Lire la première partie de cet interview
Face à Max, le célèbre blogueur qui est en train de m’entraîner doucement sur le terrain de la politique, je tente de me ressaisir. Innocemment, je l’interroge :
Pourquoi les élections européennes ?
Car lors de ces élections, le Parti Pirate a fait pas mal parler de lui dans tous les pays.
Depuis des années, le Parti Pirate était confronté à un paradoxe : il prétendait défendre la liberté, la citoyenneté, la décentralisation mais se devait d’avoir un chef, un président ou un organisme central qui déterminait à quoi allait être dépensé l’argent du parti ou qui punissait un pirate qui avait un comportement « non-pirate ». Tel groupe pirate local est-il vraiment pirate ? Selon quelle définition ? Doit-on leur envoyer de l’argent pour leur projet d’affiche ? Et tel membre doit-il être exclu ?
La solution qu’ils ont trouvé est tout simplement géniale : ils ont fait évoluer le crowdfunding à l’échelle non plus du projet mais de l’entité.
Peux-tu donner un exemple ?
Oui, sur la plate-forme du Parti Pirate, n’importe qui, je dis bien n’importe qui peut proposer un projet en lien avec le parti pirate : imprimer des affiches, organiser un happening, créer un site web sur une problématique, organiser une assemblée générale.
Pour chaque projet, le budget était fixé et, comme n’importe quelle plateforme de crowdfunding, n’importe qui pouvait soutenir le projet de son choix. Et si une personne se prétendant pirate avait une mauvaise réputation, la communauté se contentait de ne pas soutenir ses projets.
Ce n’est pourtant pas très différent de Kickstarter ou de Kisskissbankbank.
Il y a une différence de taille: en dehors des projets, il existe également sur ce site des « organisations », typiquement le Parti Pirate de France, le Parti Pirate de Belgique, etc.
Si on le souhaite, on peut soutenir l’organisation plutôt qu’un projet particulier. J’aime les pirates, je veux leur envoyer de l’argent mais je souhaite qu’ils l’utilisent à leur guise. D’ailleurs, le Parti Pirate n’a plus d’argent sur son compte en banque. Tout l’argent des dotations publiques ou des versements d’élus est immédiatement envoyé sur la plateforme de crowdfunding.
Il n’en reste pas moins qu’il faut décider comment utiliser cet argent.
C’est ici que réside l’éclat de génie : tout est automatique. Quand on donne de l’argent à un projet, on peut décider de l’importance que ce projet à pour nous. Les projets les plus prioritaires sont automatiquement financés par la caisse jusqu’à épuisement de celle-ci.
Admettons que je fasse un projet d’imprimer des affiches pour ma ville et que j’aie besoin de 50 bitcoins. J’ai récolté 2 bitcoins mais comme le projet est voté comme prioritaire par les 20 donateurs, il se voit compléter de 48 btc par le compte de l’organisation.
Une fois les affiches imprimées et le projet terminé, j’introduis la facture finale dans la plateforme, qui est d 52 btc car j’avais oublié de prévoir de la colle. Le compte de l’organisation complète et envoie la somme sur mon compte en banque vu que c’est moi qui vais payer la facture de l’imprimeur. En même temps, les affiches ont un tel succès que la moitié de la ville décide de donner au projet a postiori ou via Flattr. Le surplus est alors automatiquement versé au compte de l’organisation. En effet, le projet étant clôturé, il ne peut rien faire de ce surplus.
Tout cela est donc entièrement transparent et consultable par tout un chacun jusqu’à la moindre facture. Des graphiques sont automatiquement générés. Il n’y a plus aucune autorité centrale qui détermine qui paie quoi.
Il y a donc des imprimeurs qui acceptent les bitcoins ?
C’est un exemple. Comme il s’agit de ma monnaie principale, j’ai tendance à penser en bitcoins. Je sais que c’est loin d’être la norme.
D’ailleurs, j’ai installé l’extension BitSpend dans mon Firefox: elle me permet de payer en bitcoins sur la toute grande majorité des sites d’e-commerce même si eux n’acceptent pas encore Bitcoin. C’est tout à fait transparent pour moi.
