien ou chinois n'est pas une machine : il a juste un salaire bien plus bas.
Les besoins du grand patronat en ouvrier à « bas prix » montrent d'ailleurs que la raison du chômage n'est pas dans le progrès de la machine : pourquoi les entreprises continueraient à engager des clandestins et des immigrés aux salaires moins gourmands, s'ils pouvaient les remplacer par des machines ?
D'ailleurs, cette logique s'applique également aux ingénieurs dont vous semblez être : savez-vous que les ingénieurs ne sont pas à l'abri de la logique de rentabilité absolue, et qu'ils sont en concurrence de plus en plus violente avec des ingénieurs étrangers, notamment ceux de Bangalore en Inde, tout aussi compétents, mais beaucoup moins bien payés. Ne vous croyez pas irremplaçable car la maîtrise des programmes informatiques et des concepts philosophiques est universellement partagée.
Vous oubliez totalement que l'on perd des emplois aussi dans des métiers où personne n'est en concurrence avec une machine, à cause par exemple du démantèlement du service publique : quand un territoire rural est désertifié, qu'il nest plus déservi à cause d'impératifs de rentabilité uniquement, est-ce que le postier qui perd son emploi est en concurrence avec un robot ? Est-ce qu'il est même en concurrence avec un Chinois ? Non, il devient un poids dans une logique qui ne prend plus en compte la réalité humaine. C'est valable aussi pour la fermeture de maternités, d'écoles ou de stades dans des petites communes rurales.
Il faudrait faire intervenir de vraies pensées économiques, politiques et monétaires pour parler d'un tel sujet, contextualiser. Pourquoi nous perdons des emplois... Il faudrait revenir à l'Acte unique européen, au libre-échange généralisé, au refus de tout protectionnisme. Vous devriez mobiliser de vraies connaissances : Keynes, Friedrich List, Sapir, savoir ce qu'ont fait les gouvernements successifs en France.
Vous restez dans le flou et on ne comprend pas bien où vous voulez en venir.
Personne ne demande à reboucher des trous. Vous savez ce que c'est le BTP, la manufacture, les industries chimiques, les TPE/PME/TPI... ? Vous pensez qu'entretenir une route, construire une voie ferrée, des immeubles, fabriquer des jouets, des téléviseurs, relancer des confiseries ou des exploitations agricoles, mettre des produits en rayon ou agencer un espace dans un salon de coiffure, une machine le fait à la place de l'homme ? Et diriger la machine, est-ce une autre machine qui le fera ? Sans parler de tous les emplois d'aide à la personne, d'entraîneurs de foot pour des jeunes... (qui sont liés à des logiques démographiques, mais si des territoires ne sont plus desservis par des bus ou par la poste, les gens les quittent et les emplois disparaissent).
Si on veut arriver au 80% d'autonomie économique que prônait Allais (parce que la mondialisation « heureuse », c'est fini, l'avenir est aux économies nationales et aux petits ensembles régionaux), il faut bien recréer les conditions de la croissance et de l'emploi, et pour cela il faut appliquer un système de protectionnisme national. Et ça ne consiste pas à boucher ou creuser des trous, mais à permettre à notre pays de renouer avec un savoir-faire, avec sa puissance de travail.
Le problème de la perte de l'emploi, c'est donc un problème de vision à long terme (l'abandon des Plans industriels notamment), de rentabilité maximale au détriment du service et de l'emploi, de financiarisation aussi (10% des richesses produites mais 40% des richesses accaparées), de concurrence déloyale... Il y a aussi l'aspect du chômage entretenu (NAIRU de l'OCDE), pour que les entreprises puissent faire stagner les salaires sans être menacées par des revendications salariales. C'est grave d'être dans une logique aussi individualiste et floue que la vôtre, aussi peu humaine et aussi éloignée de toute considération sociale ou sociétale (une société c'est aussi les relations entre les hommes, pas seulement des coûts et des gains, encore moins des machines). Les gens qui travaillent n'ont pas l'impression de boucher ou de creuser des trous, mais de participer à la vie collective, d'avoir une utilité pour la communauté nationale, à travers la multiplicité des tâches à accomplir. La préservation et la création d'emplois, ça concerne des domaines extrêmement variés et tous essentiels, et si les gens sont au chômage, ce n'est pas parce que des machines les ont remplacés, mais parce que le pouvoir purement économique et financier a remplacé le pouvoir politique et humain.
Vous avez voulu produire une réflexion « à la marge » en jouant au jeune rebelle intelligent mais visiblement c'est raté.
