Il m’a enfoncé le pénis dans le vagin

Un petit groupe discute. Un homme explique qu’il a été agressé. L’auditoire compatit et s’intéresse :
— Sérieux ? C’était quand ? C’était où ?
— Il y a quelques années. Le mec m’a donné un coup de couteau dans le ventre et m’a shooté dans le visage, me cassant deux dents.
— Noooon. Ben mon pauvre vieux. Tu as du en baver.
La victime soulève sa chemise et exhibe une cicatrice.
— Tu vois, ça c’était le coup de couteau. Il l’a enfoncé sur 5cm. C’est passé à 3 cm du foie selon les toubibs.

Un ange bâillonné

Un membre de l’assemblée lance une blague. Tout le monde rigole. Un autre se lève .
— Moi, c’est un chien qui a faillit m’arracher le bras.
— Sérieux ? Ça s’est passé comment ?
L’homme explique les crocs qui s’enfoncent, la chair qui se déchire, la douleur inhibée par l’adrénaline.
— Ce n’est qu’en rentrant chez moi et en voyant les os de mon avant bras à l’air libre que j’ai compris que mettre un peu de désinfectant ne suffirait pas, précise-t-il.

Éclat de rire généralisé. Ces histoires, bien que dramatiques, sont loin. Exceptés des cicatrices, les anciennes victimes ne portent aucun stigmate. Une femme se joint au groupe.
— Moi aussi j’ai été agressée il y a plusieurs années.
— Ah bon ? Aussi au couteau ? Ou un chien ?
— Non, il m’a violée.

Un silence de mort tombe sur l’assemblée. Celui qui a posé la dernière question devient tout rouge et étudie attentivement la pointe de ses chaussures. Quelqu’un se racle la gorge. Une personne bien intentionnée pose la main sur le bras du compagnon de la femme violée et lui chuchote :
— Je suis désolé pour toi…

La femme les regarde, crânement.
— Il m’a enfoncé le pénis dans le vagin. Ça a saigné, ça a fait mal. Mais je n’ai aucune cicatrice à exhiber, dommage non ? Vous voulez les détails ?

Aucun rire ne fuse. Aucune remarque. Personne n’ose regarder dans les yeux celle qui a brisé le silence.

— Bon ben, tant pis, pas de détail pour vous, fait-elle en se rasseyant.

Message initialement posté sans réfléchir sur Google+ et Facebook en soutien au manifeste « Je déclare avoir été violée ». Devant les réactions, j’ai décidé d’étoffer et de diffuser au maximum. Je vous invite tous à écrire un petit texte provocateur sur le sujet ou à modifier le mien ou à le copier/coller tel quel même sans me citer mais en en faisant un lien vers le manifeste des 313.

Photo par Greg McMullen.

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16 thoughts on Il m’a enfoncé le pénis dans le vagin

  1. Pam says:

    Est-ce que ça ne vient pas à l’idée des gens qui diffusent ce message que le silence qui suit c’est la nausée qui vient? L’acte méchant, gratuit, d’humiliation d’un humain par un de ses congénères : c’est ça qui provoque la gêne. Comme un génocide ça fout la nausée de savoir qu’un frère humain peut-être comme ça et ça rend triste qu’une victime vous jette ça à la gueule parce que, comme pour les génocides, on se sent responsable aussi : frère de cet humain trop con.

  2. Ploum says:

    Pam > et en quoi est-ce différent du gars qui donne un coup de couteau et qui casse 2 dents en shootant dans le visage ?

  3. Gin says:

    Le mec qui se fait passer à tabac gratuitement et qui en rigole comme d’une bonne histoire, c’est plutôt faux. Tout dépend de la gravité des blessures, mais puisqu’on en est à le comparer à un viol, disons que c’est grave. Ça m’est arrivé (pas trop de séquelles et je peux en rire), et j’ai lu de nombreux témoignages sur Reddit :les victimes sont souvent psychologiquement très atteintes.
    Il y a des sujets sensibles qui ne s’accommodent pas d’une discussion à brûle pourpoint et en public :va annoncer au café du commerce que tu souffres d’une grave dépression, pas sûr que tu aies beaucoup de succès.
    Il y a des mécanismes de déni en société, mais pourquoi associer ça uniquement au viol?

  4. anita says:

    Quand tu dis “en quoi”, c’est une vraie question pour nous faire réfléchir ou bien une façon de dire “Pour moi c’est pareil”?
    Le chien n’a peut être fait que ce qu’il estimait son métier de chien.
    Il n’ a pas joui.
    Être pour son agresseur un objet de colère n’est sans doute pas vécu de la même façon que d’être un objet de jouissance sadique.
    Mais les victimes, non plus d’agression, mais de torture décrivent des ressentis voisins de ceux de victimes de viol.

  5. Goldy says:

    Je ne comprends pas…

    Quel est la démonstration de cet article ? Que le viol est quelque chose de suffisamment grave pour que gens n’en rigole pas ?

    Sincèrement, explique moi, je n’arrive pas à comprendre la démarche.

  6. flagos says:

    Un peu du mal a voir l’intérêt de cette histoire fictive.

    Personne n’a envie de rire d’un viol, comme d’un meurtre ou comme d’attouchements sur des enfants.

    D’ailleurs, je trouve l’histoire assez mal faite, on rigole en général assez peu de ses blessures ou alors seulement les begnines.

    Voir les cicatrices de quelqu’un qui s’est pris 15 coups de couteau dans le bide, qui s’est fait attaqué par un chien ou (imaginons) qui s’est cartonné en bagnole n’a jamais provoqué l’hilarité des foules.

  7. Silence says:

    Si il y quelque chose à reprocher aux rapports sociaux au viol, c’est que souvent, c’est la faute de la victime.

    Porte plainte pour viol : Z’êtes sûre que vous l’avez pas aguiché ? Et vous n’aviez pas consenti en parlant dans votre sommeil, non ?
    Youpi.

    On notera que dans le paragraphe ci-dessus, la victime est femme. C’est que le viol d’un homme est frappé d’un interdit encore plus grand : ça n’existe pas (ou alors l’homme n’est pas un vrai homme). Ce qui fait rire. Ha ha.

    Sinon, le billet me paraît à côté de la plaque. Qu’on plaisante, je ne dis pas. L’élément déterminant est la demande de précisions – ou son absence.
    Pour moi, elle s’explique par l’opposition entre se taper dessus comme en fait entre gens civilisés, se mordre comme entre mammifère civilisés (qui sont des manifestations d’un antagonisme qui ne me choque pas, on ne peut pas être d’accord tout le temps), et forcer le consentement en reniant à la victime son individualité / humanité / libre arbitre.
    Exemple : si je te passe à tabac, a priori tu ne consens pas, mais c’est normal et attendu, c’est dans l’essence du passage à tabac, et éventuellement ça a un but utilitaire. Si je te viole, tu ne consens pas, mais je fais comme si.

    Enfin, j’écris ça, mais je ne réussis pas à être tout à fait convaincu par moi-même. Le viol est, à mon sens, plus une affaire de domination que de désir sexuel. Et continue à heurter d’avantage ma sensibilité que, mettons, un passage à tabac pour le même motif. D’où il me semble devoir conclure que le tabou lié au sexe est impliqué (même chez moi qui ne suis pas franchement inhibé sur la question). Avec peut-être un zeste de paternalisme envers la victime (qui, rappelons-le, est une femme, par définition).

    Le sujet est compliqué.

  8. homygood says:

    le bide sidéral !!!
    Arrête la drogue Ploum