Le problème de cette solution c’est qu’il n’est pas possible d’épargner, par exemple en vue d’élections prochaines. Tout l’argent de l’organisation est immédiatement reversé aux projets actuels.
La solution est simple : il suffit de créer un projet « Épargne en vue des prochaines élections » avec un objectif précis. Cela encourage d’ailleurs les gens a contribuer à ce fond. Et si personne ne considère ce projet comme prioritaire et bien tant pis. C’est aussi cela la démocratie.
Et les cotisations du parti ?
Ils les ont tout simplement supprimées. À chaque section locale de sélectionner ses candidats pour chaque élection. Certains se plantent, ont des candidats loufoques. Mais d’autres réussissent et partagent leur expérience. Il n’y a plus de véritable parti, plus de structure pyramidale mais un réseau de groupuscules locaux. Il n’est plus possible de dire « Je suis un membre du parti pirate ». Un prétendu pirate fait des déclarations racistes ? Il perd tout simplement son crédit et aura du mal à devenir candidat ou à obtenir la confiance des autres pour lancer des projets. On est dans la do-ocracy, pas dans la discussion.
Fait amusant : à l’époque, le Parti Pirate était fort critiqué pour son nom. On leur disait à tout bout de champs de changer, d’enlever le terme « Pirate », qui avait une connotation négative.
Ils ont accepté de modifier leur nom mais c’est le mot « Parti » qu’ils ont supprimé. Avec un brin de populisme, certains ont d’ailleurs déclaré « Dans votre vie quotidienne, souffrez-vous le plus à cause de la piraterie ou de la particratie ? ».
C’est depuis qu’on dit « Pirates » et non plus « Parti Pirate ». Un beau pieds de nez face à la déliquescence du concept de parti.
Mais on s’éloigne de ton parcours là, non ?
Pas vraiment car, comme beaucoup de blogueur, j’ai suivi de très près l’ascension des pirates. Je n’ai jamais été membre ni candidat, souhaitant rester indépendant, mais je ne cache pas avoir voté pour eux aux dernières élections.
Ce crowdfunding politique m’a servi de modèle. S’ils peuvent le faire pour la politique, pourquoi ne pourrais-je pas le faire pour moi, pour ma vie ?
Raconte nous comment cela se met en place, pratiquement.
En utilisant une plateforme de crowdfunding similaire, j’ai décidé de faire pareil. Un projet mensuel pour mon loyer, un projet pour un voyage à la Silicon Valley, un projet pour l’hébergement de mon blog et puis un projet « dépenses diverses ».
Il faut préciser que, contrairement au Parti Pirate, je ne suis pas une organisation « ouverte ». Dans une organisation « fermée », seuls les membres de l’organisation ont la possibilité de donner une priorité à un projet. Comme je suis le seul membre, je garde le contrôle sur ma vie.
Un exemple simple est mon loyer : j’ai un projet récurrent de payer le loyer. C’est un projet prioritaire. J’ai indiqué directement en récipient le compte en banque de mon propriétaire. Du coup, je n’ai rien à faire. Si un lecteur veut contribuer à mon loyer du mois, il peut. Mais c’est rare. En règle générale, mon loyer est intégralement rempli par l’argent issu de l’organisation, à savoir moi.
Lorsque j’ai été à la conférence I/O à San Francisco, j’avais préparé tout un budget. Comme je retransmettais en direct, cela intéressait très fort mes lecteurs. Ils ont donc contribué énormément. Mon essai en voiture partagée entièrement automatique a fait un buzz et a reçu beaucoup de Flattrs. Comme Flattr est intégré à ma plateforme de crowdfunding, ces flattrs spécifiques sont immédiatement ajoutés au budget du projet.
Au final, lorsque j’ai mis toutes mes factures dans la plateforme, y compris les moindres restaurants, je me suis rendu compte que j’avais été économe. Le projet a donc fait un bénéfice qui est venu s’ajouter au capital de mon organisation.
Tout cela est donc transparent ?
Oui, ma vie est très transparente. Il faut cependant signaler que je fais de la consultance pour certaines entreprises. Je crée ces projets comme les autres sur la plateforme de crowdfunding mais ils sont invisibles au public.
