Les opportunités manquées du Libre 2: la décentralisation

Les opportunités manquées du Libre 2: la décentralisation

Je vous ai déjà parlé de l’importance de la décentralisation : il faut créer des services indépendants qui communiquent entre eux (l’email) plutôt qu’un gros service qui contrôle tout le monde (Facebook, Google).

Mais créer un service décentralisé est une véritable gageure. Si les problèmes techniques sont légions (compatibilité, communication, standardisation), ils ne sont rien face à l’immense défi humain. Je pense notamment aux abus comme le spam ou la fraude. Un service centralisé peut gérer les spammeurs au cas par cas en désactivant les comptes. Un service décentralisé doit mettre en place une stratégie complètement différente. Le seul réseau décentralisé d’envergure, le mail, n’a d’ailleurs jamais résolu ce problème.

Pour réussir, un service décentralisé doit donc offrir une solution au moins équivalente en termes de confort d’utilisation, une résolution des problèmes propres à la décentralisation et un petit plus qui fera la différence, qui poussera les utilisateurs à abandonner la concurrence.

Le résultat est sans appel : depuis l’email, aucune solution décentralisée n’a réellement percé auprès du grand public. Même le protocole de chat XMPP ne doit son succès qu’à son adoption par Google. Et, soyons honnêtes, si Google décide d’arrêter d’utiliser XMPP demain, ce ne seront pas les utilisateurs de Google Chat qui se plaindront mais bien les utilisateurs des autres serveurs qui n’auront plus accès à la majorité de leurs contacts.

Les raisons d’un échec

Comme je vous le disais précédemment, les libristes se sont concentrés sur la résolution des problèmes techniques, faisant fi de l’expérience utilisateur. La décentralisation ne fait pas exception. Ainsi, il est hors de question de mélanger un serveur de mail avec un serveur de chat XMPP. Chaque outil doit être indépendant. La conséquence directe est que la majorité des utilisateurs de solutions libres ont une adresse pour le mail et une pour le chat. Et, quand bien même certains services offriraient une adresse commune, il n’y aucune réelle intégration contrairement à Google qui, entre autres, envoie par mail les messages reçus lorsqu’on est déconnecté.

Face au succès des services webs centralisés, le monde libre a répondu avec la license AGPL. Plutôt que de se poser la question de l’indépendance, de ce que nous souhaitions construire et offrir aux utilisateurs, nous nous sommes contentés de nous vautrer dans notre petite zone de confort : l’accès au code source et l’évangélisme.

Les avantages de la centralisation

Mais il y a pire : la décentralisation est censée nous garantir l’indépendance, la sécurité par rapport à une seule entreprise. Mais, entre nous, quels sont les risques lorsque vous utilisez un service en ligne ?

  1. Le serveur est indisponible pour une période prolongée suite à une défaillance matérielle
  2. Vos données sont perdues suite à une défaillance matérielle et un mauvais plan de sauvegarde.
  3. Vos données sont volées suite à un piratage
  4. Votre fournisseur fait faillite et disparaît dans la nature
  5. Votre fournisseur décide de couper l’accès à vos données sans préavis

Chez un géant comme Google, la probabilité de souffrir d’un des 4 premiers problèmes est virtuellement nulle. Quand à la cinquième, elle arrive de temps en temps. Cela fait d’ailleurs un certain buzz et cela permet aux libristes d’avoir des exemples concrets pour illustrer le problème de la centralisation.

Les alternatives à la centralisation

Fuyant les géants, vous vous êtes installé chez un petit fournisseur indépendant. Tristement, il faut reconnaître que les 5 problèmes deviennent beaucoup plus probables. Vous devenez donc extrêmement dépendant de ce fournisseur qui peut faire faillite, se faire pirater ou brusquement augmenter ses prix sans que vous n’ayez la moindre chance d’alerter l’opinion publique.

Étant très doué en informatique, vous faites partie de cette minorité capable de gérer des services de base et vous décidez alors de passer à l’autohébergement. Malheureusement, cela a un coût non négligeable. Si il permet de résoudre les deux derniers points, il maximise la probabilité des trois premiers. Cela vous coûte de l’argent, cela vous prend un temps fou et cela vous force à être disponible en permanence. Un exemple célèbre est Rick Falkvinge, fondateur du Parti Pirate. Il héberge son site sur son propre serveur dans son bureau. Régulièrement, son site est indisponible pendant plusieurs jours suite à une panne de courant ou un problème de disque dur alors qu’il est à l’étranger. Dans ces cas-là, il ne communique plus que par Twitter, Google+ et Facebook, les réseaux centralisés…

Il s’en suit, de manière paradoxale, que la solution la plus sécurisée et qui vous donne le plus d’indépendance est… d’utiliser un géant centralisé comme Google.

Google plus libre que Diaspora

Et à ce petit jeu, Google est très fort et se permet le luxe d’offrir une fonctionnalité de Libération de Données : vous pouvez à tout moment télécharger toutes vos données dans un format aisément exploitable. Photos, publications, commentaires, contacts : tout y est ! Il s’en suit que j’ai un meilleur contrôle de mes données chez Google que celles sur Diaspora, où l’outil d’export n’est pas encore complet !

Diaspora et Status.net sont les exemples mêmes de l’échec du libre face à la décentralisation. Se contentant de copier les solutions centralisées en aposant un protocole décentralisé dessous, elles ont justifié leur échec par le monopole des acteurs de Facebook et Twitter. Le récent succès de Pinterest montre pourtant qu’il y a de l’espace pour l’innovation.

Et pourtant…

C’est dommage ! La décentralisation aurait pu devenir le cœur de notre expérience utilisateur. L’analyse du problème montre que la seule solution qui rende réellement indépendant est l’autohébergement mais qu’il faudrait le rendre simple, accessible à tous et sûr. Imaginez un instant une version serveur et une version client de votre distribution préférée. La version serveur s’installe en un clic sur le boitier dans votre salon et une interface graphique permet de créer les comptes sous forme d’une adresse email. Quand à la version client, il suffit de s’y connecter avec son adresse mail pour avoir aussitôt accès aux mails, aux calendriers, au chat, au partage de fichiers, à votre flux d’informations continues. C’est un rêve que certains n’abandonnent pas.

Simple et efficace.

Mais… Attendez une seconde ! C’est exactement ce que Google est en train de faire avec ChromeOS. Des services décentralisés, redondants, accessible du monde entier en un clic. Il n’y a qu’un seul hic : ils sont contrôlés par une seule société. Un société qui fait tout trop bien, allant jusqu’à financer la concurrence pour encourager la compétition. Si vous étiez à leur place, que feriez-vous de différent ? Sincèrement ?

Alors, préférez-vous mettre tous vos œufs dans un unique panier très solide ou … pas de panier du tout ?

Photo par Mark Tominski

Creative Commons License
The Les opportunités manquées du Libre 2: la décentralisation by Lionel Dricot, unless otherwise expressly stated, is licensed under a Creative Commons Attribution 2.0 Belgium License.

Show Comments Hide Comments

74 thoughts on Les opportunités manquées du Libre 2: la décentralisation

  1. mistyrouge says:

    Pas grand chose a dire, je ne suis malheureusement pas capable de faire la relecture grammaticale/orthographique.

    Le seul point qui me fait bizarre, c’est la première partie de ta conclusion qui évoque gnome os server comme solution sans dire comment cela résout les problèmes que tu as énumérés plus haut (notamment les 3 premiers.)

  2. ®om says:

    Il existe un autre problème avec une centralisation aussi importante que celle de Google.

    Souvent, ça ne dérange pas les gens de laisser ses données (“ça va intéresser qui les mails que j’envoie à mes parents et à mes amis ?”).

    C’est sûrement vrai à l’échelle individuelle : Google n’en a rien à faire que M. X ait fait telle recherche ou ait envoyé tel mail. Mais s’ils le savent pour quasiment l’intégralité de la population, alors il connaissent nos comportements mieux que nous-mêmes.

    La population devient de plus en plus “transparente”, permettant à Google de “lire le code source” de la pensée des individus.

