Newël dans la ceinture d’astéroïdes

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Amis lecteurs,

Chaque année, pour vous remercier de votre fidélité, je tente d’écrire un petit conte de Noël original. Cette année, comme l’année passée, j’ai failli à la tradition. Je vous invite donc à relire ceux des autres années. Cependant, il y a quelques jours, j’ai découvert avec étonnement une enveloppe au pied du sapin depuis longtemps dénudé de ses cadeaux et d’une partie de ses épines.

L’enveloppe, dans une matière plus proche du plastique que du papier, contenait une lettre que je déchiffrai avec quelque peine. Le contenu en est incroyable. Je pense ne pas être le seul à avoir trouvé cette lettre mais, pour ceux qui ne l’ont pas eue, voici une transcription aussi fidèle que possible :

Les nuages de neige carbonique obscurcissaient les hublots de notre petit vaisseau familial. Mon père ronchonnait et s’énervait.
— Nom d’un satellite, pas moyen de trouver une place de parking. L’année prochaine je m’y prendrai plus tôt.
— Tu sais papa, dis-je, on n’était pas obligé de venir.
— Bien sûr que si, c’est Newël et je n’avais pas encore de cadeau pour toi. Tu vas m’aider à choisir.
— Est-ce vraiment indispensable ? Je suis grand maintenant. Le cadeau qu’on choisit et qui disparait le soir de Newël, mangé par l’ogre Jésus, je n’y crois plus. Je sais bien que c’est Maman et toi qui l’escamotez.
— Là, une place ! Vite avant qu’on nous la prenne. Enfile ton scaphandre et trouve moi le sas d’entrée le plus proche.

Creusé dans l’astéroïde, surchauffé, le centre commercial regorgeait de silhouettes en scaphandre léger ouvert, étranges diptères flottants d’un couloir à l’autre, les bras surchargés de paquets. Une musique entêtante baignait la foule entre deux réclames auditives. De temps à autre, deux scaphandres se téléscopaient et, dans un concert de jurons, les paquets se dispersaient au gré de l’air conditionné.

Mon père interpella un agent de renseignement.
— Pardon Madame, le couloir des jeux vidéos s’il vous plaît ?
— Deuxième à gauche, première en haut, première en bas, répondit-elle.
— Bien le merci.
— Avec plaisir, un joyeux Newël Monsieur.

Il s’élança immédiatement dans la direction indiquée. Je suivais en trainant la patte.
— Papa, ce n’est pas indispensable de fêter Newël. Ce n’est qu’une tradition !
— C’est surtout la date de naissance d’un grand homme: Isaac Newton, qui a donné son nom à cette fête. Ce n’est pas un hasard si sa naissance représente l’an zéro de notre civilisation. Sans lui, nous serions sans doute encore sur Terre.
— D’accord, d’accord. Je ne conteste pas l’importance de Newton. Mais pourquoi perdre son temps à acheter des cadeaux qui ne serviront de toute façon à rien.
— Comment ça, à rien ? Espèce de petit égoïste !

La virulente réaction de mon père m’étonna. Distraits, nous faillîmes emboutir un couple de scaphandres qui nous jetèrent des regards courroucés.

— Et bien, fis-je d’un ton peu assuré, on ne les voit jamais ces cadeaux. L’ogre Jésus qui vient les manger pendant la nuit, ce n’est plus très crédible comme fable.
— Je ne t’ai donc jamais expliqué ?
— Expliqué quoi ?
— Toute l’humanité n’a pas eu la chance de partir comme nous, les Newtoniens, vers les étoiles. Il reste à peu près autant de Terriens qui ignorent notre existence. Nous avons préféré disparaître devant leur agressivité et l’hystérie que nos apparitions provoquaient. Cependant, en gage de bonne volonté, chaque année, chaque enfant Newtonien envoie un cadeau à un enfant Terrien de son âge. Nos psychologues ont en effet démontré qu’une enfance heureuse diminue l’agressivité à l’âge adulte. En leur offrant un peu de rêve, nous espérons pouvoir un jour reprendre contact avec eux, les faire progresser.
— C’est donc pour cela que tu me faisais choisir un cadeau chaque année ?
— Bien entendu. Comme les enfants en bas-âge ont du mal à comprendre, on leur fait croire qu’un ogre mange leur cadeau le soir de Newël. C’est logiquement au père de l’enfant d’aller porter le cadeau sur Terre.
— Mais si les Terriens ignorent notre existence, comment leur donner ces cadeaux ?
— Les adultes Terriens doivent continuer à ignorer notre existence. Mais les enfants ne sont pas dupes, eux. Ils nous attendent et nous reconnaissent. Ils nous appelle « Père Newël ».
— Mais ils doivent bien le dire aux adultes !
— Les Terriens ne croient ni les enfants ni les rêves. Cela facilite notre travail. Bon, que veux-tu offrir cette année ? Il y a un grand choix de jeux.
— Non Papa, cette année, je veux offrir un peu de rêve. Je vais offrir notre histoire à tous les deux. Et je vais l’offrir au plus grand nombre de Terriens possible !

Mon père parut étonné et se gratta le menton.

— Ce n’est pas très courant. Après tout, pourquoi pas ? Mais il ne faut pas trainer, le réveillon de Newël est ce soir !
— Tant pis, ils le recevront un peu plus tard que d’habitude. Rentrons, j’ai hâte de mettre tout cela sur papier. À tous ceux qui me liront, je souhaiterai de tout cœur qu’ils aient passé un joyeux Newël, en m’excusant pour le retard.
— Je suis sûr qu’ils te pardonneront. Comment comptes-tu intituler ton histoire ?

Je réfléchis un instant.
— Que penses-tu de « Newël dans la ceinture d’astéroïdes » ?

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

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