Quand un de mes clients a découvert ça, il a réalisé qu’il pouvait s’associer avec un autre de mes clients pour me financer un projet spécifique en simplifiant grandement la comptabilité et le contrat.
Ces projets sont donc entièrement bénéficiaires. Notons que, en conséquence, le budget de mon « organisation » est également privé. Comme l’est mon projet « épargne pour la pension ». Être transparent ne signifie pas pour autant ne plus avoir de vie privée.
La plateforme de crowdfunding me sert à la fois d’outil de budget, de facturation et de comptabilité. Sans compter les projets impliquant plusieurs personnes auxquels je participe.
Tu n’as donc plus de compte en banque ?
Si car il y a encore des magasins où l’on doit encore payer avec une carte de banque plutôt qu’en scannant un QR code avec ses lunettes. Et deux trois broutilles comme les impôts. Mais ce n’est qu’une très petite somme d’argent qui transite par ce compte. C’est un accessoire. Un peu comme un lecteur CD sur un vieil ordinateur : il est là mais on ne l’utilise plus jamais. Mon épargne est entièrement en bitcoins, sur différents services. J’ai également un peu d’argent sur mon Google Wallet.
D’ailleurs, je ne paie mes impôts que sur la somme qui entre sur mon compte en banque traditionnel. Tout le reste est dans un flou juridique absolu. J’ai déjà usé trois comptables avant d’abandonner. Je ne me cache pas, je ne cherche pas à frauder mais ce n’est pas à moi de résoudre les problèmes de l’administration. Si je suis un jour condamné, ça me donnera d’ailleurs de la matière à beaucoup d’articles.
Mais c’est une bonne idée : supprimer complètement le compte en banque. Ça ferait une série de billets intéressants pour mon blog. J’achète déjà, en bitcoins, des cartes VISA prépayées. Peut-être qu’elles me permettraient de retirer du liquide à un distributeur ?
Mais, par exemple, ton loyer est bien versé sur un compte en banque qui n’est pas le tien. Tu ne payes donc pas d’impôt dessus.
Tiens, c’est juste. Je vais tenter de convaincre mon propriétaire d’accepter les bitcoins.
En résumé, peut-on dire que tu vis essentiellement de dons ?
Cela a été le cas car, effectivement, le crowdfunding ne concernait que le don, pas l’investissement. Or, depuis peu, la plateforme que j’utilise gère les contrats, que j’utilise pour mes missions de consultance et vient d’intégrer une nouvelle fonctionnalité : l’achat de parts. Un créateur de projet peut vendre des parts de son projet. Si le projet est rentable, l’investisseur recevra automatiquement une partie du bénéfice. Il est également possible d’acheter des parts d’une organisation chapeautant plusieurs projets.
Tout cela est fait automatiquement sans la nécessité de la moindre comptabilité. Si vous avez des actions en bourse, mon conseil est de vendre tout. Je ne suis pas sûr que le concept même de bourse tienne encore longtemps. D’ailleurs, pensez-vous vraiment que les entreprises et les start-ups de bon-papa vont pouvoir lutter contre la simplicité d’une « organisation » sur une plateforme de crowdfunding ?
Mais tout cela n’est possible que sur la plateforme de crowdfunding que tu utilises. En existe-t-il d’autres ?
Il y en a de plus en plus et j’ai été enchanté d’apprendre qu’il allait bientôt être possible de contribuer à un projet sur une plateforme donnée en utilisant un compte sur une autre. En fait, les plateformes communiquent entre elles en utilisant Ripple, qui est un système décentralisé de transfert de dettes basé sur la confiance.
Étant donné ma présence sur le web, pas mal de personnes me font confiance sur Ripple. Je réfléchis à leur emprunter de l’argent de cette manière pour acheter un terrain et me faire imprimer une maison, histoire de me poser un peu.
Honnêtement, je ne suis pas sûr que nos banques traditionnelles feront de vieux os.
Merci Max, un mot pour la fin ?
Lorsqu’une nouvelle technologie apparait, on a tendance à surestimer l’impact à court terme. Les smartglasses, les bitcoins, le crowdfunding. Tout le monde s’extasiait, faisait des prévisions farfelues. Et, deux ou trois ans plus tard, on s’est rendu compte que le monde n’avait, au fond, pas vraiment changé.