    Dans PROPAGANDA : http://www.editions-zones.fr/spip.p
    « Lippmann rappelait que « la fabrication des consentements fera l’objet de substantiels raffinements » et que « sa technique, qui repose désormais sur l’analyse et non plus sur un savoir-faire intuitif, est à présent grandement améliorée par la recherche en psychologie et les moyens de communication de masse ». Comme en écho, Bernays écrit ici : « L’étude systématique de la psychologie des foules a mis au jour le potentiel qu’offre au gouvernement invisible de la société la manipulation des mobiles qui guident l’action humaine dans un groupe. Trotter et Le Bon d’abord, qui ont abordé le sujet sous un angle scientifique, Graham Wallas, Walter Lippmann et d’autres à leur suite, qui ont poursuivi les recherches sur la mentalité collective, ont démontré, d’une part, que le groupe n’avait pas les mêmes caractéristiques psychiques que l’individu, d’autre part, qu’il était motivé par des impulsions et des émotions que les connaissances en psychologie individuelle ne permettaient pas d’expliquer. D’où, naturellement, la question suivante : si l’on parvenait à comprendre le mécanisme et les ressorts de la mentalité collective, ne pourrait-on pas contrôler les masses et les mobiliser à volonté sans qu’elles s’en rendent compte ? »

    Et si, en plus de l’étude du fonctionnement général de la mentalité collective, une entité possédait de nombreuses données individuelles extrêmement précises sur chaque individu (opinions, volontés, déplacements, rencontres, …), et que ces individus s’informaient en passant essentiellement par l’entité en question ?

  3. Ploum says:

    Rom > C’est un sujet que j’aborderai dans le troisième volet de cette série. Mais merci pour le lien, c’est très intéressant.

  4. garoubeef says:

    bonjour,

    il existe une distribution dédiée à l’autohébergement qui ne s’adresse pas uniquement aux techniciens. Simple à installer et à utiliser, yunohost. La version actuelle ne prend pas encore en charge les plugcomputer, mais des développements sont en cours pour permettre entre autre la prise en charge du rasperry pi. http://yunohost.org

  5. Xarkam says:

    Salut,
    je m’auto héberge aussi. Mais pour des choses simples. J’ai un ups pour 30mn en cas de coupure et après c’est tout off ^^

    Ca ne me sert que pour mon taff perso et mon serveur jabber perso dédié à moi et ma femme :D

    Pour le reste G+ est superbe niveau comm.

    Google est le meilleurs actuellement. Après je vois bien outlook.com pour le mail car depuis la refonte c’est super clait et simple.

    Pour l’auto hébergement, gros soucis en france, le upload bridé à mort. En belgique (ploum confirmera), on à plutôt un très bon upload.
    Du coup, l’auto hébergement est assez confortable.

  6. Charlycoste says:

    Je ne suis pas du tout d’accord avec cet article qui mélange liberté, accès aux sources, et problèmes techniques avec un soupçon de relativité de point de vue et qui ne prend en compte que l’utilisation à titre privé sans jamais tenir compte de l’impact en milieu professionnel.

    A la louche: Je connais XMPP par OVH, si Google arrête XMPP je m’en fous j’utilise XMPP pour mon entreprise, mon adresse e-mail est la même que celle de mon compte XMPP (suis-je une minorité? Combien sommes-nous?), il existe de nombreuses solutions pour le SPAM mais ça gênerait le business donc les grosses boîtes n’ont pas d’intérêt à voir se généraliser l’utilisation de signatures PGP ou de réseau de confiance en règle générale (est-ce la faute au libre? Ou celle des banques qui n’informent pas le public sur les solutions de chiffrage de mail?). Et “aucune solution décentralisée n’a percé auprès du grand public” si ce n’est OpenID et OAuth utilisés par tous les gros trucs centralisés genre Google, Facebook, Twitter, Flickr, etc. mais qui sont libres ET décentralisés. ou bien PubSubHubBub qui fait partie de OStatus et qu’utilisent StatusNet mais aussi WordPress (qui n’a absolument pas percé auprès du grand public! #ironie)

    Et désolé mais l’accès au code source et l’évangélisme n’est pas l’objectif des licences GNU dont le but est avant tout de permettre aux gens de rester libres. Et pour cela, il n’y a pas de date de lancement et de cahier des charges avec de jolis diagrammes vendeurs pour attirer les neo-geeks à tablettes.

  7. Ploum says:

    Garoubeef > http://yunohost.org a l’air très intéressant. Merci pour le lien.

    Charlycoste > OpenID ? C’était de nouveau un échec cuisant qui n’a jamais jamais décollé. Il y a eu des providers openid, des plugins mais c’était mort. Jusqu’au jour où un géant a décidé d’en faire un truc correct Oauth. Et oui, c’est populaire. Pourquoi c’est populaire ? Parce que c’est utilisé par Twitter/Google.

    D’ailleurs, sur les sites on propose de s’identifier via son compte Twitter/Google, *jamais* via son identifiant OAuth.

    Considérer cela comme un succès de la décentralisation, c’est de la pure mauvaise fois.

    Quand à l’opposition privé/professionnel, c’est encore un grand credo du libre mais, de nouveau, c’est juste un argument d’autruche. Le monde professionnel est tout simplement en retard sur le privé.

    La preuve ? Vous avez votre compte XMPP professionnel ? Génial, vous êtes content. Demain, un client vous propose de faire une réunion via Hangout. Sans compte Google, vous ne pouvez pas le faire. Et aucune solution basée sur XMPP ou décentralisée ne permet de le faire sans une infrastructure de fou et envoyer 15 mails au client pour lui expliquer comment se connecter.

    En fait, c’est pas demain. C’est déjà aujourd’hui.

    les licences GNU dont le but est avant tout de permettre aux gens de rester libres”

    Selon une définition ultra idéologique de liberté (et tout à fait criticabel). Quand je sors dans la rue, je constate qu’avoir un service qui fonctionne, que de pouvoir communiquer avec ses amis, c’est une liberté autrement plus importante que celle proposée par GNU.

    Mais merci, ça fait plaisir d’avoir un commentaire qui débat un peu le fond :-)

  8. épitre says:

    Je pense que le modèle à suivre est mozilla.
    Une fondation qui développe un produit en respectant les principes du libre.

    Une fondation faisant la même chose mais en proposant le mail, le clavardage, etc… serait une solution.

    Bon, bien entendu, c’est plus facile à dire qu’à faire. Surtout qu’il faut trouver le modèle économique derrière.

  9. Goffi says:

    Je trouve ça assez fou de défendre ainsi la centralisation et l’hégémonie d’une entreprise privée. Ça ne te pose donc aucun problème que toutes nos communications passent par eux ?

    Je t’invite à lire le billet que j’ai écris sur le sujet: http://www.goffi.org/post/2011/09/3… , remplace FB par G+ et le texte est le même.

    C’est marrant, tu ne parles absolument pas des points primordiaux de la centralisation: quid de la censure par exemple ?

    Et dire que la décentralisation ne fonctionne pas auprès du grand public, c’est assez fort. Tout internet est décentralisé, à commencer par TCP/IP. Cette manie de vouloir centraliser les choses n’est que le fait de quelques grosses sociétés qui veulent faire d’Internet une vulgaire plateforme commerciale. SMTP est loin d’être le seul protocol utilisé à être décentralisé, on peut citer en vrac Usenet (NNTP), IRC (pas trop utilisé par le grand public j’admets), HTTP, etc.

    > Ainsi, il est hors de question de mélanger un serveur de mail avec un serveur de chat XMPP. Chaque outil doit être indépendant.

    Là encore je t’invite à lire un autre billet que j’ai écrit sur le sujet: http://www.goffi.org/post/2011/01/1

    Bref, c’est bien de se poser des questions de fond, mais là je trouve ce texte à côté de la plaque, et dangereux.

  10. Ploum says:

    Goffi >
    “C’est marrant, tu ne parles absolument pas des points primordiaux de la centralisation: quid de la censure par exemple ?”

    La censure, c’est exactement le point 5 que j’évoque tout à fait pleinement dans l’article.

    Donc non seulement je l’évoque, mais j’explique de long en large en quoi la décentralisation n’apporte rien sauf si on passe à l’auto-hébergement pour tous, ce dont on est encore très loin, comme je le dis.

    “Tout internet est décentralisé, à commencer par TCP/IP.”

    Et bien dans ce cas, Google est décentralisé. Donc le problème est réglé. Non ?

    La vérité c’est qu’il n’existe aucune réelle solution décentralisée pour les nouveaux usages qui sont fait d’internet.

    Les gens utilisent internet d’une façon, c’est un fait. Les libristes ignorent ou refusent de voir cette façon car ils n’ont pas d’outils appropriés. C’est une auto-marginalisation. Comme quand on répondait “La ligne de commande c’est plus efficace” à ceux qui se plaignaient en 2001 de ne pas avoir une interface graphique pour tel ou tel logiciel.

    “Cette manie de vouloir centraliser les choses n’est que le fait de quelques grosses sociétés qui veulent faire d’Internet une vulgaire plateforme commerciale.”