Ca me fait penser aux "murs de la famine" érigés en Irlande pour donner du travail aux gens. Et qui ne servaient à que dalle.
Cet article me fait penser à celui-ci : http://blog.rom1v.com/2011/02/divid...
150 euros pour creuser un trou, c'est effectivement trop, surtout lorsqu'il s'agit d'un prix d'ami ! En effet, pour un arbre qui coute 30 euros maximum (pas en jardinerie mais dans les conservatoires nationaux, un peu financés par l'Etat, ça complique la conversation...), payer 5 fois plus cher pour le trou nécessaire. Et puis un bon jardinier n'y passe pas des heures. Moi-même, je me donne une heure maximum, pour du 50cm x 1m (ne pas planter trop profond en terre argileuse). Et donc une heure de jardinage, combien cela vaut ? 10 euros ? Ok, marché conclu.
De nombreux auto-entrepreneurs s'installent pour ce type de travail et j'ignore s'ils comprendraient le raisonnement suivi dans cet article ?
"Il donne une vision restrictive du travail"
C'est juste une remise en place du travail, ce n'est jamais qu'un moyen de gagner sa croute, comme un autre par ailleurs. Ce qui est souvent oublié. C'est un gros dé dramatisme. C'est sûr qu'une transition brutale viendrait à plonger une nation, le monde dans un complet chaos.. Soit. La théorie du chaos, tellement vaste, on en arrive au tout petit, à diverses théorie, le tout, le rien.
"Je pense qu'il est un peu simpliste de dire "les 'gens' ne sont pas stupides et trouveront facilement un revenu decent si on leur donne les moyens" quand on sait qu'avec le libre echange les 'gens' sont en concurrence avec d'autres 'gens' qui sont payés 20 fois moins ..."
Ca ne sera pas facile, mais tout le monde peut s'adapter. Par contre, s'ils se bornent à garder des activités contreproductives c'est la société entière qui va en patir, leurs enfants les premiers ! Eux aussi car sans croissance, il y aura moins de protection pour ces travailleurs sous-qualifiés. car moins de recettes fiscales.
Cette pensée du travail moins cher ailleurs donc synonyme de délocalisation est extrêmement simpliste. L'UMP n'attrape que des gogos avec cette TVA soi-disant sociale qui profite à la marge aux entreprises protégées par l'Etat.
Vous faites quoi : du transport (le pétrole pour un paquebot qui traverse la terre n'est pas gratuit) qui en avec un coût qui augmente enclenche une relocalisation des productions ?
Du fait que tout simplement le travail industriel est une une part minuscule des produits à haute valeur ajoutée qui sont à l'origine de notre croissance ? un Ipad = quelques dollars pour la main d'oeuvre.
C'est la conception, la recherche, le marketing et en bref l'innovation qui est à l'origine du produit aujourd'hui. La part du travail manuel est chaque jour réduite.
A terme, la production sera automatisée car les salaires augmentent toujours sur le long terme et les machines seront moins chères pour les entreprises.
C'est pourquoi il faut une économie de la connaissance mais aussi de l'artisanat pour tout ce qui ne peut être automatisé.
Or aujourd'hui c'est le grand écart entre les surqualifiés adaptés à l'économie internationale et les sous-qualifiés dépendants d'industries vouées à disparaître, ceux-là qui grossissent les rangs des chômeurs.
La question c'est donc celle de l'éducation. Il faudrait déjà transformer l'école en un lieu d'éducation civique (ce que les familles ne font plus) et d'apprentissage volontaire ouverts à tous ceux qui font preuve de volonté. Et non un lieu uniquement de reproduction sociale et de subordination irréfléchie. La garderie infantilisante dans nos écoles ou dans nos démocraties en général, ça suffit !
@ales :
"Cette pensée du travail moins cher ailleurs donc synonyme de délocalisation est extrêmement simpliste"
Si je comprends bien vous proposez de lutter contre les délocalisations en augmentant la compétitivité des travailleurs français en mettant à leur disposition une meilleure éducation.
Mais cela aura inévitablement un cout.
Le gouvernement ne semble pas pret à le payer, pas assez d'argent.
Mais serez vous pret ?
Comme vous dites un grand nombre d'industries sont vouées à disparaitre, créant un grand nombre de chomeurs.
Serez vous pret à les aider à mieux s'eduquer afin qu'ils retrouvent un travail ?
Si oui cela veut dire un grand changement dans l'approche que nous avons vis à vis à du chomage, de l'entraide et du partage de la richesse (que vous appelez aussi "croissance") ...