Par contre, nous avons une énorme tendance à sous estimer l’impact à long terme de ces mêmes technologies. Vous souvenez-vous qu’il y a 15 ans, personne n’avait de smartphone et que la 3G n’existait pas ? Tout cela produira un changement profond que je pressens sans avoir la prétention de le comprendre. Et qui n’est pas seulement sous-estimé mais radicalement ignoré par les puissants : les hommes riches et les politiciens.
Peut-être est-ce dans leur intérêt de ne pas comprendre ce changement. Qu’importe, moi j’ai décidé de ne pas attendre.
Machinalement, je fais signe au serveur. Il m’apporte un ticket avec un QR code. Tout en le regardant, je murmure « accepter paiement, copie dans notes de frais ». Max se lève et me lance un joyeux « Merci pour le verre et à la prochaine ! » avant de s’éloigner en rabattant ses lunettes sur son nez.
Un peu abasourdi, je reste sans voix. Je venais rencontrer un blogueur, discuter de l’audience sur le web, de la manière de se faire connaître. J’en ressors estomaqué. Ce que je pensais être de la science-fiction est pour lui déjà du passé. Il ne vit plus dans la même société que moi, plus dans le même pays. La preuve, il n’en utilise pas la monnaie, il n’y travaille pas, il n’y paie pas ses impôts. Max est d’ailleurs, il vient de Demain.
Cul-sec, je termine mon Mojito. Je crois que je tiens un titre accrocheur pour ce papier !
Photo par Mark Fischer

The Le blogueur venu de Demain (seconde partie) by Lionel Dricot, unless otherwise expressly stated, is licensed under a Creative Commons Attribution 2.0 Belgium License.
Très intéressant comme modèle économique, mais, vivre ainsi correspond à prendre des risques tout le temps, surtout que le stockage (l’épargne) ne semble pas au goût de ce système…
Ça me fait un peu penser à l’idée de prendre des crédits en se disant qu’on pourra rembourser alors qu’on en est pas sûr…
Il faut aussi s’assurer de la stabilité de cette plateforme, si elle s’éfondre, c’est un manque gagné , certe tu perds pas une épargne durement économisé vu que tu n’en a plus, mais, ça te coup les vivres, peut être un système permettant de switcher automatiquement plateforme ? ou être sur plusieurs plateformes en même temps.
Et il y a un problème, si les gens veulent vivre comme ça, ça ne marchera que pour une minorité, puis ce qu’il faut forcément des donneurs, et si les gens se donnent entre eux à tous vas, on finit par diminuer l’argent en circulation du simple fait que chaque transaction seront taxé, non ? ou alors seulement l’entré de l’argent et dans ce cas ça pourrai marcher pour que les donneurs puissent être aussi receveur, mais bon de toute façon, on vivra pas tous de son blog, mais cela pourrait être intéressant de voir si c’est applicable aux métiers comme fermier, ouvrier, prestataire de service et j’en passe
J’ai lu la première partie ce matin, me demandant impatiemment quand est-ce que la seconde partie allait sortir, et voilà qu’elle tombe ce matin même
Je pense que si le fond de l’article est génial, il est cependant très utopique. Jamais un gouvernement ne laisser
Mon doigts ayant rippé sur la touche entrée, je reprends honteux le fil de mon message précedent.
Je disais que jamais un gouvernement ne laissera une telle liberté d’agir à une personne. Même si la vie de Max est “très transparente”, elle n’échappera pas à un contrôle de la part des gouvernements. De plus, une vie totalement transparente n’est pas forcément un but ou une envie à atteindre.
Typo : “Quand un de mes clients à découvert ça,” -> “a découvert”
Article très intéressant, comme d’habitude. Par contre, un point me chiffonne : quand tu parles des impôts. En effet, il faut bien trouver un moyen de financer les projets publics (routes, hôpitaux…) et les administrations, donc le gouvernement devrait trouver un moyen de financer ces projets en tirant parti des plateformes de crowdfunding.