    Non. C’est centralisé car c’est plus facile. Que ça apporte beaucoup d’avantages. Certains en tirent des avantages commerciaux mais ce n’est pas une grosse plateforme commerciale. Tu inverses causes et effets. C’est du à la vision idéologique sous-jacente que “commerce = mal”.

    “Bref, c’est bien de se poser des questions de fond, mais là je trouve ce texte à côté de la plaque, et dangereux.”

    Pourquoi dangereux ? Soit il est à côté de la plaque et on démontre aisément le contraire. Je suis le premier à vouloir être convaincu. Soit il est une vérité que les libristes se refusent de voir.

    Et je pense que c’est le cas.

    Quand, comme moi, on a 10 ans d’investissement profond dans le libre, quand on a beaucoup sacrifié au libre, poster ce genre de réflexion ne se fait pas à la légère.

  11. antistress says:

    Le fameux programme de Libération de Google. Et pourtant, essaye de récupérer tes photos stockées en ligne sur Picasa : impossible ! Ou alors si, il parait : avec le logiciel non-libre Picasa de la même firme, disponible sur certains OS. C’est quand même pas la panacée cette “libération” qui nécessite un deuxième outil de Google pour s’échapper du premier….

    Le programme Libération est loin de remplir ses objectifs, mais ça donne bonne image.

    La vraie libération consisterait à ouvrir les protocoles.

  12. Ploum says:

    Antistress > c’est peut-être parce que je n’utilise pas Picasa mais G+ mais chez moi, ça fonctionne super bien. Je peux récupérer *tout*, y compris les commentaires postés dans mes billets.

  13. @Ploum>

    À propos de ta réponse à Goffi, je crois que ton point 5 n’aborde pas la censure.
    La censure consiste à supprimer *sélectivement* du contenu. Tout perdre d’un coup suite à une décision d’un fournisseur centralisé peut être le fruit d’autres causes qu’une volonté de censure.

    Cela dit, je suis d’accord avec ton argument principal : le centralisé est plus simple. Et c’est essentiellement ça qui fait son avantage.

  14. Goffi says:

    > La censure, c’est exactement le point 5 que j’évoque tout à fait pleinement dans l’article.
    >
    > Donc non seulement je l’évoque, mais j’explique de long en large en quoi la décentralisation n’apporte rien sauf si on passe à l’auto-hébergement pour tous, ce dont on est encore très loin, comme je le dis.

    Par ce point je pensais que tu parlais de la coupure d’un service, ce qui arrive régulièrement avec Google (Wave, IGoogle, code search, etc). La censure peut prendre d’autres formes: modifications d’un texte, interdiction de certains termes, suppression de certains messages sans que ça ne soit forcément apparent (voire même on peut imaginer que ça passe très bien chez toi, mais chez personne d’autre, difficile de s’en rendre comtpe dans ce cas), suppression de compte, de groupe, etc.

    D’autre part du prétends que Google est à l’abri du vol de données (tu entends par là piratage externe, mais c’est tout à fait envisageable qu’elles soient volées – peut être même silencieusement – de l’interieur par un employé par exemple), je ne vois pas en quoi. Et la centralisation rend un vol de données plus intéressant, et plus dangereux (il est plus facile de pirater un serveur central que des milliers de petits avec des configurations différentes.

    D’ailleurs Duck duck Go cite au moins un cas de vol de données de Google: http://donttrack.us/ (je laisse la page complète parce qu’elle est intéressante, pas seulement le cas du piratage).

    > “Tout internet est décentralisé, à commencer par TCP/IP.”
    >
    > Et bien dans ce cas, Google est décentralisé. Donc le problème est réglé. Non ?

    Je te dis que des protocols décentralisés sont déjà utilisés et depuis les débuts d’Internet par le grand public. Il est tout à fait possible de faire quelque chose de centralisé par dessus ces protocols, ça tombe sous le sens. D’ailleurs Google tente de le faire avec SMTP (et y arrive en partie). FB rêve d’être un point d’entrée central du web (et y arrive en partie).

    > La vérité c’est qu’il n’existe aucune réelle solution décentralisée pour les nouveaux usages qui sont fait d’internet.

    Depuis ICQ, je ne vois pas grand chose de nouveau, mais c’est un autre débat. Il existe des solutions, et d’autres sont en préparation, avec des stratégies différentes (par exemple Loréa regroupe l’existant, d’autres font les choses à leur sauce).

    > Les gens utilisent internet d’une façon, c’est un fait. Les libristes ignorent ou refusent de voir cette façon car ils n’ont pas d’outils appropriés. C’est une auto-marginalisation. Comme quand on répondait “La ligne de commande c’est plus efficace” à ceux qui se plaignaient en 2001 de ne pas avoir une interface graphique pour tel ou tel logiciel.

    Je réponds toujours que la ligne de commande est plus efficaces dans beaucoup de cas (pas pour gimp c’est sûr), ce qui n’est pas incompatible avec une interface graphique. Enfin là encore, ça digresse.

    > “Cette manie de vouloir centraliser les choses n’est que le fait de quelques grosses sociétés qui veulent faire d’Internet une vulgaire plateforme commerciale.”
    >
    > Non. C’est centralisé car c’est plus facile. Que ça apporte beaucoup d’avantages. Certains en tirent des avantages commerciaux mais ce n’est pas une grosse plateforme commerciale. Tu inverses causes et effets. C’est du à la vision idéologique sous-jacente que “commerce = mal”.

    Tu ne connais pas mes idéologies, évite de m’attribuer une vision des choses.
    La centralisation est plus simple sur un plan technique, ça bien sûr, mais pas nécessairement sur l’utilisation. Le courriel est facile d’accès, et pourtant décentralisé. La volonté des grandes entreprises de tout centraliser est évidente et là dans un but lucratif. Pourquoi Google cherche à centraliser le réseau de courrier électronique ? Pourquoi FB cherche à enfermer ses utilisateurs ? Pourquoi MSN faisait la chasse aux clients alternatifs ? La liste peut être continuée pendant longtemps.

    > “Bref, c’est bien de se poser des questions de fond, mais là je trouve ce texte à côté de la plaque, et dangereux.”
    >
    > Pourquoi dangereux ? Soit il est à côté de la plaque et on démontre aisément le contraire. Je suis le premier à vouloir être convaincu. Soit il est une vérité que les libristes se refusent de voir.

    Parce que tu légitimes la domination de Google. La centralisation implique une hierarchie, elle est dangereuse. Il me semble avoir aisément démonté ton billet, et encore je ne peux pas trop m’attarder étant occupé par ailleurs. Ce n’est pas qu’une question de libriste/pas libriste, ça touche à des combats qui datent de bien avant l’invention même de l’informatique.

    > Quand, comme moi, on a 10 ans d’investissement profond dans le libre, quand on a beaucoup sacrifié au libre, poster ce genre de réflexion ne se fait pas à la légère.

    Et bien je pense que tes 10 ans n’ont pas suffit à comprendre les enjeux. Tu es dans le renoncement, et c’est dommage.
    Je lis de temps en temps tes articles, et tu soulèves parfois des points intéressants, et j’apprecie les gens qui se posent des questions en général. Aujourd’hui, l’enjeu est majeur, et ce n’est pas qu’une question de mode libriste/pas libriste, il y a une véritable lutte de fond qui va avoir des répercursions sur notre avenir à tous (et celui de nos enfants).

  15. Simon says:

    Ce que je pense de la centralisation et ce que l’auto-hébergement permet sont accessibles là : http://www.deblan.tv/post/460/Un-no

    Si le coût et le temps sont les seuls problèmes de l’auto-hébergement, alors il faut les inverstir.

    1- Le serveur est indisponible pour une période prolongée suite à une défaillance matérielle → est-ce vraiment un problème ? Les gens ont-ils besoins d’un accès continue à leur service ? On peut coller une couche de décentralisation même sur de l’auto-hébergement (je le fais avec mon réseau irc, auto-hébergé chez plusieurs personnes).

    2- Vos données sont perdues suite à une défaillance matérielle et un mauvais plan de sauvegarde. → il faut élargir ça à l’informatique au sens général, ce n’est si du fait de la centralisation, ni celle de la décentralisation.

    3- Vos données sont volées suite à un piratage → il faut élargir ça à l’informatique au sens général, ce n’est si du fait de la centralisation, ni celle de la décentralisation. Cependant on aura moins tendance à attaquer les machines que j’ai chez moi car c’est tout de suite plus drôle de s’en prendre à un service massivement utilisé

  16. Ploum says:

    Goffi > “Depuis ICQ, je ne vois pas grand chose de nouveau, mais c’est un autre débat.”