Ou alors, on applique ce principe à tous les projets qui concernent une collectivité : au lieu de payer des impôts qui vont partir dans on ne sait quelle organisation, pourquoi ne pas inciter les citoyens à payer pour les projets qu’ils estiment importants (quitte à imposer une certaine somme à chacun pour éviter de subir trop de “profiteurs”). Au moins, seuls les projets plébiscités par les citoyens seront menés à bout.
L’inconvénient, c’est que quelques citoyens riches pourraient faire passer de force un projet (en se passant du financement des citoyens qui ne sont pas d’accord). Peut-être qu’imposer un nombre minimum de participants, ou un vote pourrait résoudre le problème.
Mais permettre à chacun de suivre précisément où va son argent quand il paye ses impôts est une idée qui me plait bien.
Kenoris > tu touches du doigt une conséquence. Comment payer les impôts ? C’est une question très importante. Rick Falkvinge en a déjà parler brièvement. J’en ai également touché un mot dans « Le monde selon Google ».
Mais comme tu dis, plutôt que de craindre ce changement, nous pouvons peut-être imaginer qu’il soit extrêmement positif et rende le pouvoir aux citoyens.
Tu aurais une référence sur ce qu’a dit Rick Falkvinge ? J’arrive pas à en trouver…
Mais en fait plus j’y pense et plus je me dis que ça pourrait marcher à peu près comme ça (je m’inspire du fonctionnement du site parlementetcitoyens.fr, que j’invite tout le monde à visiter) :
- Un quidam moyen aimerait lancer un projet (construction, rénovation, démolition, subvention d’une association, peu importe)
- Une pétition est alors lancée et si elle reçoit un nombre donné de signatures (selon la taille de la population concernée) elle est transmise aux autorités (in)compétentes qui peuvent lancer un appel d’offres et soumettre aux citoyens un dossier plus détaillé et concret. L’idéal étant que la conception de ce dossier soit faite en concertation permanente avec les gens concernés.
- Si le dossier est accepté après un vote final, on lance le truc sur une plateforme de crowdfunding et les citoyens qui n’ont pas encore dépensé leur montant obligatoire annuel peuvent chosir de participer en fournissant autant qu’ils le veulent. Si l’objectif est atteint, on lance le truc et tout le monde peut joyeusement retourner regarder des chats sur Youtube.
Mais ça, c’est la théorie. Avec ce système une région ou une ville plus pauvre que les autres (ou dont les habitants sont plus pauvres que les autres) peut se retrouver rapidement paralysée par manque de moyens. Et comment financer les administrations (les hôpitaux, les écoles…) ? Il faudrait assurer un revenu minimum pour ces infrastructures prioritaires.
Les impôts sont, jusqu’à nouvelle idée, la base d’un changement nécessaire tel que le revenu de base.
Pas d’état financé = pas d’assurances sociales = pas de liberté de travail
Comme souvent dans tes utopies dystopies, absence totale de prise en compte : des nécessaires solidarités sociales : donc des services publics, du rapport de classe (origine, éducation, plafond de verre, héritiers …)
En gros, tout vas pour le mieux dans le meilleur des mondes libéraux, comme souvent chez les pirates, mais à condition d’être du bon coté du manche (ce que nous sommes) : un homme blanc occidental éduqué issu de la classe moyenne.
C’est vraiment la grande limite de ce type de projection, ce qui n’en enlève pas l’intérêt mais qui incite à quand même poussez plus loin et d’en d’autres directions la réflexion.
Si ce mode de vie fonctionne aussi, c’est pour moi parce qu’il se passe des intermédiaires : pas besoin de papier pour toucher du monde, pas besoin de publicités pour faire découvrir son travail, etc. Le point qui me semble le plus irréaliste, c’est que le blogueur vive dans des hôtels ou des stations balnéaires. Je l’imagine plutôt vivre dans une maison correcte que son revenu lui permettrait (surtout grâce à la différence du coût de la vie entre les pays).
Et ce mode de vie déconnectée n’est possible que grâce au sujet du blogueur, parce que la matière est déjà mondialisée et qu’il n’a pas besoin d’être dans un pays en particulier pour écrire. Un blogueur qui parle de sa ville, par exemple, ne pourrait absolument pas se retrouver dans cette situation-ci.
Voilà pour la forme.
Concernant le fond, le concept me plaît. La conséquence logique de la mondialisation et de l’extension de la sphère économique au monde entier fait que l’individu n’est plus la préoccupation des banques. C’est pour cela sans doute que des initiatives comme on en trouve en Grèce ou en Italie (l’émission de monnaies locales) séduisent (je ne dis pas qu’elles se généralisent mais que les médias en parlent). J’ai l’impression que d’ici quelques années des solutions vont se développer, sans forcément passer par le financement participatif ou même l’internet.
Concernant les Pirates, on est déjà un orteil dedans, puisque ce sont les individus qui avancent l’argent pour l’impression et pour toute la logistique de la campagne. On est dans une logique de micro-prêts. Lorsqu’on a eu besoin de beaucoup d’argent, notre solution aura été de demander des promesses de dons et que le responsable avance l’argent, avec la quasi-certitude de récupérer son argent (moins sa part). La vraie innovation dans ce que tu décris, ce serait une plateforme qui permettrait de généraliser et de simplifier le processus (je n’aurais pas voulu me retrouver dans la partie “compte de campagne” lors des dernières élections, même pour un petit mouvement comme celui des Pirates).
Quoiqu’il en soit, j’aime beaucoup l’idée du crowdfunding à l’échelle individuelle ^^
Pour répondre à la discussion qui a lieu dans les commentaires, j’ai la sincère conviction (moi, étudiant non-imposable) que les gens ne comprennent plus le sens des impôts, à cause notamment de la mauvaise gestion de ceux-ci par les gouvernements (le fonds de pension, par exemple, a effectivement fondu, en Belgique). Peut-être que des fonds communs, comme au temps des caisses ouvrières, ont plus d’avenir qu’on ne le pense.
J’imagine très bien des liens plus resserrés autour de l’individu après la grande ouverture sur le monde de l’après-guerre.
Très bon billet. Merci pour la lecture
Goulven > En quoi est-ce que je ne tiens pas compte de ce que tu dis ? Honnêtement, je n’arrive pas à comprendre.
Parce que le gars dis ne pas payer d’impôt ? Mais il y a déjà des milliers de combines pour ne pas payer d’impôts ! Des milliers de personnes n’en paient pas.
Si je résume ton commentaires :
Infrastructure publique et solidarité doivent obligatoirement être financé par l’impôt *donc* les gens vont payer leurs impôts.
Ton hypothèse est discutable et le sophisme de la relation logique est évident. Les gens ne paient pas d’impôts parce qu’il faut de la solidarité. C’est le contraire. La solidarité à travers l’état existe parce que les gens paient leurs impôts. Est-ce la seule solidarité ? (réponse : non, il en existe déjà beaucoup d’autres) L’état est-il le plus efficace pour mettre en place cette solidarité (réponse : jusqu’à présent, les états se distinguent au contraire par le gaspillage des ressources).
Maintenant, si il devient techniquement possible pour la majorité des citoyens de ne plus payer ses impôts, une révolution copernicienne va devoir se faire dans le concept même d’état et d’infrastructure publique.
Tu mets le doigt exactement sur ce que j’essaie de transmettre en filigrane dans ce texte : le changement de société est beaucoup plus important que ce que n’importe qui peut imaginer. C’est à la fois terrifiant et passionnant.
Bien ce que je veux dire et souligner, c’est que tout tes exemples de réussites et d’émancipation via les nouvelles techniques et technologies ne concernent qu’un profil : le petit blanc occidental qui ne pense qu’à sa gueule. Je ne pense pas que ce soit innocent.
Je ne dis pas que l’état est le garant de la solidarité et de la répartition, je dis qu’un projet de société, ou une vision de société, qui ne prend pas en compte A LA BASE la solidarité et la répartition en se basant sur le fait que la “liberté” individuelle impliquera “mécaniquement” des micros solidarités est biaisé voire dangereux. Tu le dis toi même, aujourd’hui, beaucoup échappent à l’impôt par des combines. Dans un système entièrement libéral, penses tu que sincèrement cette tendance va s’inverser ?
Je n’ai pas cette optimisme. C’est peut-être un tort.
Je me suis beaucoup intéressé aux systèmes d’autonomie et de décentralisation, en particulier autour de l’agriculture et de l’autonomie énergétique, il y a là aussi des micros solidarités effectives, mais à quelle échelle ?