    Non. C’est le cœur même du débat. Si tu ne vois rien de nouveau forcément tu ne peux pas comprendre pourquoi les gens utilisent Google, Facebook et Twitter depuis leur Android/Iphone.

    C’est comme dire “Je ne comprends pas pourquoi les gens polluent avec leur voiture, ils n’ont qu’à prendre leur vélo, une voiture c’est comme un vélo”.

    Je pense que cette phrase à elle seule illustre parfaitement ce que j’essaie de dire : les libristes sont complètement déconnectés de la réalité. Mais complètement.

    “Tu ne connais pas mes idéologies, évite de m’attribuer une vision des choses.”

    Je ne fais que te lire. Tu as écrit “vulgaire plateforme commerciale”, ce qui sous-entend très fortement que commercial est péjoratif. Tu n’aurais pas mis le “vulgaire”, j’aurais interprété très différemment. Mais j’admet qu’il s’agit là d’une interprétation peut-être fausse de ma part. Désolé.

    “La volonté des grandes entreprises de tout centraliser est évidente et là dans un but lucratif.”

    Non, la volonté des grandes entreprises est de conquérir des parts du marché. L’époque d’AOL est révolue et Google ne cherche pas à centraliser le mail. Ils cherchent juste à l’améliorer. C’est exactement comme le web. Et Google va jusqu’à sponsoriser des adversaires (Mozilla).

    J’explique dans les commentaires ici https://plus.google.com/11816549319… pourquoi Google n’a *pas* intérêt à centraliser tout.

    “Et bien je pense que tes 10 ans n’ont pas suffit à comprendre les enjeux. Tu es dans le renoncement, et c’est dommage.”

    C’est assez prétentieux de ta part. Et je vais te dire que au contraire, j’ai compris quelque chose : c’est que ce qui est primordial, c’est l’utilisateur. Si on n’a pas d’utilisateur, cela ne sert à rien. Les libristes ont complètement laissé tomber l’utilisateur pour se satisfaire eux-mêmes.

    “Aujourd’hui, l’enjeu est majeur, et ce n’est pas qu’une question de mode libriste/pas libriste, il y a une véritable lutte de fond qui va avoir des répercursions sur notre avenir à tous”

    Tout à fait d’accord avec toi. Ce que je dis c’est que le monde du libre a échoué dans cette lutte. C’est un fait, point barre.

    Il y a une explosion du nombres d’utilisateurs d’internet. Pourtant, cette explosion ne se traduit *pas* dans le nombre de libristes. Pour dire tout net, elle ne se traduit même pas dans la proportion d’utilisateurs de Linux hors Android !

    La communauté du libre est toujours dans un paradigme dépassé : vieux logiciels, vieilles méthodes d’utilisation, vieilles rancœurs contre Microsoft et Apple.

    Quelles sont les leçons : on s’est battu pendant des années pour des formats de fichiers libres en disant que c’était méga important (odt vs doc). Qui a gagné ? Google Doc. On a opposé le Ogg au MP3. Qui a gagné ? Spotify. On s’est battu pendant des années pour populariser Debian puis Ubuntu. Qui est devenu le Linux le plus populaire ? Android.

    Bref, il est temps de prendre conscience que notre mode de pensée, notre mode de combat est tout simplement improductive et ne fonctionne pas. Que l’argument moral est tout simplement contre productif. Hors, on ne fait que reproduire le même schéma : Facebook est mal ? Diaspora. Twitter est centralisé ? Status.net. Avec les succès que l’on sait.

  17. Ploum says:

    @Simon : “Si le coût et le temps sont les seuls problèmes de l’auto-hébergement, alors il faut les inverstir.”

    Ah bon ? Tu penses que tout le monde a du temps et de l’argent ? Tu as bien de la chance. Toi tu es peut-être prêt à les investir. Mais est-ce une généralité.

    Et n’oublions pas qu’on parle d’une minorité de 0,01% qui est techniquement capable de le faire.

    Pour, au final, avoir un service *largement inférieur*.

    “Les gens ont-ils besoins d’un accès continue à leur service ?” > exemple type du cliché libriste que je dénonce dans mon billet précédent. Si le libriste ne sait pas le faire, il va tenter de te convaincre que ce n’est pas nécessaire.

    Est-ce que mon exemple de Rick Falkvinge n’est pas suffisament parlant ? Son auto-hébergement le force à utiliser des réseaux centralisés pour garantir la communication.

  18. Simon says:

    @Ploum : Non non, as-tu vraiment besoin d’un service continue ? si ton G+ tombe une journée, tu vas en souffrir ? Twitter down quelques heures, c’est arrivé très souvent, c’est vraiment dérangeant ? Effectivement, quand t’as toutes l’université qui est coupé de facebook, les étudiants gueulent, tu crois qu’on gueule quand me serveur ne répond pas ? non :)

    Btw, un service continu tels que G+ ou Facebook, ok, ils y arrivent bien, mais dois-je rappeler les longs down ces derniers semaines tel Telehouse2, les attaques DDOS qui ont mis à mal le DC Digicube par exemple ? Ils font eux aussi du service centralisé et la continuité ce même service ne fait pas rougir les machines que j’ai chez moi.

    “Pour, au final, avoir un service *largement inférieur*.” → en terme de quoi ? j’ai les mêmes technos que les services d’hébergement tel qu’ovh et 1et1, j’ai des vraies réplications qui assurent que mes données ne seront pas perdues, je me permet même de faire de la redondance et de l’ip fail over sur chez des auto-herbégés…as-tu déjà les CGV d’OVH ? Je ne pense pas.

    Je suis presque prétentieux de dire ça, mais la seule chose qui me manque c’est la fibre au cul de mes machines et tu ne me feras pas dire le contraire.

  19. Nabellaleen says:

    A ceux qui attaquent l’avis de Ploum dans les commentaires ci-dessus :

    Je crois constater que vous avez manqué le fond du message. Ploum n’encense pas Google, n’encourage pas les gens à utiliser leurs outils. Il fait un constat, constat accablant :
    -> Malgré tous les efforts des libristes, si la majorité des internautes se tourne prioritairement vers les outils centralisés, ce n’est pas que parce que les grandes sociétés nous inondent de “pubs” : c’est aussi simplement que l’expérience utilisateur offerte n’est clairement pas au même niveau.

    Ploum l’aborde en début d’article et l’a abordé dans d’autres articles : on est tous d’accord sur les défauts du centralisé (vie privée, censure, risques …). La question n’est pas là !

    La question est : ces points ne convaincant pas le grand publique à se tourner vers du libre, quels autres points devraient être travaillé par les libristes pour faire en sorte que les gens utilisent des outils libres/ouverts/décentralisés plutôt que les produits de Google & Co !

  20. belouille says:

    Le point de vue est compréhensible mais n’est-ce pas de la résignation ?

    Tu expliques que la notion de liberté pour un utilisateur « lambda » est tout autre que la notion de liberté au sens « libriste » du terme. C’est vrai mais cette liberté est-elle une référence ? N’est ce pas bénéfique qu’une communauté d’irréductibles hackers défendent certains principes comme l’ouverture des données etc ?

    Tu as pris l’exemple de l’écologie.

    Que vas-tu dire à quelqu’un qui essaye de limiter sa consommation d’énergie, ses déplacements, qui va changer son mode d’alimentation, tout ça dans le but de ne pas polluer, de préserver l’environnement ? Que c’est s’embêter pour pas grand chose ? Doit-on dire à cette personne que pour la majorité de la population, la liberté c’est avant tout de pouvoir se déplacer, de pouvoir manger ce que l’on souhaite etc etc ?

    Bien sûr on le peut. Cette personne ne sauvera pas la planète et d’une certaine manière, elle se marginalise tout comme le libriste.

    Mais, au fond, pourquoi sa cause ne serait-elle pas juste ? Je trouve ça beau qu’une personne ait des principes et les défendent. D’ailleurs, il y a des chances que ces petits gestes puissent influencer et faire réfléchir d’autres personnes sur un plan plus large (familial ou même national).

    Tout ça pour dire que le monde du libre n’a pas échoué même s’il est anecdotique et sans doute déconnecté du « vrai » monde. Il a au moins le mérite de poser des questions et de soulever des débats.

  21. tshirtman says:

    @goffi: “Tout internet est décentralisé, à commencer par TCP/IP.”

    j’ai un contre exemple ou deux… les DNS? l’attribution des plages d’IP? l’attribution des noms de domaines? c’est encore loin d’être réellement décentralisé… j’aimerai bien, mais les problèmes à résoudre sont à la fois techniques, politiques, et humains, ça va pas être facile.