Comme dans l’idéologie pirate (voir la position ultra capitaliste assumée de son fondateur) Il y a une réflexion très autocentrée : “je vois très bien comment ça peut marcher pour moi (qui ça tombe bien suis un blanc hétéro occidental éduqué et de la classe moyenne) donc ça marchera pour tout le monde.”
Ce n’est jamais la technique qui émancipe les peuples et crée de la solidarité. C’est la politique. C’est l’humain. Les progrès techniques de productions du 19eme siècle, les progrès techniques de l’agriculture d’après guerre, l’avènement de l’informatique, l’imprimerie, aujourd’hui les possibilités des réseaux, aucun de ces progrès techniques n’ont été des progrès pour l’humanité EN SOI. Ils ont occasionné à la fois du mieux et du moins bien, suivant qui les a utiliser et comment.
Pour résumer : ne nous accrochons pas à des gros mots comme “impôts”, “état”, tu parles de changement de société induit par des avancées techniques : je ne suis pas d’accord, un changement de société est induit par des décisions politiques et collectives.
Merci en tout cas pour ces réflexions et cet exercice intellectuel qui oblige qu’on soit d’accord ou pas à formuler et articuler ses propres pensées.
Très intéressant. Vraiment.
Tu disais que je serais étonné. C’est à moitié vrai. D’un côté, je ne m’attendais pas à cela. De l’autre, je savais plus ou moins dans quel sens, ça irait. Je commence à te connaître.
J’ai adoré la phrase « Dans votre vie quotidienne, souffrez-vous le plus à cause de la piraterie ou de la particratie ? ». Un prin populiste, c’est vrai, mais à retenir quand même. Je l’utiliserai bien un de ces jours
Et sinon, j’ai du mal à croire que ce soit un futur possible. L’exemple est poussé à l’excès. Ce n’est pas grave, car je pense que le but n’est pas de prévoir le futur, mais plutôt de pousser à la réflexion. Et la réflexion est bonne. Nous vivons de profondes transformations, comme tu dis, mais nous n’en voyons encore que certains côtés. Et pour moi, il est évident que nous allons vers un monde où le P2P (y compris en économie) prendra de plus en plus de place, comme le capitalisme a pris de plus en plus de place par rapports aux systèmes précédents.
Ce que nous devons retenir, c’est que la mise en place de ces nouveaux mécanismes doit se faire intelligemment. L’important est de se poser la question : « Que voulons-nous ? » et à partir de là, de se battre contre ceux qui veulent empêcher le progrès et l’émergence de ces valeurs. Mais aussi, nous devons nous battre contre nous-même pour éviter que ce système ne soit de suite en proie à des dérives (qui sont déjà évoquées dans les commentaires plus haut).
Ah et encore deux trucs.
Payer son loyer n’est pas un « projet » (au sens d’un projet définin par le PMI ou même Wikipedia). Faudra trouver un autre nom
Et deuxièmement, qu’est-ce que tu attends pour lancer une startup pour développer la plateforme dont tu parles ?
Je pense que tu as bien résumé notre différence. Je pense que, pour ma part, la politique estele dernier endroit ou se décide qqch. La société évolue et, en conséquence, la politique s’adapte. Ce n’est jamais la politique qui fait évoluer la société. Mais là, nous sommes en désaccord (ce qui n’est pas un problème en soi, heureusement que ça arrive
Ploum, j’imagine que tu connais Accelerando. Parce que Max, il me rappelle furieusement Manfred Macx… Coïncidence ? Je ne veux pas y croire
Jamais entendu parlé de ça (sincèrement)
Merde! Je savais bien que c’était trop beau. Pourtant, je suis les textes de Ploum depuis un bout de temps mais là, j’étais convaincu que c’était possible. J’ai cherché en vain le nom de l’auteur et son blog!! Ha! Ha! Mais ça fait plaisir tous ses textes qui touchent au réel et au futur en même temps.
Franchement, bravo! Là tu m’as bien eu!
Et pour dire vrai, avant que je ne lise celui-ci, je me disais que c’est ce genre de texte que j’aimerais écrire mais encore plus futuriste.