    @Simon: Ça t’embètte pas quand twitter est down? je peux te dire qu’il y a des gens qui gueulent, et surement des gens qui peuvent plus bosser…

    Mais il y a pire, et *justement* par ce que c’est décentralisé, quand ton serveur mail est down, ce n’est pas «les mails sont down au niveau mondial» donc les gens continuent d’envoyer des mails, parfois important, et si ton serveur mails est en carafe, soit tu a des erreurs que les gens ne comprennent pas, soit tes mails sont mangés silencieusement… et la maintenance d’un serveur mail, justement, c’est du sport, je ne connais rien de plus relou, donc oui, google a mes mails, bon débarras… j’ai pas envie de me monter un serveur xmpp non plus, tous les gens qui en ont un autre que google sont régulièrement injoignables, donc c’est surement aussi rigolo que les mails, à gérer.

    IRC? je vais pas monter un serveur non plus, je fais confiance à freenode et ça me va, tout ce que je demande c’est un service de qualité, et de ce coté là, faut ouvrir les yeux google est au top, et donne le meilleur niveau de garantie disponible pour un fournisseur de ce niveau, en terme de liberté, donc je signe des deux mains (ça fait un gros gribouillage), ça me laisse du temps pour contribuer de code à des projets libres (et gagner ma vie aussi).

  22. Simon says:

    @tshirtman > le mail est asynchrone, t’as une bonne semaine entre l’envoi qui fail car le serveur est down et le moment où il est online donc à part de la latence dans la réception du mail, y’a rien d’autre (techniquement parlant). Mais effectivement, c’est chiant à installer/maintenir.
    IRC, c’est acentré pour autant que plusieurs serveurs IRC soient connectés entre eux, donc freenode ou mon réseau, même combat (et ça me va bien).
    Pour Twitter, tout le monde n’a pas besoin d’avoir ce service up tout le temps, l’information déposées de manière pyramidale sur la plateforme restreint fortement les personnes qui nécessitent vraiment ce service (@see http://www.deblan.tv/post/314/Les-m… ) . Que tu le veuilles ou pas, une majorité d’utilisateurs n’a pas besoin de Twitter H24, idem pour Facebook et G+. Mais ça soulève un point important : le nombre de personnes mécontentes et handicapées par un service down est proportionnel à la quantité de gens utilisant ce service. Plus tu décentralises un service, plus le risque d’une panne complète du service acentré disparaît et moins de gens sont pénalisés.

  23. François says:

    Tu parles de décentré. Voulais-tu vraiment parler de décentré ou d’acentré ?

  24. Simon says:

    Je centralise mon hébergement chez moi, je décentralise pour hébergement par rapport aux gens qui vont chez des prestas. Statusnet, dans le réseau globale créé est acentré, mon instance est aussi centralisée chez moi.

  25. dnr says:

    Billet synthétique de grande qualité. On sent la recul, la maturité et l’évolution de l’appréhension des outils.

    Moi aussi, je rêve d’un internet et des logiciels tous libres et des services décentralisés. Par pragmatisme, je me suis lâchement abandonné à Google Empire, toute honte bue. J’ai même acheté du matériel Apple, moi qui aimais tant ma Debian :/

    http://devicenotready.com/post/Je-m

    C’est gentil d’expliquer que vous avez un hébergement à la maison, et que vous n’avez pas vraiment besoin d’un service aussi fiable que celui de Google ou de Twitter, ou que les mails ne seront pas perdus quand votre mail server est down pour l’après-midi à cause d’une panne de courant / d’internet à la maison.

    Mais ce n’est pas comme ça que ça marche au boulot. Si un boss envoie un email et que je suis le seul perdu à ne pas le recevoir parce que mon seveur est en rade à la maison, les réponses du style : “oui mais il arrivera bien” ou “est-il vraiment nécessaire de traiter cet email dans la minute” feront long feu.

    Même si dans l’absolu, on n’a pas besoin de tout et tout de suite, le problème vient du fait que les autres auront justement tout, tout de suite et que vous serez en retard. Face à un client, des collègues, un employeur, c’est très faible! (À ce point, toute tentative d’expliquer votre idéologie d’auto-hosting achèvera de vous catégoriser comme intégriste ou comme doux-rêveur beatnik bio).

    Un service commercial centralisé comme Google est imbattable pour ce qui est de la fiabilité, de la sécurité (si vous pensez faire mieux qu’eux, vous n’êtes qu’un prétentieux) de la consommation (beh oui, individuellement, votre serveur qui tourne @home a son empreinte écologique), du temps de mise en oeuvre, etc.

    On comprend parfaitement que certains s’accrochent à une approche décentralisée et/ou à leur auto-hébergement par conviction personnelle, et c’est tout à leur honneur. Ce qui ne rentre d’ailleurs nullement en contradiction avec ce billet.

  26. Goffi says:

    > Non. C’est le cœur même du débat. Si tu ne vois rien de nouveau forcément tu ne peux pas comprendre pourquoi les gens utilisent Google, Facebook et Twitter depuis leur Android/Iphone.

    Techniquement, à part la présence qui a été démocratisée par ICQ, rien dans les outils populaires n’est bien nouveau (le microblogage est un bête pubsub, le reste c’est globalement du blog, du partage de fichiers, de la vidéo-conférence, etc). Ce qui a beaucoup changé par contre, c’est les débits.

    Après, la présentation a évolué, et la facilité d’accès, et là dessus il y a certainement du travail.

    > C’est comme dire “Je ne comprends pas pourquoi les gens polluent avec leur voiture, ils n’ont qu’à prendre leur vélo, une voiture c’est comme un vélo”.

    Ça n’a rien à voir avec ce que je dis. Je dis qu’il n’y a pas réellement de « nouveaux usages », il a des usages qui se sont accrus, notamment avec les débits, et leur forme a un peu (pas tant que ça) changé, c’est tout.

    > Je pense que cette phrase à elle seule illustre parfaitement ce que j’essaie de dire : les libristes sont complètement déconnectés de la réalité. Mais complètement.

    Oui enfin ça c’est toi qui le dit. Déjà je n’aime pas trop les catégories, je suis libriste oui, mais à mon avis bien différent de certains autres qu’on trouve sur DLFP par exemple (pas en mieux ou en moins bien, en différent: point de vue, choses recherchées etc).

    Après ta réalité n’est pas non plus « la » réalité: figure toi que je connais des gens qui ne vont pas du tout sur FB et autres G+ et qui ne sont pas technophiles, des qui utilisent GNU/Linux sans savoir utiliser de ligne de commande, des qui communiquent principalement par courriel, etc. Y’en a même qui n’utilisent pas de téléphone portable, rends toi compte ! J’en connais pas mal qui se posent des questions, qui remettent en question le bien fondé des technologies, etc.
    Bref il n’y a pas « une » réalité, et heureusement, et ce n’est pas parce que je ne suis pas (du tout) de ton avis que je suis « déconnecté de la réalité ». C’est un peu trop facile d’attaquer ainsi et ça n’apporte pas grand chose.

    Et dois-je conclure que tu ne te considères plus (pas ?) comme libriste ?

    > Je ne fais que te lire. Tu as écrit “vulgaire plateforme commerciale”, ce qui sous-entend très fortement que commercial est péjoratif. Tu n’aurais pas mis le “vulgaire”, j’aurais interprété très différemment. Mais j’admet qu’il s’agit là d’une interprétation peut-être fausse de ma part. Désolé.

    j’ai écrit exactement « Cette manie de vouloir centraliser les choses n’est que le fait de quelques grosses sociétés qui veulent faire d’Internet une vulgaire plateforme commerciale. », ce qui sous-entend qu’Internet a un potentiel énorme, autrement plus grand que d’être une machine à faire de l’argent.
    Après je ne suis pas contre gagner sa vie via Internet, mais je me batterai pour qu’Internet ne devienne pas un simple produit commercial. Et mon raisonnement n’est pas un simple « commerce = mal », un manichéisme qui le rendrait facilement attaquable, ça va un peu plus loin que ça quand même.

    > “La volonté des grandes entreprises de tout centraliser est évidente et là dans un but lucratif.”
    >
    > Non, la volonté des grandes entreprises est de conquérir des parts du marché.

    c-à-d augmenter l’emprise et gagner de l’argent, CQFD

    > L’époque d’AOL est révolue et Google ne cherche pas à centraliser le mail. Ils cherchent juste à l’améliorer. C’est exactement comme le web. Et Google va jusqu’à sponsoriser des adversaires (Mozilla).

    Wé alors là autant tu me prêtes des propos manichéens, autant là c’est quand même touchant de naïveté. Ils cherchent juste à améliorer le courriel ? Ben qu’ils commencent par ne pas détruire son côté le plus intéressant, sa décentralisation, qu’ils ne remplacent pas le SPAM par leurs propres pubs, qu’il respectents la vie privée de leur utilisateurs, et qu’il libérent leur code et leurs algos !
    Quant à la « sponsorisation » de Mozilla, c’est pas de la charité hein, ça leur a permis de se répandre et de profiter de la montée en puissance de Firefox.

    > J’explique dans les commentaires ici https://plus.google.com/11816549319… pourquoi Google n’a *pas* intérêt à centraliser tout.

    Bon j’ai pas trop vu où tu voulais en venir, et je n’ai (malheureusement, j’aurais plus de temps je le ferais) pas le temps de lire tous les fils de discussions qui traînent en détails.

    > “Et bien je pense que tes 10 ans n’ont pas suffit à comprendre les enjeux. Tu es dans le renoncement, et c’est dommage.”
    >
    > C’est assez prétentieux de ta part.

    Peut-être, mais c’est l’impression qui ressort en lisant ton papier et tes dernières interventions sur DLFP.

    > Et je vais te dire que au contraire, j’ai compris quelque chose : c’est que ce qui est primordial, c’est l’utilisateur. Si on n’a pas d’utilisateur, cela ne sert à rien. Les libristes ont complètement laissé tomber l’utilisateur pour se satisfaire eux-mêmes.

    Mais c’est faux et insultant ! Il y a énormément de logiciels libres qui sont fait pour les autres et même, n’ayons pas peur des mots, pour l’Humanité. Un code libéré est un don aux autres, le fruit d’un travail, de passion, de sueur, de sacrifices parfois (enfin j’irai même jusqu’à dire qu’un logiciel non libre est un vol, mais passons). Dire que c’est se satisfaire de soi-même c’est un manque de respect énorme envers ceux qui y mettent de l’énergie.
    Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de développeurs qui se moquent que leur logiciel soit accessible, facile à utiliser, etc. Mais ce n’est pas simple, et ça prend du temps.

    Laisser tomber l’utilisateurs ? Mozilla qui se bat pour les standards et ainsi l’accessibilité aux handicapés, Freenet et Tor qui se battent pour permettres aux dissidents de s’organiser, à la liberté d’expression de progresser, Gimp ou Blender qui rendent des logiciels de qualité professionnelle accessibles à tous les budgets, Weboob qui permet à des aveugles d’utiliser des sites qui n’ont pas êté pensés une seconde pour eux c’est laisser tomber les utilisateurs ? Qui se moque de qui dans l’histoire ?

    > “Aujourd’hui, l’enjeu est majeur, et ce n’est pas qu’une question de mode libriste/pas libriste, il y a une véritable lutte de fond qui va avoir des répercursions sur notre avenir à tous”
    >
    > Tout à fait d’accord avec toi. Ce que je dis c’est que le monde du libre a échoué dans cette lutte. C’est un fait, point barre.

    C’est ce que je dis: tu es dans le renoncement. La lutte est loin, très loin d’être finie, et si à la première difficulté il fallait abandonner, il y aurait des tas de libertés qu’on n’aurait jamais acquises. Heureusement que certains de nos ancêtres n’ont pas mis un point barre à l’Histoire.

    > Il y a une explosion du nombres d’utilisateurs d’internet. Pourtant, cette explosion ne se traduit *pas* dans le nombre de libristes. Pour dire tout net, elle ne se traduit même pas dans la proportion d’utilisateurs de Linux hors Android !

    La culture libre s’est étendue, est sortie du domaine réservé de l’informatique, Firefox est un des navigateurs les plus utilisés, la plupart des gens ont entendu parler de « Linux » (pas de Gnu/Linux c’est vrai), certains s’y intéressent, il y a des hackerspaces et des fablabs qui s’ouvrent/se sont ouvert un peu partout dans le monde, etc. Des tas de choses sont remises en cause, et tant qu’il y en aura quelques uns qui se battront, rien ne sera pas perdu.

    > La communauté du libre est toujours dans un paradigme dépassé : vieux logiciels, vieilles méthodes d’utilisation, vieilles rancœurs contre Microsoft et Apple.

    Dépassé ? Mais on parle d’un courant de pensé qui n’a même pas 30 ans (enfin sa forme moderne), comment ça peut être dépassé ? Microsoft et Apple ce ne sont pas des « rancœurs », leur politique n’a pas changé et les réactions se font en conséquence.

    > Quelles sont les leçons : on s’est battu pendant des années pour des formats de fichiers libres en disant que c’était méga important (odt vs doc). Qui a gagné ? Google Doc. On a opposé le Ogg au MP3. Qui a gagné ? Spotify. On s’est battu pendant des années pour populariser Debian puis Ubuntu. Qui est devenu le Linux le plus populaire ? Android.

    Le combat du libre ne se résume pas au code source, ça n’en est qu’une partie (certe importante). Les données sont un enjeu majeur également (et la centralisation des données à distance a été mal anticipée, d’où le retard actuel dans les réponses techniques).
    Un format standard *est* important (m’étonnerait que Google doc ne permette pas l’export en odt). Quel rapport entre 2 formats de fichier et un logiciels de lecture ? On revient au problème des données distantes mal anticipé. Quant à Android, qui est en partie libre, il ne s’est imposé que par la puissance commerciale de Google, et les reponses arrivent.

    > Bref, il est temps de prendre conscience que notre mode de pensée, notre mode de combat est tout simplement improductive et ne fonctionne pas. Que l’argument moral est tout simplement contre productif. Hors, on ne fait que reproduire le même schéma : Facebook est mal ? Diaspora. Twitter est centralisé ? Status.net. Avec les succès que l’on sait.

    Faut savoir, tu te considères libriste ou pas ?

    « Productif », « improductif », mais c’est quoi ça ? On ne parle pas de performance, de part de marché, ou de ce genre de conneries, on parle de liberté ! De partage, d’émancipation, d’expression, de lutte. « l’argument moral est tout simplement contre productif »: mais tu te rends compte de l’énormité de ce que tu écris ? Nous ne sommes pas des machines, on a un cerveau et une conscience, c’est bien pour que l’argument moral prenne le pas sur le « productif ».

  27. Simon says:

    Tu parles du monde professionnel et des enjeux qui peuvent conduire à utiliser des outils centralisés : c’est une vraie problématique. Cependant, combien de PME utilisent un ERP hébergés au sein même de leur société ? Beaucoup et je connais ça plutôt bien puisque c’est exactement le coeur de l’enseignement que je suis et pire encore, gérer des systèmes d’informations c’est mon métier. Internet et les technologies web permettent aujourd’hui de se passer de serveurs hébergés dans ces PME alors pourquoi ne pas aller chez un presta online ? Leur réponse est souvent la même : ils ne veulent pas que leur données critiques soient perdues quelques part, un quelque part qu’elles ne maîtrisent pas. Qu’on soit un mec comme moi avec son blog ou une PME avoir des outils sensibles, on a pour la plupart la même réaction, la même crainte.

    Je ne suis pas de ceux qui dénigrent bêtement Microsoft, mais ce que ce billet décrit, ce que ton billet décrit également, c’est tout à fait le schéma d’évolution qui cette boite : on fait des outils qui plaisent et qui sont accessibles, et une fois qu’on est dépendant d’eux, on impose ses standards. Accepter que Google deviennent leur moteur de gestion de ses informations, c’est accepter que demain il vous impose leur point de vue et qu’il soit trop tard pour faire marche arrière. Je vais donner un exemple simple et concret : le seul navigateur qui suit l’ensemble des normes HTTP est Firefox. Google Chrome n’est même pas foutu de le faire et pire encore il commence petit à petit à imposer ses normes.

    Donc accepter d’aller chez Google (ou autre), c’est coller ses fesses sur des standards, des normes et par conséquent de cramer les efforts qui sont mis en oeuvre ailleurs : que ce soit dans le monde du libre ou pas (car pas besoin de faire du libre pour suivre des normes).

    Je suis le premier à dire que certains de mes outils ne sont pas adaptés mais c’est en créant mon expérience utilisateur et on la partageant qu’ils deviendront de plus en plus performants.

  28. Simon says:

    « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin

    Peut-être trop extrémiste à mon goût, mais j’apprécie énormément l’idée.

  29. Pierre says:

    Très bon article.

    Ça fait toussoter les libristes purs et durs, mais c’est la triste vérité.

    Beaucoup de logiciels libres se contentent de copier une solution existante, et la copient mal : du coup, personne n’utilise la nouvelle solution, aussi ouverte soit elle.

    Sans utilisateurs, une application, une distribution Linux ou un protocole n’ont aucun intérêt.

  30. Galuel says:

    Très bien vu ce post ! Bravo !

    Le même raisonnement non plus dans le seul espace mais dans le temps, en percevant comment les hommes meurent et sont remplacés, actant de fait l’inéluctable remplacement de l’ancien par le neuf et hop, tu pourrais démontrer toi même tous les résultats de la TRM !

  31. ®om says:

    Récemment, il y a eu un journal linuxfr sur la prédiction de l’auteur d’un journal :
    http://linuxfr.org/users/palkeo/jou

    Si on appliquait ce principe aux commentaires, je pense que tu serais un des plus simples à détecter Galuel ;-)

    D’ailleurs, même un simple :
    | grep espace | grep temps
    suffirait à avoir une bonne probabilité que ça soit toi ;-)

    Ce matin, j’ai lu le commentaire sans regarder l’auteur, dès la première phrase je me suis dit “ça, c’est forcément Galuel”.

    Amicalement ;-)

  32. Quentin THEURET says:

    Et que penser d’un service tel que sud-ouest.org ?

    Un service d’hébergement de courriels basé sur des logiciels libres, qui respecte les standards et qui est géré par une association. Certe, c’est décentralisé, mais c’est également plus démocratique et moins commercial.

    Si l’on trouve que quelque chose ne va pas, il suffit de donner son avis, d’être un minimum pro-actif pour faire avancer ses idées dans ce genre de gestion décentralisée.
    Cela demande également un soutien monétaire, mais après tout, je préfère donner 5 euros par mois pour que l’on gère mes mails correctement, (dans une association où j’ai mon mot à dire) plutôt que de filer mes données personnelles à une société commerciale qui me fournit un service gratuit. Mon avis est que j’externalise les problèmes/contraintes ainsi que mon manque de compétences dans le domaine sur d’autres personnes moyennant finance. Et je garde les avantages de disponibilité/sauvegarde…

    Pour moi, le juste milieu se trouve dans ce genre de structures/services. On est plus dans de l’auto-hébergement, mais on est pas non plus dans un hébergement par un tiers commercial. C’est simplement que l’on mutualise les ressources/besoins.

    Conclusion : Quand les utilisateurs auront compris que rien n’est gratuit et que leur vie privée a un coût, je pense que l’on entrera dans une nouvelle ère de consommation d’Internet.

  33. Robbb says:

    “Techniquement, à part la présence qui a été démocratisée par ICQ, rien dans les outils populaires n’est bien nouveau (le microblogage est un bête pubsub, le reste c’est globalement du blog, du partage de fichiers, de la vidéo-conférence, etc). Ce qui a beaucoup changé par contre, c’est les débits.

    Après, la présentation a évolué, et la facilité d’accès, et là dessus il y a certainement du travail.”

    Ces outils reposent sur des principes qui ne sont pas nouveaux, mais ce qui a beaucoup changé, c’est la présentation et la facilité d’accès, 2 choses bien souvent totalement négligées dans les logiciels libres. S’inscrire sur Google, Facebook ou Twitter, ça se fait en 3 clics, et après tu as à ta disposition une foule d’outils pour communiquer et partager. Quelle solution libre et décentralisée permet de faire cela aussi simplement ? Aucune !

    Pour faire un parallèle, regarde Linux… Malgré tous les efforts que Canonical et Xandros ont mis pour faciliter l’installation/configuration de Linux (y compris en fournissant du matériel avec l’OS déjà installé, genre EeePC ou certains Dell), ça s’est cassé la gueule. C’est pas tant que les utilisateurs étaient réfractaires au changement, c’est surtout que c’était mal packagé, avec une interface pas claire. Google s’est amené, a pondu une couche claire et intuitive sur le noyau Linux, et hop succès phénoménal pour Android. En parallèle, Nokia s’est embourbé dans une interface merdique et s’est vautré, alors qu’il était leader sur le marché du téléphone.

    Comment veux-tu développer la décentralisation si aucun outil facile d’accès n’existe pour la mettre en œuvre ? Le principe même de la décentralisation, c’est que le plus de personnes possibles y participent. Dans la situation actuelle, seule une frange ridicule de la population a les compétences techniques ET le temps de configurer ça (sans compter l’investissement, la maintenance…). Le jour où on trouvera une box qu’il suffit de brancher et configurer en 3 clics pour avoir un équivalent de Google ou Facebook à la maison, on aura une chance de voir une décentralisation se mettre en place. Mais d’ici là, faut pas rêver…

  34. j-c says:

    Que les solutions proposées par les entreprises soient plus populaires auprès de la majorité du public que des équivalents libres et communautaires, c’était ÉVIDENT depuis le début.
    Il fallait être aveugle ou bel et bien déconnecté de la réalité pour ne pas se rendre compte de cela. Non seulement l’entreprise apporte un sentiment de sécurité, mais en plus, dans la tête d’une partie de la population, c’est uniquement l’entreprise qui est vecteur des améliorations de la société. On connait tous des produits qui n’ont jamais décollés jusqu’au jour où ils ont été présenté par une entreprise comme étant géniaux à grand coup de marketing. Inversement, on a tous acheté un produit génial d’une grande entreprise sans se rendre compte que celui-ci existait avant, mais vu qu’il n’était pas lié à la grande entreprise, il n’était pas intéressant.

    Je pense que fondamentalement, le libre sera TOUJOURS moins attractif que le proprio, simplement parce qu’avoir de la liberté, ça implique de faire le travail de la gérer soi-même.

    Mais est-ce que ça veut dire que le public a toujours raison ?
    Il a certainement tort sur beaucoup de point: l’écologie, les taxes, la sécurité, … (où il privilégiera son confort personnel à court terme en détériorant son futur).
    Pourquoi donc conclure que si le libre n’a pas encore pris auprès du grand public, c’est de la faute des libristes ?
    Cela peut être une faute partagée, mais il faut se rendre à l’évidence:
    il n’y a aucune preuve que même si le libriste avait fait un sans faute, le grand public aurait accroché.

    J’ai l’impression que Ploum avait cette vision naïve sur le fait que le grand public sera forcément réceptif, et que maintenant qu’il constate qu’il s’était trompé, en conclut que tout le monde avait été aussi naïf que lui.

    Je pense aussi que l’introspection à deux balles est un peu à la mode. Je vois bcp de personnes qui se lève en “grand penseur se démarquant de la foule ayant le nez dans le guidon” en disant “hé, minute ! Moi, je suis plus intelligent que vous, alors, moi, j’ai eu cette idée géniale: et si finalement c’était nous qui nous trompions. Et en plus, en faisant comme ça, je suis super humble.” et qui tombent ensuite dans le penchant inverse en soutenant que tout est la faute du groupe. Ensuite, ils prennent de la distance avec le groupe et commencent à parler de “eux” et plus de “nous”.

    Finalement, je trouve la conclusion hâtive:
    1) que la majorité du grand public n’accroche pas ne signifie pas qu’il y a échec. Le grand public peut faire des choix allant à l’encontre de ses intérêts, et si on ne se base que sur ça, on a tôt fait de faire des conneries.
    2) google+ existe depuis ~1 an. Les changements de société se déroulent sur plusieurs générations.
    3) l’impact du libre n’est pas négligeable sur la société. Simplement, il est diffusé à travers les entreprises qui elles ont tout intérêt à faire du proprio. Est-ce que google aurait lancé son système de libération de données s’il ne savait pas que le noyau geek de ses utilisateurs avaient été sensibilisé à ça grâce au libre ?

  35. j-c says:

    @ Robbb:

    Je pense qu’il y a des erreurs de logique de votre raisonnement.

    1) je ne vois pas de solution libre facile d’accès -> les libristes n’ont pas essayer de faire des solutions faciles d’accès.

    Tout d’abord, les équivalents libres des systèmes cités ne me semblent pas plus dur d’accès. Mais c’est pas ça l’important.
    L’important, c’est que si un libriste fait une solution libre innovante et facile d’accès, cela n’implique pas que tu vas la voir.
    Promouvoir une solution auprès du public requiert un point d’accès à ce public et beaucoup de travail.
    Imagine un libriste qui a une super idée. Il fait quoi ensuite: il en parle autour de lui. Ses amis non technophiles ne vont pas s’intéresser à son logiciel: vu que ce n’est pas une “vraie” boîte, proprio avec volonté commerciale et tout, c’est donc juste un jouet. Ses amis technophiles vont p-e s’y intéresser, mais n’ont pas les mêmes attentes que le grand public, et va préférer les solutions technophiles où ils pourront bidouiller (et donc moins simple d’accès).
    Si Google sort la même idée, là, le grand public sera d’office au courant. Aujourd’hui, les gens sont plus au courant de l’existence de Chrome que de Opera, simplement parce que Google peut informer directement les utilisateurs de ses services.
    Finalement, si on veut faire du marketing, il faut financer tout ça. Si tu es un investisseur, vas-tu préférer investir chez un indépendant qui n’a pas fait ses preuves, inconnu du public et qui n’apporte aucune garantie ou chez google ?

    Conclusion: le fait que tu ne vois pas de solutions ne signifie pas que ces solutions ont été négligée par les libristes.

    2) “c’est surtout que c’était mal packagé, avec une interface pas claire. Google s’est amené, a pondu une couche claire et intuitive sur le noyau Linux, et hop succès phénoménal pour Android.”

    Est-ce réellement le cas ?
    Premièrement, Android est régulièrement critiqué pour être un assemblage de logiciel sans aucune ligne directrice. Est-ce que la différence est réellement si grande ?
    Deuxièmement, quel est l’effort fourni et les circonstances autour du succès d’Android et du succès de, par exemple, les portables Dell sous Linux.
    On a d’un côté Android qui était relativement incontournable dès qu’on voulait un smartphone non apple. De l’autre, les machines Dell sous Linux était peu nombreuse et moins attractive que celle sous Windows (j’ai déjà vu des gens dire avoir acheter celle sous Windows puis y installer Linux plutôt que d’acheter celle sous Linux).

    Pour cet argument, l’erreur faite est à mon avis:
    ça n’a pas eu de succès -> forcément, c’est parce que le produit était mal conçu.
    Or, le marketing, la mise en avant, la réputation de la marque auprès du grand public, … jouent un rôle énorme.

    3) “Le jour où on trouvera une box qu’il suffit de brancher et configurer en 3 clics pour avoir un équivalent de Google ou Facebook à la maison, on aura une chance de voir une décentralisation se mettre en place. Mais d’ici là, faut pas rêver…”

    La question est: pourquoi diable une entreprise va-t-elle promouvoir ça alors qu’elle peut centraliser son service, arriver au même résultat pour les utilisateurs et faire plus d’argent ?
    J’ai déjà entendu parlé d’initiative de ce genre, avec des box préconçue qu’il suffit de brancher. Mais évidemment, ça passe inaperçu et donc ça n’a pas de succès et donc ça passe inaperçu.

    Bref, j’ai l’impression que tu dis “c’est la faute de X car X n’a pas essayé”. P-e que X a essayé à de nombreuses reprises et que ça ne marche pas parce que des facteurs indépendants de X jouent.

    tl;dr:
    J’ai l’impression d’entendre:
    “je n’ai jamais vu de porte-avion suisse. C’est donc que les Suisses devraient se remettre en question car leur ingénieurs sont mauvais vu qu’ils n’ont pas les compétences pour construire des porte-avions”

  36. Robbb says:

    @j-c :
    1) Cela fait près de 4 ans que je recherche des solutions me permettant d’abandonner les différents services que j’utilise auprès de Google, et à chaque fois je reviens chez Google (ou un concurrent centralisé). OwnCloud, SparkleShare, Prosody, sans compter les servers mails… C’est juste une horreur, il faut passer des heures à tout configurer pour finalement avoir quelque chose de bancal, des comptes dans tous les sens, etc. Il y a des projets qui vont dans le sens de la simplification (yunohost, cité plus haut), mais c’est loin d’être encore au point. Et le problème général, de toutes façons, c’est que ces alternatives libres n’apportent pas de fonctionnalités supplémentaires : elles ne font que copier l’existant.

    2) Il y a quelques années, j’ai acheté un Dell aux USA, avec Ubuntu pré-installé. Et bien, c’était très mal foutu, à se demander comment ils pouvaient à ce point détériorer Ubuntu… Dell et Asus n’ont clairement pas mis les moyens pour fournir un système simple et de qualité.

    3) C’est une des faiblesses du libre : ne pas concentrer ses efforts sur des projets précis, et souvent préférer commencer son propre projet dans son coin et l’abandonner quelques mois plus tard. Je suis sûr qu’une entreprise qui se lancerait dans la création de telles box pourrait recueillir beaucoup de participation de la part de la communauté (et là, c’est de la main d’œuvre gratuite). Et puis au bout de quelques mois, certains ne seront pas d’accord sur le chemin suivi, vont forker le projet, etc. Combien de projets ne meurent pas dans l’œuf à cause de ça ?

  37. j-c says:

    @ Robbb:

    1) Je ne suis pas sûr d’avoir compris. Es-tu en train de dire qu’utiliser un service centralisé de Google est plus facile que d’installer un service sur son propre serveur, de le configurer et de l’administrer ?
    Dans ce cas, tu compares les pommes et les poires.
    Mais quoi qu’il en soit, tu ne réponds pas à mon objection.
    Imagine le scenario suivant:
    - un libriste crée un système aussi simple que google
    - il propose ce système auprès des autres.
    - comme c’est un système décentralisé, il n’intéresse que les gens qui sont capables d’avoir un serveur et d’administrer leur serveur.
    - ces gens-là répondent: “c’est bien, mais nous n’allons pas utiliser ton système, car les autres systèmes sont p-e plus complexes à mettre en place, mais plus modulables. Et comme nous sommes capables de gérer un serveur, c’est loin d’être un frein pour nous”
    - ce système n’est pas utilisé et disparait.

    Dans ce scenario, les faits que tu observes sont les mêmes, mais la conclusion que tu tires (les libristes ne cherchent jamais à faire un truc simple) est fausse.

    > “Et le problème général, de toutes façons, c’est que ces alternatives libres n’apportent pas de fonctionnalités supplémentaires : elles ne font que copier l’existant.”

    Je me méfie de ce genre de phrase. Par exemple, l’environnement de KDE apporte des vraies nouveautés: les activités, le bureau comme support de plasmoïde à la place d’icônes, la recherche ontologique, … Dans 90% des cas, les gens disent pourtant que KDE ne fait que copier l’existant.
    Bref, il est très facile de voir les similitudes, et difficile de voir les nouveautés. Il ne faut pas oublier les autres biais (sous Windows, un périphérique qui ne marche pas = un mauvais périphérique, sous Linux = Linux n’est pas capable de gérer le périphérique. Ça fonctionne pareillement avec les entreprises du web. Quand Google+ copie 90% de Facebook + 2-3 nouveautés, c’est bien, tandis que quand MOVIM fait pareil, c’est du simple recopiage)

    Je redis ce que j’ai dis:
    tu constates qu’il n’y a pas de porte-avions suisses (ce qui est vrai)
    tu en conclus que le problème, c’est que les ingénieurs suisses sont incompétents (ce qui est faux)

    2) “Dell et Asus n’ont clairement pas mis les moyens pour fournir un système simple et de qualité.”
    C’est EXACTEMENT ça. Tu ne peux pas dire que les libristes n’ont pas fait un bon logiciel si les problèmes sont du au manque de motivation des non-libristes qui se trouvent entre le grand public et les libristes.
    Sur le cas précis de Dell, quel est l’action concrète que tu aurais fait si tu étais libriste pour empêcher cette situation ? Tout ce à quoi je peux penser (par exemple Novatux, pcubuntoo, clevo, …) a déjà été essayé, ce qui contredit ta conclusion.

    3) Donc, on est d’accord: les circonstances sont fondamentalement différentes entre du libre et du proprio.
    Si tu veux empêcher qu’il y ai un fork, tu es obligé de faire qlq chose de non-libre ou de ne pas travailler avec une communauté.
    C’est pourquoi je disais “le libre sera TOUJOURS moins attractif que le proprio”.
    Mais en conclure que le libre est moins attractif parce que les libristes font mal les choses, c’est à mon avis faux.

    (et c’est toujours l’excuse simpliste sortie à chaque sauce, y compris celle de Ploum ici: le grand public n’accroche pas au libre, c’est surement que les libristes sont stupides.
    Une solution bien plus réaliste est: le grand public n’accroche pas au libre, c’est p-e parce que le grand public préférera toujours un chaussure Nike faite par un petit chinois à une chaussure faite par une entreprise nationale.
    D’ailleurs, c’est ce qui est fait également: si une entreprise européenne ne réussit pas, c’est surement parce que ses ouvriers ou ses dirigeants sont incompétents, c’est jamais la faute au public ou au fait que le marché favorisera toujours les monopoles)